Joachim Du Bellay
Poèmes de Joachim Du Bellay (148)
Classés par titre (A–Z).
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À monsieur d'Avanson(Conseiller du Roi.) Si je n'ai plus la faveur de la Muse, Et si mes vers se trouvent imparfaits, Le lieu, le temps, l'âge où je les ai faits, Et mes ennuis leur serviront d'excuse. J'étais à Rome au…
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Après avoir longtemps erré sur le rivageSonnet XVII. Où l'on voit lamenter tant de chétifs de cour, Tu as atteint le bord où tout le monde court, Fuyant de pauvreté le pénible servage. Nous autres cependant, le long de cette plage, En vain…
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À son livreMon livre (et je ne suis sur ton aise envieux), Tu t'en iras sans moi voir la Cour de mon Prince. Hé, chétif que je suis, combien en gré je prinsse Qu'un heur pareil au tien fût permis à mes yeux ?…
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Avoir vu dévaler une triple montagneSonnet CXIII. Apparaître une biche et disparaître soudain, Et dessus le tombeau d'un empereur romain Une vieille carafe élever pour enseigne : Ne voir qu'entrer soldats et sortir en campagne,…
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Baif, qui, comme moi, prouves l'adversitéSonnet LVI. Baïf, qui, comme moi, prouves l'adversité, Il n'est pas toujours bon de combattre l'orage, Il faut caler la voile, et de peur du naufrage Céder à la fureur de Neptune irrité. Mais il ne…
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Bien qu'aux arts d'Apollon le vulgaire n'aspireSonnet XI. Bien que de tels trésors l'avarice n'ait soin, Bien que de tels harnais le soldat n'ait besoin, Bien que l'ambition tels honneurs ne désire : Bien que ce soit aux grands un argument de…
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Brusquet à son retour vous racontera, SireSonnet CXIX. De ces rouges prélats la pompeuse apparence, Leurs mules, leurs habits, leur longue révérence, Qui se peut beaucoup mieux représenter que dire. Il vous racontera, s'il les sait bien…
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Ce brave qui se croit pour un jaque de mailleSonnet LXXI. Ce brave qui se croit, pour un jaque de maille, Être un second Roland, ce dissimulateur, Qui superbe aux amis, aux ennemis flatteur, Contrefait l'habile homme et ne dit rien qui vaille,…
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Celui vraiment était et sage et bien apprisSonnet CXVII. Qui, connaissant du feu la semence divine Être des animants la première origine, De substance de feu dit être nos esprits. Le corps est le tison de cette ardeur épris, Lequel, d'autant…
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Ce n'est l'ambition, ni le soin d'acquérirSonnet XXVII. Qui m'a fait délaisser ma rive paternelle, Pour voir ces monts couverts d'une neige éternelle, Et par mille dangers ma fortune quérir. Le vrai honneur, qui n'est coutumier de périr, Et…
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Ce n'est le fleuve tusque au superbe rivageSonnet X. Ce n'est l'air des Latins, ni le mont Palatin, Qui ores, mon Ronsard, me fait parler latin, Changeant à l'étranger mon naturel langage. C'est l'ennui de me voir trois ans et davantage,…
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Ce n'est pas de mon gré, Carle, que mon navireSonnet CXXVIII. Erre en la mer thyrenne : un vent impétueux Le chasse malgré moi par ces flots tortueux, Ne voyant plus le pôle, qui sa faveur t'inspire. Je ne vois que rochers, et si rien se peut…
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Cent fois plus qu'à louer on se plaît à médireSonnet LXXVI. Pour ce qu'en médisant on dit la vérité, Et louant, la faveur, ou bien l'autorité, Contre ce qu'on en croit, fait bien souvent écrire. Qu'il soit vrai, pris-tu onc tel plaisir d'ouïr…
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Cependant qu'au palais de procès tu devisesSonnet CXXII. D'avocats, procureurs, présidents, conseillers, D'ordonnances, d'arrêts, de nouveaux officiers, De juges corrompus, et de telles surprises : Nous devisons ici de quelques villes prises,…
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Cependant que la Cour mes ouvrages lisaitSonnet VII. Et que la soeur du roi, l'unique Marguerite, Me faisant plus d'honneur que n'était mon mérite, De son bel oeil divin mes vers favorisait, Une fureur d'esprit au ciel me conduisait D'une…
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Cependant que Magny suit son grand AvansonSonnet XVI. Pajas son Cardinal, et moi le mien encore, Et que l'espoir flatteur, qui nos beaux ans dévore, Appâte nos désirs d'un friand hameçon, Tu courtises les Rois, et d'un plus heureux son…
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Cependant que tu dis ta Cassandre divineSonnet XIX. Les louanges du roi, et l'héritier d'Hector, Et ce Montmorency, notre français Nestor, Et que de sa faveur Henri t'estime digne : Je me promène seul sur la rive latine, La France…
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Cependant que tu suis le lièvre par la plaineSonnet LVII. Le sanglier par les bois et le milan par l'air, Et que voyant le sacre ou l'épervier voler, Tu t'exerces le corps d'une plaisante peine, Nous autres malheureux suivons la cour romaine,…
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Ce rusé Calabrais tout vice, quel qu'il soitSonnet XLII. Chatouille à son ami, sans épargner personne, Et faisant rire ceux que même il époinçonne, Se joue autour du cœur de cil qui le reçoit. Si donc quelque subtil en mes vers aperçoit Que je…
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C'est ores, mon Vineus, mon cher Vineus, c'est oreSonnet XLII. Que de tous les chétifs le plus chétif je suis, Et que ce que j'étais, plus être je ne puis, Ayant perdu mon temps, et ma jeunesse encore. La pauvreté me suit, le souci me dévore,…
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C'était ores, c'était qu'à moi je devais vivreSonnet XXXVII. Sans vouloir être plus que cela que je suis, Et qu'heureux je devais de ce peu que je puis Vivre content du bien de la plume et du livre. Mais il n'a plu aux dieux me permettre de…
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Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanterontSonnet V. Ceux qui aiment l'honneur, chanteront de la gloire, Ceux qui sont près du roi, publieront sa victoire, Ceux qui sont courtisans, leurs faveurs vanteront, Ceux qui aiment les arts, les…
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Comme le marinier, que le cruel orageSonnet XXXIV. A longtemps agité dessus la haute mer, Ayant finalement à force de ramer Garanti son vaisseau du danger du naufrage, Regarde sur le port, sans plus craindre la rage Des vagues ni des…
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Comme un qui veut curer quelque cloaque immondeSonnet CIX. S'il n'a le nez armé d'une contresenteur, Étouffé bien souvent de la grand puanteur Demeure enseveli dans l'ordure profonde : Ainsi le bon Marcel ayant levé la bonde, Pour laisser écouler…
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Comte, qui ne fis onc compte de la grandeurSonnet XXI. Ton Du Bellay n'est plus : ce n'est plus qu'une souche Qui dessus un ruisseau d'un dos courbé se couche, Et n'a plus rien de vif, qu'un petit de verdeur. Si j'écris quelquefois, je…
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Dedans le ventre obscur, où jadis fut enclosSonnet CXXV. Tout cela qui depuis a rempli ce grand vide, L'air, la terre, et le feu, et l'élément liquide, Et tout cela qu'Atlas soutient dessus son dos, Les semences du Tout étaient encore en gros,…
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Depuis que j'ai laissé mon naturel séjourSonnet XXXVI. Pour venir où le Tibre aux flots tortus ondoie, Le ciel a vu trois fois par son oblique voie Recommencer son cours la grand lampe du jour. Mais j'ai si grand désir de me voir de retour…
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De voir mignon du roi un courtisan honnêteSonnet CV. Voir un pauvre cadet l'ordre au col soutenir, Un petit compagnon aux états parvenir, Ce n'est chose, Morel, digne d'en faire fête. Mais voir un estafier, un enfant, une bête, Un forfant,…
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Douce mère d'amour, gaillarde CyprienneSonnet XCIII. Qui fais sous ton pouvoir tout pouvoir se ranger, Et qui des bords de Xanthe à ce bord étranger Guidas avec ton fils ta gente dardanienne, Si je retourne en France, ô mère idalienne,…
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Doulcin, quand quelquefois je vois ces pauvres fillesSonnet XCVII. Qui ont le diable au corps, ou le semblent avoir, D'une horrible façon corps et tête mouvoir, Et faire ce qu'on dit de ces vieilles Sibylles : Quand je vois les plus forts se retrouver…
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D'où vient cela, Mauny, que tant plus on s'efforceSonnet LXXXVII. D'échapper hors d'ici, plus le démon du lieu (Et que serait-ce donc, si ce n'est quelque dieu ?) Nous y tient attachés par une douce force ? Serait-ce point d'amour cette alléchante…
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D'où vient que nous voyons à Rome si souventSonnet XCVIII. Ces garces forcener, et la plupart d'icelles N'être vieilles, Ronsard, mais d'âge de pucelles, Et se trouver toujours en un même couvent ? Qui parle par leur voix ? quel démon leur…
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Encore que l'on eût heureusement comprisSonnet LXXII. Et la doctrine grecque et la romaine ensemble, Si est-ce, Gohory, qu'ici, comme il me semble, On peut apprendre encore, tant soit-on bien appris. Non pour trouver ici de plus doctes…
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En mille crespillons les cheveux se friserSonnet XCII. Se pincer les sourcils, et d'une odeur choisie Parfumer haut et bas sa charnure moisie, Et de blanc et vermeil sa face déguiser : Aller de nuit en masque, en masque deviser, Se feindre à…
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Flatter un créditeur, pour son terme allongerSonnet LXXXV. Courtiser un banquier, donner bonne espérance, Ne suivre en son parler la liberté de France, Et pour répondre un mot, un quart d'heure y songer : Ne gâter sa santé par trop boire et…
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France, mère des arts, des armes et des loisSonnet IX. Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle : Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom les antres et les bois. Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois, Que…
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Fuyons, Dilliers, fuyons cette cruelle terreSonnet CXVI. Fuyons ce bord avare et ce peuple inhumain, Que des dieux irrités la vengeresse main Ne nous accable encor sous un même tonnerre. Mars est désenchaîné, le temple de la guerre Est ouvert…
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Gordes, il m'est avis que je suis éveilléSonnet LXXXIX. Comme un qui tout ému d'un effroyable songe Se réveille en sursaut et par le lit s'allonge, S'émerveillant d'avoir si longtemps sommeillé. Roger devint ainsi (ce crois-je) émerveillé :…
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Gordes, j'ai en horreur un vieillard vicieuxSonnet LXXIII. Qui l'aveugle appétit de la jeunesse imite, Et là froid par les ans de soi-même s'incite À vivre délicat en repos otieux. Mais je ne crains rien tant qu'un jeune ambitieux Qui pour se…
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Gordes, que Du Bellay aime plus que ses yeuxSonnet LXXV. Vois comme la nature, ainsi que du visage, Nous a faits différents de mœurs et de courage, Et ce qui plaît à l'un, à l'autre est odieux. Tu dis : Je ne puis voir un sot audacieux Qui un…
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Heureux celui qui peut longtemps suivre la guerreSonnet XCIV. Sans mort, ou sans blessure, ou sans longue prison ! Heureux qui longuement vit hors de sa maison Sans dépendre son bien ou sans vendre sa terre ! Heureux qui peut en cour quelque faveur…
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Heureux, de qui la mort de sa gloire est suivieSonnet XX. Et plus heureux celui dont l'immortalité Ne prend commencement de la postérité, Mais devant que la mort ait son âme ravie. Tu jouis (mon Ronsard), même durant ta vie, De l'immortel honneur…
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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyageSonnet XXXI. Ou comme celui-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer…
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Ici de mille fards la trahison se déguiseSonnet CXXVII. Ici mille forfaits pullulent à foison, Ici ne se punit l'homicide ou poison, Et la richesse ici par usure est acquise : Ici les grandes maisons viennent de bâtardise, Ici ne se croit…
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Il fait bon voir, Paschal, un conclave serréSonnet LXXXI. Et l'une chambre à l'autre également voisine D'antichambre servir, de salle et de cuisine, En un petit recoin de dix pieds en carré : Il fait bon voir autour le palais emmuré, Et…
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J'aime la liberté, et languis en serviceSonnet XXXIV. Je n'aime point la cour, et me faut courtiser, Je n'aime la feintise, et me faut déguiser, J'aime simplicité, et n'apprends que malice ; Je n'adore les biens, et sers à l'avarice, Je…
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Je fus jadis Hercule, or Pasquin je me nommeSonnet CVIII. Pasquin fable du peuple, et qui fais toutefois Le même office encor que j'ai fait autrefois, Vu qu'ores par mes vers tant de monstres j'assomme. Aussi mon vrai métier, c'est de…
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Je hais du Florentin l'usurière avariceSonnet LXVIII. Je hais du fol Siennois le sens mal arrêté, Je hais du Genevois la rare vérité, Et du Vénitien la trop haute malice : Je hais le Ferrarais pour je ne sais quel vice, Je hais tous les…
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Je ne commis jamais fraude ni maléficeSonnet XLIII. Je ne doutai jamais des points de notre foi, Je n'ai point violé l'ordonnance du roi, Et n'ai point éprouvé la rigueur de justice : J'ai fait à mon seigneur fidèlement service, Je fais…
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Je n'écris point d'amour, n'étant point amoureuxSonnet LXXIX. Je n'écris de beauté, n'ayant belle maîtresse, Je n'écris de douceur, n'éprouvant que rudesse, Je n'écris de plaisir, me trouvant douloureux : Je n'écris de bonheur, me trouvant…
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Je ne découvre ici les mystères sacrésSonnet LXXVII. Des saints prêtres romains, je ne veux rien écrire Que la vierge honteuse ait vergogne de lire, Je veux toucher sans plus aux vices moins secrets. Mais tu diras que mal je nomme ces…
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Je ne te conterai de Bologne et VeniseSonnet LXXVIII. De Padoue et Ferrare et de Milan encore, De Naples, de Florence, et lesquelles sont or Meilleures pour la guerre ou pour la marchandise. Je te raconterai du siège de l'Église, Qui…
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Je me ferai savant en la philosophieXXXII. En la mathématique et médecine aussi : Je me ferai légiste, et d'un plus haut souci Apprendrai les secrets de la théologie : Du luth et du pinceau j'ébatterai ma vie, De l'escrime et du bal.…
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Je n'ai jamais pensé que cette voûte rondeSonnet CXI. Couvrît rien de constant : mais je veux désormais, Je veux, mon cher Morel, croire plus que jamais Que dessous ce grand Tout rien ferme ne se fonde, Puisque celui qui fut de la terre et…
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Je hais plus que la mort un jeune casanierSonnet XXIX. Qui ne sort jamais hors, sinon aux jours de fête, Et craignant plus le jour qu'une sauvage bête, Se fait en sa maison lui-même prisonnier. Mais je ne puis aimer un vieillard voyager, Qui…
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Je ne veux feuilleter les exemplaires GrecsSonnet IV. Je ne veux retracer les beaux traits d'un Horace, Et moins veux-je imiter d'un Pétrarque la grâce, Ou la voix d'un Ronsard, pour chanter mes Regrets. Ceux qui sont de Phoebus vrais poètes…
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Je ne veux point fouiller au sein de la natureSonnet I. Je ne veux point chercher l'esprit de l'univers, Je ne veux point sonder les abîmes couverts, Ni dessiner du ciel la belle architecture. Je ne peins mes tableaux de si riche peinture, Et si…
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Je vois, Dilliers, je vois seréner la tempêteSonnet CXXIX. Je vois le vieux Protée son troupeau renfermer, Je vois le vert Triton s'égayer sur la mer, Et vois l'astre jumeau flamboyer sur ma tête : Là le vent favorable à mon retour s'apprête,…
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La nef qui longuement a voyagé, DillierSonnet XXXV. Dedans le sein du port à la fin on la serre : Et le boeuf, qui longtemps a renversé la terre, Le bouvier à la fin lui ôte le collier : Le vieux cheval se voit à la fin délier, Pour ne…
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Las où est maintenant ce mépris de FortuneSonnet VI. Où est ce coeur vainqueur de toute adversité, Cet honnête désir de l'immortalité, Et cette honnête flamme au peuple non commune ? Où sont ces doux plaisirs, qu'au soir sous la nuit brun…
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Le Breton est savant et sait fort bien écrireSonnet LVIII. En français et toscan, en grec et en romain, Il est en son parler plaisant et fort humain, Il est bon compagnon et dit le mot pour rire. Il a bon jugement et sait fort bien élire Le…
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Le roi (disent ici ces bannis de Florence)Sonnet CXXIV. Du sceptre d'Italie est frustré désormais, Et son heureuse main cet heur n'aura jamais De reprendre aux cheveux la fortune de France. Le Pape mal content n'aura plus de fiance En tous…
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Magny, je ne puis voir un prodigue d'honneurSonnet LXVII. Qui trouve tout bien fait, qui de tout s'émerveille, Qui mes fautes approuve et me flatte l'oreille, Comme si j'étais prince ou quelque grand seigneur. Mais je me fâche aussi d'un…
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Maintenant je pardonne à la douce fureurSonnet XIII. Qui m'a fait consumer le meilleur de mon âge, Sans tirer autre fruit de mon ingrat ouvrage Que le vain passe-temps d'une si longue erreur. Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur,…
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Malheureux l'an, le mois, le jour, l'heure et le pointSonnet XXV. Et malheureuse soit la flatteuse espérance, Quand pour venir ici j'abandonnai la France : La France, et mon Anjou, dont le désir me point. Vraiment d'un bon oiseau guidé je ne fus point,…
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Maraud, qui n'es maraud que de nom seulementSonnet LIV. Qui dit que tu es sage, il dit la vérité : Mais qui dit que le soin d'éviter pauvreté Te ronge le cerveau, ta face le dément. Celui vraiment est riche et vit heureusement Qui, s'éloignant…
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Marcher d'un grave pas et d'un grave sourcilSonnet LXXXVI. Et d'un grave sourire à chacun faire fête, Balancer tous ses mots, répondre de la tête, Avec un Messer non, ou bien un Messer si : Entremêler souvent un petit Et cosi, Et d'un son…
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Maudit soit mille fois le Borgne de LibyeSonnet XCV. Qui, le cœur des rochers perçant de part en part, Des Alpes renversa le naturel rempart, Pour ouvrir le chemin de France en Italie. Mars n'eût empoisonné d'une éternelle envie Le cœur de…
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Mauny, prenons en gré la mauvaise fortuneSonnet LI. Puisque nul ne se peut de la bonne assurer, Et que de la mauvaise on peut bien espérer, Etant son naturel de n'être jamais une. Le sage nocher craint la faveur de Neptune, Sachant que le…
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Montigné (car tu es aux procès usité)Sonnet LV. Si quelqu'un de ces dieux, qui ont plus de puissance, Nous promit de tous biens paisible jouissance, Nous obligeant par Styx toute sa déité, Il s'est mal envers nous de promesse acquitté,…
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Nature est aux bâtards volontiers favorableSonnet LXIV. Et souvent les bâtards sont les plus généreux, Pour être au jeu d'amour l'homme plus vigoureux, D'autant que le plaisir lui est plus agréable. Le dompteur de Méduse, Hercule…
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Ne lira-t-on jamais que ce dieu rigoureuxSonnet XXIII. Jamais ne lira-t-on que cette Idalienne ? Ne verra-t-on jamais Mars sans la Cyprienne ? Jamais ne verra-t-on que Ronsard amoureux ? Retistra-t-on toujours, d'un tour laborieux, Cette…
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Ne pense pas, Bouju, que les nymphes latinesSonnet XC. Pour couvrir leur trahison d'une humble privauté, Ni pour masquer leur teint d'une fausse beauté, Me fassent oublier nos nymphes angevines. L'angevine douceur, les paroles divines, L'habit…
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Ne pense, Robertet, que cette Rome-ciSonnet LVXXXIII. Soit cette Rome-là qui te soulait tant plaire. On n'y fait plus crédit, comme l'on soulait faire, On n'y fait plus l'amour, comme on soulait aussi. La paix et le bon temps ne règnent…
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N'étant, comme je suis, encore exercitéSonnet III. Par tant et tant de maux au jeu de la fortune, Je suivais d'Apollon la trace non commune, D'une sainte fureur saintement agité. Ores ne sentant plus cette divinité, Mais piqué du souci…
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N'étant de mes ennuis la fortune assouvieSonnet XLI. Afin que je devinsse à moi-même odieux, M'ôta de mes amis celui que j'aimais mieux, Et sans qui je n'avais de vivre nulle envie. Donc l'éternelle nuit a ta clarté ravie, Et je ne t'ai…
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Ne t'ébahis, Ronsard, la moitié de mon âmeSonnet VIII. Si de ton Du Bellay France ne lit plus rien, Et si avec l'air du ciel italien Il n'a humé l'ardeur qui l'Italie enflamme. Le saint rayon qui part des beaux yeux de ta dame Et la sainte…
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Ne t'émerveille point que chacun il mépriseSonnet LXVI. Qu'il dédaigne un chacun, qu'il n'estime que soi, Qu'aux ouvrages d'autrui il veuille donner loi, Et comme un Aristarq lui-même s'autorise. Paschal, c'est un pédant : et quoiqu'il se…
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Nous ne faisons la cour aux filles de MémoireSonnet LXXXIV. Comme vous qui vivez libres de passion : Si vous ne savez donc notre occupation, Ces dix vers en suivant vous la feront notoire : Suivre son cardinal au Pape, au Consistoire, En…
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Nous ne sommes fâchés que la trêve se fasseSonnet CXXIII. Car bien que nous soyons de la France bien loin, Si est chacun de nous à soi-même témoin Combien la France doit de la guerre être lasse. Mais nous sommes fâchés que l'espagnole audace,…
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Ô beaux cheveux d'argent mignonnement retorsSonnet XCI. Ô front crêpe et serein ! et vous, face dorée ! Ô beaux yeux de cristal ! Ô grand bouche honorée, Qui d'un large repli retrousses tes deux bords ! Ô belles dents d'ébène ! Ô précieux…
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Ô Déesse qui peut aux princes égalerSonnet XCVI. Ô Déesse, qui peut aux princes égaler Un pauvre mendiant qui n'a que la parole, Et qui peut d'un grand roi faire un maître d'école, S'il te plaît de son lieu le faire dévaler : Je ne te…
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Ô combien est heureux qui n'est contraint de feindreSonnet XLVIII. Ce que la vérité le contraint de penser, Et à qui le respect d'un qu'on n'ose offenser Ne peut la liberté de sa plume contraindre ! Las, pourquoi de ce noeud sens-je la mienne…
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Ô marâtre nature et marâtre es-tu bienSonnet XLV. Ô marâtre nature (et marâtre es-tu bien, De ne m'avoir plus sage ou plus heureux fait naître), Pourquoi ne m'as-tu fait de moi-même le maître, Pour suivre ma raison et vivre du tout mien…
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On ne fait de tout bois l'image de MercureSonnet CII. Dit le proverbe vieil : mais nous voyons ici De tout bois faire pape, et cardinaux aussi, Et vêtir en trois jours tout une autre figure. Les princes et les rois viennent grands de nature…
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Ô que tu es heureux, si tu connais ton heureSonnet CXV. D'être échappé des mains de cette gent cruelle, Qui sous un faux semblant d'amitié mutuelle Nous dérobe le bien, et la vie, et l'honneur ! Où tu es, mon Dagaut, la secrète rancœur, Le…
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Ô qu'heureux est celui qui peut passer son âgeSonnet XXXVIII. Entre pareils à soi ! et qui sans fiction, Sans crainte, sans envie et sans ambition, Règne paisiblement en son pauvre ménage ! Le misérable soin d'acquérir davantage Ne tyrannise…
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Ores, plus que jamais, me plaît d'aimer la MuseSonnet XXII. Soit qu'en français j'écrive ou langage romain, Puisque le jugement d'un prince tant humain De si grande faveur envers les lettres usé. Donc le sacré métier où ton esprit s'amuse Ne sera…
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Ô trois et quatre fois malheureuse la terreSonnet CXIV. Dont le prince ne voit que par les yeux d'autrui, N'entend que par ceux-là qui répondent pour lui, Aveugle, sourd et mut plus que n'est une pierre ! Tels sont ceux-là, Seigneur,…
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Où que je tourne l'œil, soit vers le CapitoleSonnet CVII. Vers les bains d'Antonin ou Dioclétien. Et si quelque œuvre encor dure plus ancien De la porte Saint-Pol jusques à Ponte-mole : Je déteste à part moi ce vieux faucheur, qui vole, Et le…
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Panjas, veux-tu savoir quels sont mes passe-tempsSonnet XV. Je songe au lendemain, j'ai soin de la dépense Qui se fait chacun jour, et si faut que je pense A rendre sans argent cent créditeurs contents. Je vais, je viens, je cours, je ne perds…
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Pourquoi me grondes-tu, vieux matin affaméSonnet LXIX. Comme si Du Bellay n'avait point de défense ? Pourquoi m'offenses-tu, qui ne t'ai fait offense, Sinon de t'avoir trop quelquefois estimé ? Qui t'a, chien envieux, sur moi tant animé, Sur…
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Quand je te dis adieu, pour m'en venir iciSonnet XXVIII. Tu me dis, mon La Haye, il m'en souvient encore : Souvienne-toi, Bellay, de ce que tu es ore, Et comme tu t'en vas, retourne-t'en ainsi. Et tel comme je vins, je m'en retourne aussi :…
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Quand je vais par la rue, où tant de peuple abondeSonnet XCIX. De prêtres, de prélats, et de moines aussi, De banquiers, d'artisans, et n'y voyant, ainsi Qu'on voit dedans Paris, la femme vagabonde : Pyrrhe, après le dégât de l'universelle onde, Ses…
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Quand je vois ces messieurs, desquels l'autoritéSonnet CXVIII. Se voit ores ici commander en son rang, D'un front audacieux cheminer flanc à flanc, Il me semble de voir quelque divinité. Mais les voyant pâlir lorsque Sa Sainteté Crache dans un…
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Quand je vois ces seigneurs qui l'épée et la lanceSonnet CXII. Ont laissé pour vêtir ce saint orgueil romain, Et ceux-là qui ont pris le bâton en la main Sans avoir jamais fait preuve de leur vaillance : Quand je les vois, Ursin, si chiches…
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Quand mon Caraciol de leur prison desserreSonnet CX. Mars, les vents et l'hiver : une ardente fureur, Une fière tempête, une tremblante horreur Ames, ondes, humeurs, ard, renverse et resserre. Quand il lui plaît aussi de renfermer la guerre…
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Que dirons-nous, Melin, de cette cour romaineSonnet CI. Où nous voyons chacun divers chemins tenir, Et aux plus hauts honneurs les moindres parvenir, Par vice, par vertu, par travail, et sans peine ? L'un fait pour s'avancer une dépense vaine,…
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Que ferai-je, Morel ? Dis-moi, si tu l'entendsXXXIII. Ferai-je encore ici plus longue demeurance, Ou si j'irai revoir les campagnes de France, Quand les neiges fondront au soleil du printemps ? Si je demeure ici, hélas, je perds mon temps A me…
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Quel est celui qui veut faire croire de soiSonnet LXIII. Qu'il est fidèle ami, mais quand le temps se change, Du côté des plus forts soudainement se range, Et du coté de ceux qui ont le mieux de quoi ? Quel est celui qui dit qu'il gouverne le…
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Qu'heureux tu es, Baïf, heureux, et plus qu'heureuxSonnet XXIV. De ne suivre abusé cette aveugle déesse, Qui d'un tour inconstant et nous hausse et nous baisse, Mais cet aveugle enfant qui nous fait amoureux ! Tu n'éprouves, Baïf, d'un maître…
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Qui choisira pour moi la racine d'UlysseSonnet LXXXVIII. Et qui me gardera de tomber au danger Qu'une Circe en pourceau ne me puisse changer, Pour être à tout jamais fait esclave du vice ? Qui m'étreindra le doigt de l'anneau de Mélisse,…
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Quiconque, mon Bailleul, fait longuement séjourSonnet XXX. Sous un ciel inconnu, et quiconque endure D'aller de port en port cherchant son aventure, Et peut vivre étranger dessous un autre jour : Qui peut mettre en oubli de ses parents l'amour,…
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Qui est ami du cœur est ami de la bourseSonnet LXI. Ce dira quelque honnête et hardi demandeur, Qui de l'argent d'autrui libéral dépendeur Lui-même à l'hôpital s'en va toute la course. Mais songe là-dessus qu'il n'est si vive source Qu'on…
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Qui niera, Gillebert, s'il ne veut résisterSonnet CVI. Au jugement commun, que le siège de Pierre Qu'on peut dire à bon droit un paradis en terre, Aussi bien que le ciel, n'ait son grand Jupiter ? Les Grecs nous ont fait l'un sur Olympe…
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Se fâcher tout le jour d'une fâcheuse chasseSonnet CXXI. Voir un brave taureau se faire un large tour. Étonné de se voir tant d'hommes alentour, Et cinquante piquiers affronter son audace : Le voir en s'élançant venir la tête basse, Fuir et…
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Seigneur, ne pensez pas d'ouïr chanter iciSonnet LX. Les louanges du roi, ni la gloire de Guise, Ni celle que se sont les Châtillons acquise, Ni ce temple sacré au grand Montmorency. N'y penser voir encor le sévère sourcil De Madame Sagesse,…
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Si après quarante ans de fidèle serviceSonnet XLIX. Que celui que je sers a fait en divers lieux, Employant, libéral, tout son plus et son mieux Aux affaires qui sont de plus digne exercice, D'un haineux étranger l'envieuse malice Exerce…
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Si celui qui s'apprête à faire un long voyageSonnet XXVI. Doit croire celui-là qui a là voyagé, Et qui des flots marins longuement outragé, Tout moite et dégouttant s'est sauvé du naufrage, Tu me croiras, Ronsard, bien que tu sois plus sage, Et…
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Si fruits, raisins et blés, et autres telles chosesSonnet CIV. Ont leur tronc, et leur cep, et leur semence aussi, Et s'on voit au retour du printemps adouci Naître de toutes parts violettes et roses ; Ni fruits, raisins, ni blés, ni fleurettes…
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Si je monte au Palais, je n'y trouve qu'orgueilSonnet LXXX. Que vice déguisé, qu'une cérémonie, Qu'un bruit de tambourins, qu'une étrange harmonie, Et de rouges habits un superbe appareil : Si je descends en banque, un amas et recueil De…
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Si la perte des tiens, si les pleurs de ta mèreSonnet CIII. Et si de tes parents les regrets quelquefois, Combien, cruel Amour, que sans amour tu sois, T'ont fait sentir le deuil de leur complainte amère : C'est or qu'il faut montrer ton flambeau…
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Si les larmes servaient de remède au malheurSonnet LII. Et le pleurer pouvait la tristesse arrêter, On devrait, Seigneur mien, les larmes acheter, Et ne se trouverait rien si cher que le pleur. Mais les pleurs en effet sont de nulle valeur :…
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Si l'importunité d'un créditeur me fâcheSonnet XIV. Les vers m'ôtent l'ennui du fâcheux créditeur : Et si je suis fâché d'un fâcheux serviteur, Dessus les vers, Boucher, soudain je me défâche. Si quelqu'un dessus moi sa colère délâche, Sur…
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Si onques de pitié ton âme fut atteinteSonnet XLVII. Voyant indignement ton ami tourmenté, Et si onques tes yeux ont expérimenté Les poignants aiguillons d'une douleur non feinte, Vois la mienne en ces vers sans artifice peinte, Comme…
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Si par peine et sueur et par fidélitéSonnet XLVI. Par humble servitude et longue patience, Employer corps et biens, esprit et conscience, Et du tout mépriser sa propre utilité, Si pour n'avoir jamais par importunité Demandé bénéfice ou…
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Si Pirithois ne fût aux enfers descenduSonnet LXX. L'amitié de Thésée serait ensevelie, Et Nise par sa mort n'eût la sienne ennoblie, S'il n'eût vu sur le champ Euryale étendu : De Pylade le nom ne serait entendu Sans la fureur d'Oreste,…
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Si pour avoir passé sans crime sa jeunesseSonnet XLIV. Si pour n'avoir d'usure enrichi sa maison, Si pour n'avoir commis homicide ou trahison, Si pour n'avoir usé de mauvaise finesse, Si pour n'avoir jamais violé sa promesse, On se doit…
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Si tu ne sais, Morel, ce que je fais iciSonnet XVIII. Je ne fais pas l'amour ni autre tel ouvrage : Je courtise mon maître, et si fais davantage, Ayant de sa maison le principal souci. Mon Dieu (ce diras-tu), quel miracle est-ce ci, Que de…
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Sortons, Dilliers, sortons, faisons place à l'envieSonnet L. Et fuyons désormais ce tumulte civil, Puisqu'on y voit priser le plus lâche et plus vil, Et la meilleure part être la moins suivie. Allons où la vertu et le sort nous convie, Dussions-nous…
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Tu dis que Du Bellay tient réputationLXXIV. Et que de ses amis il ne tient plus de compte : Si ne suis-je seigneur, prince, marquis ou comte, Et n'ai changé d'état ni de condition. Jusqu'ici je ne sais que c'est d'ambition, Et pour ne…
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Tu ne crains la fureur de ma plume animéeSonnet LXV. Pensant que je n'ai rien à dire contre toi, Sinon ce que ta rage a vomi contre moi, Grinçant comme un mâtin la dent envenimée. Tu crois que je n'en sais que par la renommée, Et que quand…
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Tu sois la bienvenue, ô bienheureuse trêveSonnet CXXVI. Trêve que le chrétien ne peut assez chanter, Puisque seule tu as la vertu d'enchanter De nos travaux passés la souvenance grève. Tu dois durer cinq ans : et que l'envie en crève : Car…
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Un peu de mer tenait le grand DulichienSonnet XL. D'Itaque séparé, l'Apennin porte-nue Et les monts de Savoie à la tête chenue Me tiennent loin de France au bord ausonien. Fertile est mon séjour, stérile était le sien, Je ne suis des plus…
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Un plus savant que moi, Paschal, ira songerSonnet II. Avecques l'Ascréan dessus la double cime : Et pour être de ceux dont on fait plus d'estime, Dedans l'onde au cheval tout nu s'ira plonger. Quant à moi, je ne veux, pour un vers allonger,…
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Ursin, quand j'oy nommer de ces vieux noms romainsSonnet C. De ces beaux noms connus de l'Inde jusqu'au More, Non les grands seulement, mais les moindres encore, Voire ceux-là qui ont les ampoules aux mains : Il me fâche d'ouïr appeler ces vilains…
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Veux-tu savoir, Duthier, quelle chose c'est RomeLVXXXII. Rome est de tout le monde un publique échafaud ; Une scène, un théâtre, auquel rien ne défaut De ce qui peut tomber ès actions de l'homme. Ici se voit le jeu de la fortune, et comme Sa main…
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Vivons, Gordes, vivons, vivons, et pour le bruitSonnet LIII. Des vieillards ne laissons à faire bonne chère : Vivons, puisque la vie est si courte et si chère, Et que même les rois n'en ont que l'usufruit. Le jour s'éteint au soir, et au matin…
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Voici le carnaval, menons chacun la sienneSonnet CXX. Allons baller en masque, allons nous promener, Allons voir Marc Antoine ou Zany bouffonner Avec son Magnifique à la vénitienne : Voyons courir le pal à la mode ancienne, Et voyons par le…
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Vu le soin ménager dont travaillé je suisSonnet XII. Vu l'importun souci qui sans fin me tourmente, Et vu tant de regrets desquels je me lamente, Tu t'ébahis souvent comment chanter je puis. Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis, Ou,…
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À VénusAyant après long désir Pris de ma douce ennemie Quelques arrhes du plaisir, Que sa rigueur me dénie, Je t’offre ces beaux oeillets, Vénus, je t’offre ces roses, Dont les boutons vermeillets Imitent…
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Au fleuve de LoireÔ de qui la vive course Prend sa bienheureuse source, D’une argentine fontaine, Qui d’une fuite lointaine, Te rends au sein fluctueux De l’Océan monstrueux, Loire, hausse ton chef ores Bien haut, et…
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BaiserQuand ton col de couleur rose Se donne à mon embrassement Et ton oeil languit doucement D’une paupière à demi close, Mon âme se fond du désir Dont elle est ardemment pleine Et ne peut souffrir à…
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Au RoiNe vous pouvant donner ces ouvrages antiques Pour votre Saint-Germain ou pour Fontainebleau, Je vous les donne, Sire, en ce petit tableau Peint, le mieux que j’ai pu, de couleurs poétiques : Qui mis…
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Épitaphe d’un chatMaintenant le vivre me fâche ; Et afin, Magny, que tu saches, Pourquoi je suis tant éperdu, Ce n’est pas pour avoir perdu Mes anneaux, mon argent, ma bourse ; Et pourquoi est-ce donques ? pour ce Que…
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Chant du désespéréLa Parque si terrible A tous les animaux, Plus ne me semble horrible, Car le moindre des maux, Qui m’ont fait si dolent, Est bien plus violent. Comme d’une fontaine Mes yeux sont dégouttants, Ma face…
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Heureux qui comme UlysseHeureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand…
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La complainte du désespéréQui prêtera la parole A la douleur qui m’affole ? Qui donnera les accents A la plainte qui me guide : Et qui lâchera la bride A la fureur que je sens ? Qui baillera double force A mon âme, qui…
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Mars, vergogneux d’avoir donné tant d’heurMars, vergogneux d’avoir donné tant d’heur A ses neveux que l’impuissance humaine Enorgueillie en l’audace romaine Semblait fouler la céleste grandeur, Refroidissant cette première ardeur, Dont le…
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Nouveau venu qui cherches…Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome Et rien de Rome en Rome n’aperçois, Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois, Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme. Vois quel orgueil, quelle…
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Qui voudra voir tout ce qu’ont pu natureQui voudra voir tout ce qu’ont pu nature, L’art et le ciel, Rome, te vienne voir : J’entends s’il peut ta grandeur concevoir Par ce qui n’est que ta morte peinture. Rome n’est plus : et si…
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Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon oeilSeigneur, je ne saurais regarder d’un bon oeil Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire, Sinon en leur marcher les princes contrefaire, Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil. Si…
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Sonnet II (L’Olive)D’amour, de grace, et de haulte valeur Les feux divins estoient ceinctz, et les cieulx S’estoient vestuz d’un manteau precieux A raiz ardens, de diverse couleur. Tout estoit plein de beauté, de…
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Sonnet I (L’olive)Je ne quiers pas la fameuse couronne, Sainct ornement du Dieu au chef doré, Ou que du Dieu aux Indes adoré Le gay chapeau la teste m’environne. Encores moins veulx-je que l’on me donne Le mol rameau…
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Sonnet III (L’Olive)Loyre fameux, qui ta petite source Enfles de maintz gros fleuves, et ruysseaux, Et qui de loing coules tes cleres eaux En l’Ocean d’une assez vive course. Ton chef royal hardiment bien hault pousse…
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Sonnet IV (L’Olive)L’heureuse branche à Pallas consacrée, Branche de paix, porte le nom de celle Qui le sens m’oste, et soubz grand’beauté cele La cruaulté, qui à Mars tant agrée. Delaisse donq’ô cruelle obstinée ! Ce…
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Une louve je vis sous l’antre d’un rocherUne louve je vis sous l’antre d’un rocher Allaitant deux bessons : je vis à sa mamelle Mignardement jouer cette couple jumelle, Et d’un col allongé la louve les lécher. Je la vis hors de là sa pâture…
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VillanelleEn ce mois délicieux, Qu’amour toute chose incite, Un chacun à qui mieux mieux La douceur’ du temps imite, Mais une rigueur dépite Me fait pleurer mon malheur. Belle et franche Marguerite Pour vous…
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