Paul Verlaine
Poèmes de Paul Verlaine (442)
Classés par titre (A–Z).
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À Albert MératEt nous voilà très doux à la bêtise humaine, Lui pardonnant vraiment et même un peu touchés De sa candeur extrême et des torts très légers, Dans le fond, qu'elle assume et du train qu'elle mène.…
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À Charles BaudelaireJe ne t'ai pas connu, je ne t'ai pas aimé, Je ne te connais point et je t'aime encor moins : Je me chargerais mal de ton nom diffamé, Et si j'ai quelque droit d'être entre tes témoins, C'est que,…
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À Charles de SivryMon Charles, autrefois mon frère, et pardieu bien ! Encore tel malgré toutes les lois ensemble, Te souvient-il d'un amoureux qui n'ose et tremble Et verse le secret de son cœur dans le tien ? Ah, de…
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À Charles MoriceImpérial, royal, sacerdotal, comme une République Française en ce Quatre-vingt-treize Brûlant empereur, roi, prêtre dans sa fournaise, Avec la danse, autour, de la grande Commune ; L'étudiant et sa…
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À ClymèneMystiques barcarolles, Romances sans paroles, Chère, puisque tes yeux, Couleur des cieux, Puisque ta voix, étrange Vision qui dérange Et trouble l'horizon De ma raison, Puisque l'arôme insigne De ta…
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AdieuHélas ! je n'étais pas fait pour cette haine Et pour ce mépris plus forts que moi que j'ai. Mais pourquoi m'avoir fait cet agneau sans laine Et pourquoi m'avoir fait ce coeur outragé ? J'étais né…
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À Don QuichotteÔ Don Quichotte, vieux paladin, grand Bohème, En vain la foule absurde et vile rit de toi : Ta mort fut un martyre et ta vie un poème, Et les moulins à vent avaient tort, ô mon roi ! Va toujours, va…
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À Edmond ThomasMon ami, vous m'avez, quoiqu'encore si jeune, Vu déjà bien divers, mais ondoyant jamais ! Direct et bref, oui : tels les Juins suivent les Mais, Ou comme un affamé de la veille déjeune. Homme de…
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À Émile BlémontLa vindicte bourgeoise assassinait mon nom Chinoisement, à coups d'épingle, quelle affaire ! Et la tempête allait plus âpre dans mon verre. D'ailleurs du seul grief, Dieu bravé, pas un non, Pas un…
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À Emmanuel ChabrierChabrier, nous faisions, un ami cher et moi, Des paroles pour vous qui leur donniez des ailes, Et tous trois frémissions quand, pour bénir nos zèles, Passait l'Ecce deus et le Je ne sais quoi. Chez…
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À Ernest DelahayeDieu, nous voulant amis parfaits, nous fit tous deux Gais de cette gaîté qui rit pour elle-même, De ce rire absolu, colossal et suprême, Qui s'esclaffe de tous et ne blesse aucun d'eux. Tous deux…
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À Fernand LangloisVous vous êtes penché sur ma mélancolie, Non comme un indiscret, non comme un curieux, Et vous avez surpris la clef de ma folie, Tel un consolateur attentif et pieux ; Et vous avez ouvert doucement…
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À George VerlaineCe livre ira vers toi comme celui d'Ovide S'en alla vers la Ville. Il fut chassé de Rome ; un coup bien plus perfide Loin de mon fils m'exile. Te reverrai-je ? Et quel ? Mais quoi ! moi mort ou non,…
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Agnus DeiL'agneau cherche l'amère bruyère, C'est le sel et non le sucre qu'il préfère, Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière. Quand il veut un but, rien ne l'arrête, Brusque, il fonce avec de…
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À HoratioAmi, le temps n'est plus des guitares, des plumes, Des créanciers, des duels hilares à propos De rien, des cabarets, des pipes aux chapeaux Et de cette gaîté banale où nous nous plûmes. Voici venir,…
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À la louange de Laure et de PétrarqueChose italienne où Shakspeare a passé Mais que Ronsard fit superbement française, Fine basilique au large diocèse, Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé, Elle, ta marraine, et Lui qui t'a pensé,…
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À la manière de Paul VerlaineC'est à cause du clair de la lune Que j'assume ce masque nocturne Et de Saturne penchant son urne Et de ces lunes l'une après l'une. Des romances sans paroles ont, D'un accord discord ensemble et…
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À la princesse RoukhineC'est une laide de Boucher Sans poudre dans sa chevelure Follement blonde et d'une allure Vénuste à tous nous débaucher. Mais je la crois mienne entre tous, Cette crinière tant baisée, Cette…
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À la promenadeLe ciel si pâle et les arbres si grêles Semblent sourire à nos costumes clairs Qui vont flottant légers avec des airs De nonchalance et des mouvements d'ailes. Et le vent doux ride l'humble bassin,…
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À Léon ValadeDouze longs ans ont lui depuis les jours si courts Où le même devoir nous tenait côte à côte ! Hélas ! les passions dont mon cœur s'est fait l'hôte Furieux ont troublé ma paix de ces bons jours ; Et…
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AllégorieDespotique, pesant, incolore, l'Eté, Comme un roi fainéant présidant un supplice, S'étire par l'ardeur blanche du ciel complice Et bâille. L'homme dort loin du travail quitté. L'alouette au matin,…
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À Louis II de BavièreRoi, le seul vrai roi de ce siècle, salut, Sire, Qui voulûtes mourir vengeant votre raison Des choses de la politique, et du délire De cette Science intruse dans la maison, De cette Science assassin…
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À Madame X(En lui envoyant une pensée.) Au temps où vous m'aimiez (bien sûr ?), Vous m'envoyâtes, fraîche éclose, Une chère petite rose, Frais emblème, message pur. Elle disait en son langage Les " serments du…
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À Madame ***Vos narines qui vont en l'air, Non loin de vos beaux yeux quelconques, Sont mignonnes comme ces conques Du bord de mer de bains de mer ; Un sourire moins franc qu'aimable Découvre de petites dents,…
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À Mademoiselle ***Rustique beauté Qu'on a dans les coins, Tu sens bon les foins, La chair et l'été. Tes trente-deux dents De jeune animal Ne vont point trop mal À tes yeux ardents. Ton corps dépravant Sous tes habits…
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À Maurice du PlessysJe vous prends à témoin entre tous mes amis, Vous qui m'avez connu dès l'extrême infortune, Que je fus digne d'elle, à Dieu seul tout soumis, Sans criard désespoir ni jactance importune, Simple dans…
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Amoureuse du diableÀ Stéphane Mallarmé Il parle italien avec un accent russe. Il dit : « Chère, il serait précieux que je fusse Riche, et seul, tout demain et tout après-demain. Mais riche à paver d'or monnayé le…
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Angélus de midiJe suis dur comme un juif et têtu comme lui, Littéral, ne faisant le bien qu'avec ennui, Quand je le fais, et prêt à tout le mal possible ; Mon esprit s'ouvre et s'offre, on dirait une cible ; Je ne…
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A poor young shepherdJ'ai peur d'un baiser Comme d'une abeille. Je souffre et je veille Sans me reposer : J'ai peur d'un baiser ! Pourtant j'aime Kate Et ses yeux jolis. Elle est délicate, Aux longs traits pâlis. Oh !…
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Après la chose faite, après le coup portéAprès le joug très dur librement accepté, Et le fardeau plus lourd que le ciel et la terre, Levé d'un dos vraiment et gaîment volontaire, Après la bonne haine et la chère rancœur. Le rêve de tenir,…
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Après le départ des clochesAu milieu du Gloria, Dès l'heure ordinaire des vêpres On consacre les Saintes Huiles Qu'escorte ensuite un long cortège De pontifes et de lévites. Il pluvine, il neigeotte, L'hiver vide sa hotte. Le…
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Après trois ansAyant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu'éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle. Rien n'a changé. J'ai…
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À propos d'un centenaire de CalderonA José Maria de Heredia Ce poète terrible et divinement doux, Plus large que Corneille et plus haut que Shakespeare, Grand comme Eschyle avec ce souffle qui l'inspire, Ce Calderon mystique et…
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Art poétiqueDe la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l'Impair Plus vague et plus soluble dans l'air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. Il faut aussi que tu n'ailles point Choisir tes mots sans…
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AscensionJésus au ciel est monté Pour vous envoyer sa grâce Espérance et charité, Foi qui jamais ne se lasse, Patience et tous les dons Que l'esprit porte en ses flamme. Et les trésors de pardons, De zèle au…
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Asperges meMoi qui ne suis qu'un brin d'hysope dans la main Du Seigneur tout-puissant qui m'octroya la grâce, Je puis, si mon dessein est pur devant Sa face, Purifier autrui passant sur mon chemin. Je puis, si…
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AspirationCette vallée est triste et grise : un froid brouillard Pèse sur elle ; L'horizon est ridé comme un front de vieillard ; Oiseau, gazelle, Prêtez-moi votre vol ; éclair, emporte-moi ! Vite, bien vite,…
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Assonances galantesI Tu me dois ta photographie À la condition que je Serai bien sage — et tu t'y fies ! Apprends, ma chère, que je veux Être, en échange de ce don Précieux, un libertin que L'on pardonne après sa…
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AuburnTes yeux, tes cheveux indécis, L'arc mal précis de tes sourcils, La fleur pâlotte de ta bouche, Ton corps vague et pourtant dodu, Te donnent un air peu farouche À qui tout mon hommage est dû. Mon…
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A une femmeA vous ces vers de par la grâce consolante De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux, De par votre âme pure et toute bonne, à vous Ces vers du fond de ma détresse violente. C'est qu'hélas ! le…
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À un passantMon cher enfant que j'ai vu dans ma vie errante, Mon cher enfant, que, mon Dieu, tu me recueillis, Moi-même pauvre ainsi que toi, purs comme lys, Mon cher enfant que j'ai vu dans ma vie errante ! Et…
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AutreLa cour se fleurit de souci Comme le front De tous ceux-ci Qui vont en rond En flageolant sur leur fémur Débilité Le long du mur Fou de clarté. Tournez, Samsons sans Dalila, Sans Philistin, Tournez…
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Autre explicationAmour qui ruisselais de flammes et de lait, Qu'est devenu ce temps, et comme est-ce qu'elle est, La constance sacrée au chrême des promesses ? Elle ressemble une putain dont les prouesses Empliraient…
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Avant que tu ne t'en aillesPâle étoile du matin, - Mille cailles Chantent, chantent dans le thym. Tourne devers le poète, Dont les yeux sont pleins d'amour ; - L'alouette Monte au ciel avec le jour. Tourne ton regard que noie…
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Avent« Dans les Avents », comme l'on dit Chez mes pays qui sont rustiques Et qui patoisent un petit Entre autres usages antiques, « Dans les Avents les côs chantont », Toute la nuit, grâce à la lune «…
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À Victor Hugo(En lui envoyant « Sagesse ») Nul parmi vos flatteurs d'aujourd'hui n'a connu Mieux que moi la fierté d'admirer votre gloire : Votre nom m'enivrait comme un nom de victoire, Votre œuvre, je l'aimais…
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Ballade(À propos de deux ormeaux qu'il avait) Mon jardin fut doux et léger Tant qu'il fut mon humble richesse : Mi-potager et mi-verger, Avec quelque fleur qui se dresse Couleur d'amour et d'allégresse, Et…
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Ballade de la mauvaise réputationIl eut des temps quelques argents Et régla ses camarades D'un sexe ou deux, intelligents Ou charmants, ou bien les deux grades, Si que dans les esprits malades Sa bonne réputation Subit que de…
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Ballade de la vie en rougeL'un toujours vit la vie en rose, Jeunesse qui n'en finit plus, Seconde enfance moins morose, Ni vœux, ni regrets superflus. Ignorant tout flux et reflux, Ce sage pour qui rien ne bouge Règne…
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Ballade en l'honneur de Louise MichelMadame et Pauline Roland, Charlotte, Théroigne, Lucile, Presque Jeanne d'Arc, étoilant Le front de la foule imbécile, Nom des cieux, cœur divin qu'exile Cette espèce de moins que rien France…
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Ballade en rêveAu docteur Louis Jullien. J'ai rêvé d'elle, et nous nous pardonnions Non pas nos torts, il n'en est en amour, Mais l'absolu de nos opinions Et que la vie ait pour nous pris ce tour. Simple elle était…
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Ballade SapphoMa douce main de maîtresse et d’amant Passe et rit sur ta chère chair en fête, Rit et jouit de ton jouissement. Pour la servir tu sais bien qu’elle est faite, Et ton beau corps faut que je le dévête…
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BatignollesUn grand bloc de grès ; quatre noms : mon père Et ma mère et moi, puis mon fils bien tard, Dans l'étroite paix du plat cimetière Blanc et noir et vert, au long du rempart. Cinq tables de grès ; le…
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BeamsElle voulut aller sur les bords de la mer, Et comme un vent bénin soufflait une embellie, Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie, Et nous voilà marchant par le chemin amer. Le soleil luisait haut…
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Beauté des femmesBeauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal, Et ces yeux, où plus rien ne reste d'animal Que juste assez pour dire : " assez " aux fureurs…
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Bien qu'elle soit ta meilleure amieC'est farce ce que nous la trompons Jusques à l'excès, sans penser mie À elle, tant nos instants sont bons, Nos instants sont bons ! Je fais des comparaisons, de même Toi cocufiant ton autre amant,…
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Birds in the nightVous n'avez pas eu toute patience, Cela se comprend par malheur, de reste ; Vous êtes si jeune ! Et l'insouciance, C'est le lot amer de l'âge céleste ! Vous n'avez pas eu toute la douceur, Cela par…
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Bon chevalier masquéBon chevalier masqué qui chevauche en silence, Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance. Le sang de mon vieux coeur n'a fait qu'un jet vermeil, Puis s'est évaporé sur les fleurs, au soleil.…
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Bon pauvre, ton vêtement est légerComme une brume, Oui, mais aussi ton cœur, il est léger Comme une plume, Ton libre cœur qui n'a qu'à plaire à Dieu, Ton cœur bien quitte De toute dette humaine, en quelque lieu Que l'homme habite, Ta…
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BournemouthLe long bois de sapins se tord jusqu'au rivage, L'étroit bois de sapins, de lauriers et de pins, Avec la ville autour déguisée en village : Chalets éparpillés rouges dans le feuillage Et les blanches…
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Bruxelles (Simples fresques)I La fuite est verdâtre et rose Des collines et des rampes, Dans un demi-jour de lampes Qui vient brouiller toute chose. L'or sur les humbles abîmes, Tout doucement s'ensanglante, Des petits arbres…
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Bruxelles (Chevaux de bois)Tournez, tournez, bons chevaux de bois, Tournez cent tours, tournez mille tours, Tournez souvent et tournez toujours, Tournez, tournez au son des hautbois. Le gros soldat, la plus grosse bonne Sont…
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CapriceÔ poète, faux pauvre et faux riche, homme vrai, Jusqu'en l'extérieur riche et pauvre pas vrai, (Dès lors, comment veux-tu qu'on soit sûr de ton cœur ?) Tour à tour souple drôle et monsieur somptueux,…
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Casta PianaTes cheveux bleus aux dessous roux, Tes yeux très durs qui sont trop doux, Ta beauté qui n'en est pas une, Tes seins que busqua, que musqua Un diable cruel et jusqu'à Ta pâleur volée à la lune, Nous…
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CauchemarJ'ai vu passer dans mon rêve — Tel l'ouragan sur la grève, — D'une main tenant un glaive Et de l'autre un sablier, Ce cavalier Des ballades d'Allemagne Qu'à travers ville et campagne, Et du fleuve à…
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ÇavitriPour sauver son époux, Çavitri fit le vœu De se tenir trois jours entiers, trois nuits entières, Debout, sans remuer jambes, buste ou paupières : Rigide, ainsi que dit Vyaça, comme un pieu. Ni,…
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Ce que j'ai dit, je ne le reprends pasPuisque je le pensai, c'est donc que c'était vrai. Je le garderai jusqu'au jour où je mourrai, Total, intégral, pur, en dépit des combats De la rancœur très haute et de l'orgueil très bas. Mais comme…
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César BorgiaSur fond sombre noyant un riche vestibule Où le buste d'Horace et celui de Tibulle Lointain et de profil rêvent en marbre blanc, La main gauche au poignard et la main droite au flanc, Tandis qu'un…
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Ce sera par un clair jour d'étéLe grand soleil, complice de ma joie, Fera, parmi le satin et la soie, Plus belle encor votre chère beauté ; Le ciel tout bleu, comme une haute tente, Frissonnera somptueux à longs plis Sur nos deux…
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Ces passions qu'eux seuls nomment encore amoursSont des amours aussi, tendres et furieuses, Avec des particularités curieuses Que n'ont pas les amours certes de tous les jours. Même plus qu'elles et mieux qu'elles héroïques, Elles se parent de…
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C'est la fête du blé, c'est la fête du painAux chers lieux d'autrefois revus après ces choses ! Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain De lumière si blanc que les ombres sont roses. L'or des pailles s'effondre au vol siffleur des faux…
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C'est l'extase langoureuseC'est la fatigue amoureuse, C'est tous les frissons des bois Parmi l'étreinte des brises, C'est, vers les ramures grises, Le choeur des petites voix. Ô le frêle et frais murmure ! Cela gazouille et…
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Chanson d'automneLes sanglots longs Des violons De l'automne Blessent mon coeur D'une langueur Monotone. Tout suffocant Et blême, quand Sonne l'heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure Et je m'en vais Au…
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Chanson pour ellesIls me disent que tu es blonde Et que toute blonde est perfide, Même ils ajoutent " comme l'onde ". Je me ris de leur discours vide ! Tes yeux sont les plus beaux du monde Et de ton sein je suis…
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CharleroiDans l'herbe noire Les Kobolds vont. Le vent profond Pleure, on veut croire. Quoi donc se sent ? L'avoine siffle. Un buisson gifle L'oeil au passant. Plutôt des bouges Que des maisons. Quels horizons…
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Chemise de femme, armure ad hocPour les chers combats et le gai choc, Avec, si frais et que blancs et gras, Sortant tout nus, joyeux, les deux bras, Vêtement suprême, De mode toujours, C'est toi seul que j'aime De tous ses atours.…
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Chevaux de boisTournez, tournez, bons chevaux de bois, Tournez cent tours, tournez mille tours, Tournez souvent et tournez toujours, Tournez, tournez au son des hautbois. Le gros soldat, la plus grosse bonne Sont…
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Child wifeVous n'avez rien compris à ma simplicité, Rien, ô ma pauvre enfant ! Et c'est avec un front éventé, dépité Que vous fuyez devant. Vos yeux qui ne devaient refléter que douceur, Pauvre cher bleu…
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CirconcisionPetit Jésus qui souffrez déjà dans votre chair Pour obéir au premier précepte de la Loi, Or, nous venons en ce jour saintement doux-amer, Vous offrir les prémices aussi de notre foi. Pour obéir, nous…
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CirconspectionDonne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nous Sous cet arbre géant où vient mourir la brise En soupirs inégaux sous la ramure grise Que caresse le clair de lune blême et doux. Immobiles, baissons…
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Clair de luneVotre âme est un paysage choisi Que vont charmant masques et bergamasques Jouant du luth et dansant et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques. Tout en chantant sur le mode mineur L'amour…
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Clochi-clochaL'église Saint-Nicolas Du Chardonnet bat un glas, Et l'église Saint-Étienne Du Mont lance à perdre haleine Des carillons variés Pour de jeunes mariés, Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris,…
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Colloque sentimentalDans le vieux parc solitaire et glacé Deux formes ont tout à l'heure passé. Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l'on entend à peine leurs paroles. Dans le vieux parc solitaire et…
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ColombineLéandre le sot, Pierrot qui d'un saut De puce Franchit le buisson, Cassandre sous son Capuce, Arlequin aussi, Cet aigrefin si Fantasque Aux costumes fous, Ses yeux luisants sous Son masque, — Do, mi,…
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Compagne savoureuse et bonneÀ qui j'ai confié le soin Définitif de ma personne, Toi mon dernier, mon seul témoin, Viens çà, chère, que je te baise, Que je t'embrasse long et fort, Mon coeur près de ton coeur bat d'aise Et…
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Complies en villeAu sortir de Paris on entre à Notre-Dame. Le fracas blanc vous jette aux accords long-voilés, L'affreux soleil criard à l'ombre qui se pâme Qui se pâme, aux regards des vitraux constellés, Et…
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Conseil falotBrûle aux yeux des femmes, Mais garde ton coeur Et crains la langueur Des épithalames. Bois pour oublier ! L'eau-de-vie est une Qui porte la lune Dans son tablier. L'injure des hommes, Qu'est-ce que…
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CortègeUn singe en veste de brocart Trotte et gambade devant elle Qui froisse un mouchoir de dentelle Dans sa main gantée avec art, Tandis qu'un négrillon tout rouge Maintient à tour de bras les pans De sa…
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CredoJe crois ce que l'Église catholique M'enseigna dès l'âge d'entendement : Que Dieu le Père est le fauteur unique Et le régulateur absolument De toute chose invisible et visible, Et que, par un mystère…
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Crépuscule du soir mystiqueLe Souvenir avec le Crépuscule Rougeoie et tremble à l'ardent horizon De l'Espérance en flamme qui recule Et s'agrandit ainsi qu'une cloison Mystérieuse où mainte floraison — Dahlia, lys, tulipe et…
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Crimen amoris(À Villiers de l'Isle-Adam) Dans un palais, soie et or, dans Ecbatane, De beaux démons, des satans adolescents, Au son d'une musique mahométane, Font litière aux Sept Péchés de leurs cinq sens. C'est…
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Croquis parisienLa lune plaquait ses teintes de zinc Par angles obtus. Des bouts de fumée en forme de cinq Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus. Le ciel était gris. La bise pleurait Ainsi qu'un basson. Au…
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Cuisses grosses mais fuseléesTendres et fermes par dessous, Dessus d'un dur qui serait doux, Musculeuses et potelées, Cuisses si bonnes tant baisées Devers leur naissance et par là, Blanches plus que rose-thé, la Meilleure part…
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CythèreUn pavillon à claires-voies Abrite doucement nos joies Qu'éventent des rosiers amis ; L'odeur des roses, faible, grâce Au vent léger d'été qui passe, Se mêle aux parfums qu'elle a mis ; Comme ses…
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Dans la grotteLà ! Je me tue à vos genoux ! Car ma détresse est infinie, Et la tigresse épouvantable d'Hyrcanie Est une agnelle au prix de vous. Oui, céans, cruelle Clymène, Ce glaive, qui dans maints combats Mit…
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Dans les boisD'autres, ― des innocents ou bien des lymphatiques, ― Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux, Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux ! D'autres s'y sentent pris ― rêveurs ―…
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Dans l'interminable ennui de la plaineDans l'interminable Ennui de la plaine La neige incertaine Luit comme du sable. Le ciel est de cuivre Sans lueur aucune. On croirait voir vivre Et mourir la lune. Comme les nuées Flottent gris les…
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DélicatesseA Mademoiselle Rachilde Tu nous rends l'égal des héros et des dieux, Et, nous procurant d'être les seuls dandies, Fais de nos orgueils des sommets radieux, Non plus ces foyers de troubles incendies.…
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De plus, cette ignorance de Vous !Avoir des yeux et ne pas vous voir, Une âme et ne pas vous concevoir. Un esprit sans nouvelles de Vous ! O temps, ô mœurs qu'il en soit ainsi, Et que ce vase de belles fleurs, Qu'un tel vase,…
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DévotionsSécheresse maligne et coupable langueur, Il n'est remède encore à vos tristesses noires Que telles dévotions surérogatoires, Comme des mois de Marie et du Sacré-Cœur, Éclat et parfum purs de fleurs…
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Dernier espoirIl est un arbre au cimetière Poussant en pleine liberté, Non planté par un deuil dicté, - Qui flotte au long d'une humble pierre. Sur cet arbre, été comme hiver, Un oiseau vient qui chante clair Sa…
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Des mortsÔ Cloître Saint-Merry funèbre ! sombres rues ! Je ne foule jamais votre morne pavé Sans frissonner devant les affres apparues. Toujours ton mur en vain recrépit et lavé, Ô maison Transnonain, coin…
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Désormais le Sage, puniPour avoir trop aimé les choses, Rendu prudent à l'infini, Mais franc de scrupules moroses, Et d'ailleurs retournant au Dieu Qui fît les yeux et la lumière, L'honneur, la gloire, et tout le peu Qu'a…
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Dixain mil-huit-cent-trenteJe suis né romantique et j'eusse été fatal En un frac très étroit aux boutons de métal, Avec ma barbe en pointe et mes cheveux en brosse. Hablant español, très loyal et très féroce, L'œil idoine à…
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Don Juan pipéÀ François Coppée Don Juan qui fut grand Seigneur en ce monde Est aux enfers ainsi qu'un pauvre immonde Pauvre, sans la barbe faite, et pouilleux, Et si n'étaient la lueur de ses yeux Et la beauté de…
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Drapeau vraiA Raymond de La Tailhède Le soldat qui sait bien et veut bien son métier Sera l'homme qu'il faut au Devoir inflexible : Le Devoir, qu'il combatte ou qu'il tire à la cible, Qu'il s'essore à la mort ou…
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Du fond du grabatAs-tu vu l'étoile Que l'hiver dévoile ? Comme ton cœur bat, Comme cette idée, Regret ou désir, Ravage à plaisir Ta tête obsédée, Pauvre tête en feu, Pauvre cœur sans dieu L'ortie et l'herbette Au bas…
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Écoutez la chanson bien douceQui ne pleure que pour vous plaire, Elle est discrète, elle est légère : Un frisson d'eau sur de la mousse ! La voix vous fut connue (et chère !), Mais à présent elle est voilée Comme une veuve…
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En dépit des sots et des méchantsQui ne manqueront pas d'envier notre joie, Nous serons fiers parfois et toujours indulgents. N'est-ce pas ? nous irons, gais et lents, dans la voie Modeste que nous montre en souriant l'Espoir, Peu…
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Écrit en 1875J'ai naguère habité le meilleur des châteaux Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux : Quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes, Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une…
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Ecrit sur l'album de Mme N. de V.Des yeux tout autour de la tête Ainsi qu'il est dit dans Murger. Point très bonne. Un esprit d'enfer Avec des rires d'alouette. Sculpteur, musicien, poète Sont ses hôtes. Dieux, quel hiver Nous…
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Effet de nuitLa nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette De flèches et de tours à jour la silhouette D'une ville gothique éteinte au lointain gris. La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris Secoués par…
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En bateauL'étoile du berger tremblote Dans l'eau plus noire et le pilote Cherche un briquet dans sa culotte. C'est l'instant, Messieurs, ou jamais, D'être audacieux, et je mets Mes deux mains partout…
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En patinantNous fûmes dupes, vous et moi, De manigances mutuelles, Madame, à cause de l'émoi Dont l'Été férut nos cervelles. Le Printemps avait bien un peu Contribué, si ma mémoire Est bonne, à brouiller notre…
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En robe grise et verte avec des ruchesUn jour de juin que j'étais soucieux, Elle apparut souriante à mes yeux Qui l'admiraient sans redouter d'embûches ; Elle alla, vint, revint, s'assit, parla, Légère et grave, ironique, attendrie : Et…
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En septembreParmi la chaleur accablante Dont nous torréfia l'été, Voici se glisser, encor lente Et timide, à la vérité, Sur les eaux et parmi les feuilles, Jusque dans ta rue, ô Paris, La rue aride où tu…
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En sourdineCalmes dans le demi-jour Que les branches hautes font, Pénétrons bien notre amour De ce silence profond. Fondons nos âmes, nos coeurs Et nos sens extasiés, Parmi les vagues langueurs Des pins et des…
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ÉpilogueI Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense. Balancés par un vent automnal et berceur, Les rosiers du jardin s'inclinent en cadence. L'atmosphère ambiante a des baisers de sœur. La…
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Es-tu brune ou blonde ?Sont-ils noirs ou bleus, Tes yeux ? Je n'en sais rien, mais j'aime leur clarté profonde, Mais j'adore le désordre de tes cheveux. Es-tu douce ou dure ? Est-il sensible ou moqueur, Ton cœur ? Je n'en…
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ÉtéEt l'enfant répondit, pâmée Sous la fourmillante caresse De sa pantelante maîtresse : « Je me meurs, ô ma bien-aimée ! « Je me meurs : ta gorge enflammée Et lourde me soûle et m'oppresse ; Ta forte…
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Et j'ai revu l'enfant unique : il m'a sembléQue s'ouvrait dans mon coeur- la dernière blessure, Celle dont la douleur plus exquise m'assure D'une mort désirable en un jour consolé. La bonne flèche aiguë et sa fraîcheur qui dure ! En ces…
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Et maintenant aux Fesses !Et maintenant, aux Fesses ! Je veux que tu confesses, Muse, ces miens trésors Pour quels — et tu t'y fies — Je donnerais cent vies Et, riche, tous mes ors Avec un tas d'encors. Mais avant la cantate…
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ExplicationLe bonheur de saigner sur le cœur d'un ami, Le besoin de pleurer bien longtemps sur son sein, Le désir de parler à lui, bas à demi, Le rêve de rester ensemble sans dessein ! Le malheur d'avoir tant…
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FadaisesDaignez souffrir qu'à vos genoux, Madame, Mon pauvre cœur vous explique sa flamme. Je vous adore autant et plus que Dieu, Et rien jamais n'éteindra ce beau feu. Votre regard, profond et rempli…
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FantochesScaramouche et Pulcinella, Qu'un mauvais dessein rassembla, Gesticulent, noirs sur la lune. Cependant l'excellent docteur Bolonais cueille avec lenteur Des simples parmi l'herbe brune. Lors sa fille,…
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Femme et chatteElle jouait avec sa chatte, Et c'était merveille de voir La main blanche et la blanche patte S'ébattre dans l'ombre du soir. Elle cachait - la scélérate ! - Sous ces mitaines de fil noir Ses…
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Fifi s'est réveilléFifi s'est réveillé. Dès l'aube tu m'as dit Bonjour en deux baisers, et le pauvre petit Pépia, puis remit sa tête sous son aile Et tut pour le moment sa gente ritournelle. Ici je te rendis pour les…
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FinalJ'ai fait ces vers qu'un bien indigne pécheur, bien indigne, après tant de grâces données, Lâchement, salement, froidement piétinées Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur. J'ai fait ces…
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Fog !Ce brouillard de Paris est fade, On dirait même qu'il est clair Au prix de cette promenade Que l'on appelle Leicester Square Mais le brouillard de Londres est Savoureux comme non pas d'autres ; Je…
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Gais et contentsA Charles Vesseron Une chanson folle et légère Comme le drapeau tricolore Court furieusement dans l'air, Fifrant une France âpre encor. Sa gaîté qui rit d'elle-même Et du reste en passant se moque…
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Gloria in excelsisGloire à Dieu dans les hauteurs, Paix aux hommes sur la terre ! Aux hommes qui l'attendaient Dans leur bonne volonté. Le salut vient sur la terre... Gloire à Dieu dans les hauteurs Nous te louons,…
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GreenVoici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent…
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GrotesquesLeurs jambes pour toutes montures, Pour tous biens l'or de leurs regards, Par le chemin des aventures Ils vont haillonneux et hagards. Le sage, indigné, les harangue ; Le sot plaint ces fous…
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Guerrière, militaire et virile en tout pointLa sainte Chasteté que Dieu voit la première, De toutes les vertus marchant dans sa lumière Après la Charité distante presque point, Va d'un pas assuré mieux qu'aucune amazone A travers l'aventure et…
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GuitareLe pauvre du chemin creux chante et parle. Il dit : « Mon nom est Pierre et non pas Charle, Et je m'appelle aussi Duchatelet. Une fois je vis, moi qu'on croit très laid, Passer vraiment une femme…
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Hier, on parlait de choses et d'autresEt mes yeux allaient recherchant les vôtres ; Et votre regard recherchait le mien Tandis que courait toujours l'entretien. Sous le banal des phrases pesées Mon amour errait après vos pensées ; Et…
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Il BacioBaiser ! rose trémière au jardin des caresses ! Vif accompagnement sur le clavier des dents Des doux refrains qu'Amour chante en les cœurs ardents, Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses…
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Il faut nous pardonner les chosesIl faut, voyez-vous, nous pardonner les choses : De cette façon nous serons bien heureuses Et si notre vie a des instants moroses, Du moins nous serons, n'est-ce pas, deux pleureuses, Ô que nous…
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Il parle encoreNi pardon ni répit, dit le monde, Plus de place au sénat du loisir ! On rend grâce et justice au désir Qui te prend d'une paix si profonde, Et l'on eût fait trêve avec plaisir, Mais la guerre est…
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Il pleure dans mon coeurIl pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville ; Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ? Ô bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits ! Pour un cœur qui s'ennuie, Ô le chant de…
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Ils me disent que tu me trompesD'abord, qu'est-ce que ça leur fait ? Chère frivole, que tu rompes Un serment que tu n'as pas fait ? Ils me disent que t'es méchante Envers moi, — moi, qui suis si bon ! Toi méchante ! Qu'un autre…
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Images d'un souDe toutes les douleurs douces Je compose mes magies ! Paul, les paupières rougies, Erre seul aux Pamplemousses. La Folle-par-amour chante Une ariette touchante. C'est la mère qui s'alarme De sa fille…
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Imité de CatulleI QUEL délicieux repas Tu feras (Si les dieux te prêtent vie) Chez moi, pourvu toutefoi Qu'avec toi Tu portes, toute servie, Une table, avec bons vins, Mets divins, Sainte couronne de roses, Quel…
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Imité de CicéronUn serpent, s'élançant du tronc creux d'un vieux chêne Darde son noir venin sur l'aigle ami des dieux. Le noble oiseau s'abaisse et sa serre hautaine A bientôt châtié le reptile odieux. La bête, qui…
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Immaculée conceptionVous fûtes conçue immaculée, Ainsi l'Église l'a constaté Pour faire notre âme consolée Et notre fois plus fort conseillée, Et notre esprit plus ferme et bandé. La raison veut ce dogme et l'assume. La…
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Immédiatement après le salut somptueuxLe luminaire éteint moins les seuls cierges liturgiques, Les psaumes pour les morts sont dits sur un mode mineur Par les clercs et le peuple saisi de mélancolie. Un glas lent se répand des clochers…
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Impression de printempsIl est des jours - avez-vous remarqué ? - Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau, Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai Que la même gaieté d'un damoiseau. L'on se souvient sans bien se…
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Impression fausseDame souris trotte, Noire dans le gris du soir, Dame souris trotte Grise dans le noir. On sonne la cloche, Dormez, les bons prisonniers ! On sonne la cloche : Faut que vous dormiez. Pas de mauvais…
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In initioChez mes pays, qui sont rustiques Dans tel cas simplement pieux, Voire un peu superstitieux, Entre autres pratiques antiques, Sur la tête du paysan, Rite profond, vaste symbole, Le prêtre, étendant…
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InitiumLes violons mêlaient leur rire au chant des flûtes, Et le bal tournoyait quand je la vis passer Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes De son oreille où mon Désir comme un baiser S'élançait…
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IntérieurÀ grands plis sombres une ample tapisserie De haute lice, avec emphase descendrait Le long des quatre murs immenses d'un retrait Mystérieux où l'ombre au luxe se marie. Les meubles vieux, d'étoffe…
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Invraisemblable mais vraiLas ! je suis à l'Index et dans les dédicaces Me voici Paul V... pur et simple. Les audaces De mes amis, tant les éditeurs sont des saints, Doivent éliminer mon nom de leurs desseins, Extraordinaire…
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J'ai dit à l'esprit vain, à l'ostentationL'Ilion de l'orgueil futile, le Sion De la frivolité sans cœur et sans entrailles, La citadelle enfin du Faux : « Croulez, murailles Ridicules et pis, remparts bêtes et pis. Contrescarpes, sautez…
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J'ai presque peur, en véritéTant je sens ma vie enlacée À la radieuse pensée Qui m'a pris l'âme l'autre été, Tant votre image, à jamais chère, Habite en ce coeur tout à vous, Mon cœur uniquement jaloux De vous aimer et de vous…
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J'ai rêvé de toi cette nuitTu te pâmais en mille poses Et roucoulais des tas de choses... Et moi, comme on savoure un fruit, Je te baisais à bouche pleine Un peu partout, mont, val ou plaine. J'étais d'une élasticité, D'un…
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J'allais par des chemins perfidesDouloureusement incertain. Vos chères mains furent mes guides. Si pâle à l'horizon lointain Luisait un faible espoir d'aurore ; Votre regard fut le matin. Nul bruit, sinon son pas sonore,…
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J'avais peiné comme SisypheEt comme Hercule travaillé Contre la chair qui se rebiffe. J'avais lutté, j'avais baillé Des coups à trancher des montagnes, Et comme Achille ferraillé. Farouche ami qui m'accompagnes, Tu le sais,…
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Je devine, à travers un murmureLe contour subtil des voix anciennes Et dans les lueurs musiciennes, Amour pâle, une aurore future ! Et mon âme et mon coeur en délires Ne sont plus qu'une espèce d'oeil double Où tremblote à travers…
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Je fus mystique et je ne le suis plus(La femme m'aura repris tout entier), Non sans garder des respects absolus Pour l'idéal qu'il fallut renier. Mais la femme m'a repris tout entier ! J'allais priant le Dieu de mon enfance (Aujourd'hui…
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Je n'ai pas de chance en femmeEt, depuis mon âge d'homme, Je ne suis tombé guère, en somme. Que sur des criardes infâmes. C'est vrai que je suis criard Moi-même et d'un révoltant Caractère tout autant, Peut-être plus par hasard.…
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Je ne sais pourquoi mon esprit amerJe ne sais pourquoi Mon esprit amer D'une aile inquiète et folle vole sur la mer, Tout ce qui m'est cher, D'une aile d'effroi Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ? Mouette à…
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Je ne suis pas jalouxJe ne suis pas jaloux de ton passé, chérie, Et même je t'en aime et t'en admire mieux. Il montre ton grand cœur et la gloire inflétrie D'un amour tendre et fort autant qu'impétueux. Car tu n'eus peur…
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Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérieEt même je t'en aime et t'en admire mieux. Il montre ton grand coeur et la gloire inflétrie D'un amour tendre et fort autant qu'impétueux. Car tu n'eus peur ni de la mort ni de la vie, Et, jusqu'à…
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Je ne suis plus de ces esprits philosophiquesEt ce n'est pas de morale que tu te piques Deux admirables conditions pour l'amour Tel que nous l'entendrons, c'est-à-dire sans tour Aucun de bête convenance ou de limites, Mais chaud, rieur — et zut…
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Je ne t'aime pas en toiletteEt je déteste la voilette Qui t'obscurcit tes yeux, mes cieux, Et j'abomine la « tournure » Parodie et caricature, De tels tiens appas somptueux. Je suis hostile à toute robe Qui plus ou moins cache…
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Je ne veux plus aimer que ma mère MarieTous les autres amours sont de commandement. Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement Pourra les allumer aux coeurs qui l'ont chérie. C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis, C'est par Elle…
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Je suis plus pauvre que jamaisEt que personne ; Mais j'ai ton cou gras, tes bras frais. Ta façon bonne De faire l'amour, et le tour Leste et frivole, Et la caresse, nuit et jour, De ta parole. Je suis riche de tes beaux yeux. De…
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Je suis venu calme orphelinJe suis venu, calme orphelin, Riche de mes seuls yeux tranquilles, Vers les hommes des grandes villes : Ils ne m'ont pas trouvé malin. À vingt ans un trouble nouveau Sous le nom d'amoureuses flammes…
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JésuitismeLe chagrin qui me tue est ironique, et joint Le sarcasme au supplice, et ne torture point Franchement, mais picote avec un faux sourire Et transforme en spectacle amusant mon martyre, Et, sur la…
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Je veux, pour te tuer, ô temps qui me dévastesRemonter jusqu’aux jours bleuis des amours chastes Et bercer ma luxure et ma honte au bruit doux De baisers sur Sa main et non plus dans Leurs cous. Le Tibère effrayant que je suis à cette heure,…
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Je voudrais, si ma vie était encore à faireQu'une femme très calme habitât avec moi Plus jeune de dix ans, qui portât sans émoi La moitié d'une vie au fond plutôt sévère. Notre cœur à tous deux dans ce château de verre, Notre regard commun !…
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Je vous ai promis mon baiserEn revanche vous m'avez promis la récompense Certes imméritée, et voici que j'y pense ! Et depuis lors je vis en un si doux et vague espoir ! Mais que pour l'avenir serait donc noir Si, pendant que…
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JuinMois de Jésus, mois rouge et or, mois de l'Amour, Juin, pendant quel le cœur en fleur et Tàme en flamme Se sont épanouis dans la splendeur du jour Parmi des chants et des parfums d'épithalame, Mois…
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Jusques aux pervers nonchaloirsDe ces yeux noirs, Jusques, depuis ces flemmes blanches De larges hanches Et d’un ventre et de beaux seins Aux fiers dessins, Tout pervertit, tout convertit tous mes desseins Jusques à votre…
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Kaléidoscope(A Germain Nouveau) Dans une rue, au coeur d'une ville de rêve Ce sera comme quand on a déjà vécu : Un instant à la fois très vague et très aigu... Ô ce soleil parmi la brume qui se lève ! Ô ce cri…
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Kyrie eleïsonAyez pitié ae nous, Seigneur ! Christ, ayez pitié de nous ! Donnez-nous la victoire et l'honneur Sur l'ennemi de nous tous. Ayez pitié de nous, Seigneur. Rendez-nous plus croyants et plus doux Loin…
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La bise se rue à traversLes buissons tout noirs et tout verts, Glaçant la neige éparpillée Dans la campagne ensoleillée. L'odeur est aigre près des bois, L'horizon chante avec des voix, Les coqs des clochers des villages…
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La bonne crainteLe diable de Papefiguière Eut tort, d'accord, d'être effrayé De quoi, bons Dieu ! Mais que veut-on que je requière À son encontre, moi qui ai Peur encore mieux ? Eh quoi, cette grâce infinie Délice,…
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La cathédrale est majestueuseQue j'imagine en pleine campagne Sur quelque affluent de quelque Meuse Non loin de l'Océan qu'il regagne, L'Océan pas vu que je devine Par l'air chargé de sels et d'arômes. La croix est d'or dans la…
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La chanson des ingénuesNous sommes les Ingénues Aux bandeaux plats, à l'œil bleu, Qui vivons, presque inconnues, Dans les romans qu'on lit peu. Nous allons entrelacées, Et le jour n'est pas plus pur Que le fond de nos…
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La classeAllez, enfants de nos entrailles, nos enfants À tous qui souffririons de vous savoir trop braves Ou pas assez, allez, vaincus ou triomphants Et revenez ou mourez... Tels sont fiers et graves, Nos…
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La Dernière Fête galantePour une bonne fois séparons-nous, Très chers messieurs et si belles mesdames. Assez comme cela d'épithalames, Et puis là, nos plaisirs furent trop doux. Nul remords, nul regret vrai, nul désastre !…
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L'adultère, celui du moins codifiéAu mépris de l'Église et de Dieu défié, Tout d'abord doit sembler la faute irrémissible. Tel un trait lancé juste, ayant l'enfer pour cible ! Beaucoup de vrais croyants, questionnés ici, Répondraient…
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La dure épreuve va finirMon coeur, souris à l'avenir. Ils sont passés les jours d'alarmes Où j'étais triste jusqu'aux larmes. Ne suppute plus les instants, Mon âme, encore un peu de temps. J'ai tu les paroles amères Et…
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Læti et ErrabundiLes courses furent intrépides (Comme aujourd'hui le repos pèse !) Par les steamers et les rapides. (Que me veut cet at home obèse ?) Nous allions, — vous en souvient-il, Voyageur où ça disparu ? —…
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La grâceÀ Armand Silvestre Un cachot. Une femme à genoux, en prière. Une tête de mort est gisante par terre, Et parle, d'un ton aigre et douloureux aussi. D'une lampe au plafond tombe un rayon transi. « Dame…
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La grande villeLa « grande ville ». Un tas criard de pierres blanches Où rage le soleil comme en pays conquis. Tous les vices ont leur tanière, les exquis Et les hideux, dans ce désert de pierres blanches. Des…
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Laisse dire la calomnieQui ment, dément, nie et renie Et la médisance bien pire Qui ne donne que pour reprendre Et n'emprunte que pour revendre... Ah ! laisse faire, laisse dire ! Faire et dire lâches et sottes, Faux gens…
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L'alléeFardée et peinte comme au temps des bergeries Frêle parmi les noeuds énormes de rubans, Elle passe sous les ramures assombries, Dans l'allée où verdit la mousse des vieux bancs, Avec mille façons et…
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La lune blancheLuit dans les bois ; De chaque branche Part une voix Sous la ramée... Ô bien-aimée. L'étang reflète, Profond miroir, La silhouette Du saule noir Où le vent pleure... Rêvons, c'est l'heure. Un vaste…
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L'âme antique était rude et vaineEt ne voyait dans la douleur Que l'acuité de la peine Ou l'étonnement du malheur. L'art, sa figure la plus claire Traduit ce double sentiment Par deux grands types de la Mère En proie au suprême…
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La mer est plus belleQue les cathédrales, Nourrice fidèle, Berceuse de râles, La mer sur qui prie La Vierge Marie ! Elle a tous les dons Terribles et doux. J'entends ses pardons Gronder ses courroux. Cette immensité N'a…
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L'amitié entre homme et femme est divineL'amitié, mais entre homme et femme elle est divine ! Elle n'empêche rien, aussi bien des rapports Nécessaires, et sous les mieux séants dehors Abrite les secrets aimables qu'on devine. Nous…
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La mortTelle qu'un moissonneur, dont l'aveugle faucille Abat le frais bleuet, comme le dur chardon, Telle qu'un plomb cruel qui, dans sa course, brille, Siffle, et, fendant les airs, vous frappe sans pardon…
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La mort de Philippe IILe coucher d'un soleil de septembre ensanglante La plaine morne et l'âpre arête des sierras Et de la brume au loin l'installation lente. Le Guadarrama pousse entre les sables ras Son flot hâtif qui…
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L'amour de la PatrieL'amour de la Patrie est le premier amour Et le dernier amour après l'amour de Dieu. C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour Où notre regard luit comme un céleste feu ; C'est le jour…
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L'amour est infatigableIl est ardent comme un diable, Comme un ange il est aimable. L'amant est impitoyable, Il est méchant comme un diable, Comme un ange, redoutable. Il va rôdant comme un loup Autour du cœur de beaucoup…
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L'amour par terreLe vent de l'autre nuit a jeté bas l'Amour Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc, Souriait en bandant malignement son arc, Et dont l'aspect nous fit tant songer tout un jour ! Le vent de…
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La neige à travers la brumeTombe et tapisse sans bruit Le chemin creux qui conduit A l'église où l'on allume Pour la messe de minuit. Londres sombre flambe et fume ; La chère qui s'y cuit Et la boisson qui s'ensuit ! C'est…
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L'angélus du matinFauve avec des tons d'écarlate, Une aurore de fin d'été Tempétueusement éclate A l'horizon ensanglanté. La nuit rêveuse, bleue et bonne Pâlit, scintille et fond dans l'air, Et l'ouest dans l'ombre…
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L'angoisseNature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales Siciliennes, ni les pompes aurorales, Ni la solennité dolente des couchants. Je ris de l'Art, je ris de…
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LangueurJe suis l'Empire à la fin de la décadence, Qui regarde passer les grands Barbares blancs En composant des acrostiches indolents D'un style d'or où la langueur du soleil danse. L'âme seulette a mal au…
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L'Apollon de Pont-AudemerUn solide gaillard ! dix-huit ans : larges bras ; Mains à vous arracher la tête de l'épaule ; Sur un front bas et dur, cheveux roux, coupés ras. Puis, à la danse, il a, ma foi, crâne air, le drôle !…
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L'aube à l'enversLe Point-du-Jour avec Paris au large, Des chants, des tirs, les femmes qu'on « rêvait », La Seine claire et la foule qui fait Sur ce poème un vague essai de charge. On danse aussi, car tout est dans…
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La princesse BéréniceSa tête fine dans sa main toute petite, Elle écoute le chant des cascades lointaines, Et, dans la plainte langoureuse des fontaines, Perçoit comme un écho béni du nom de Tite. Elle a fermé ses yeux…
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La pucelleQuand déjà pétillait et flambait le bûcher, Jeanne qu'assourdissait le chant brutal des prêtres, Sous tous ces yeux dardés de toutes ces fenêtres Sentit frémir sa chair et son âme broncher. Et…
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La Sainte ta patronneLa sainte, ta patronne, est surtout vénérée Dans nos pays du Nord et toute la contrée Dont je suis à demi, la Lorraine et l'Ardenne. Elle fut courageuse et douce et mourut vierge Et martyre. Or il…
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La saison qui s'avanceNous baille la défense D'user des us d'été, Le frisson de l'automne Déjà nous pelotonne Dans le lit mieux fêté. Fi de l'été morose, Toujours la même chose : « J'ai chaud, t'as chaud, dormons ! »…
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La soupe du soirÀ J.-K. Huysmans. Il fait nuit dans la chambre étroite et froide où l'homme Vient de rentrer, couvert de neige, en blouse, et comme Depuis trois jours il n'a pas prononcé deux mots, La femme a peur…
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LassitudeDe la douceur, de la douceur, de la douceur ! Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante. Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l'amante Doit avoir l'abandon paisible de la sœur. Sois…
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La tristesse, langueur du corps humainM'attendrissent, me fléchissent, m'apitoient, Ah ! surtout quand des sommeils noirs le foudroient. Quand les draps zèbrent la peau, foulent la main ! Et que mièvre dans la fièvre du demain, Tiède…
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L'aubergeMurs blancs, toit rouge, c'est l'Auberge fraîche au bord Du grand chemin poudreux où le pied brûle et saigne, L'Auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne. Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de…
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La vie est bien sévèreA cet homme trop gai : Plus le vin dans le verre Pour le sang fatigué, Plus l’huile dans la lampe Pour les yeux et la main, Plus l’envieux qui rampe Pour l’orgueil surhumain, Plus l’épouse choisie…
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La vie humble aux travaux ennuyeux et facilesEst une œuvre de choix qui veut beaucoup d'amour : Rester gai quand le jour triste succède au jour, Être fort, et s'user en circonstances viles ; N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes…
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Le bruit des cabarets, la fange du trottoirLes platanes déchus s'effeuillant dans l'air noir, L'omnibus, ouragan de ferraille et de boues, Qui grince, mal assis entre ses quatre roues, Et roule ses yeux verts et rouges lentement, Les ouvriers…
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L'écartement des brasL'écartement des bras m'est cher, presque plus cher Que l'écartement autre : Mer puissante et que belle et que bonne de chair, Quel appât est la vôtre ! Ô seins, mon grand orgueil, mon immense…
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L'échelonnement des haiesMoutonne à l'infini, mer Claire dans le brouillard clair Qui sent bon les jeunes baies. Des arbres et des moulins Sont légers sur le vert tendre Où vient s'ébattre et s'étendre L'agilité des…
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Le chien de Jean de NivelleQui mord sous l'œil même du guet Le chat de la mère Michel ; François-les-bas-bleus s'en égaie. La Lune à l'écrivain public Dispense sa lumière obscure Où Médor avec Angélique Verdissent sur le…
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Le ciel est par-dessus le toitLe ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme ! Un arbre, par-dessus le toit, Berce sa palme. La cloche, dans le ciel qu'on voit, Doucement tinte. Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa…
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Le clownBobèche, adieu ! bonsoir, Paillasse ! arrière, Gille ! Place, bouffons vieillis, au parfait plaisantin, Place ! très grave, très discret et très hautain, Voici venir le maître à tous, le clown agile.…
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Le Dernier DizainÔ Belgique qui m'as valu ce dur loisir, Merci ! J'ai pu du moins réfléchir et saisir Dans le silence doux et blanc de tes cellules Les raisons qui fuyaient comme des libellules À travers les roseaux…
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Le fauneUn vieux faune de terre cuite Rit au centre des boulingrins, Présageant sans doute une suite Mauvaise à ces instants sereins Qui m'ont conduit et t'ont conduite, — Mélancoliques pèlerins, — Jusqu'à…
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Le foyer, la lueur étroite de la lampeLa rêverie avec le doigt contre la tempe Et les yeux se perdant parmi les yeux aimés ; L'heure du thé fumant et des livres fermés ; La douceur de sentir la fin de la soirée ; La fatigue charmante et…
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L'ennemi se déguise en l'EnnuiEt me dit : « A quoi bon, pauvre dupe ? » Moi je passe et me moque de lui. L'ennemi se déguise en la Chair Et me dit : « Bah, bah, vive une jupe ! » Moi j'écarte le conseil amer. L'ennemi se…
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L'ennui de vivre avec le mondeL'ennui de vivre avec les gens et dans les choses Font souvent ma parole et mon regard moroses. Mais d'avoir conscience et souci dans tel cas Exhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas. Alors mon…
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Le paysage dans le cadre des portièresCourt furieusement, et des plaines entières Avec de l'eau, des blés, des arbres et du ciel Vont s'engouffrant parmi le tourbillon cruel Où tombent les poteaux minces du télégraphe Dont les fils ont…
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Le piano que baise une main frêleLuit dans le soir rose et gris vaguement, Tandis qu'un très léger bruit d'aile Un air bien vieux, bien faible et bien charmant Rôde discret, épeuré quasiment, Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.…
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Le pitreLe tréteau qu'un orchestre emphatique secoue Grince sous les grands pieds du maigre baladin Qui harangue non sans finesse et sans dédain Les badauds piétinant devant lui dans la boue. Le plâtre de…
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Le poète et la museLa chambre, as-tu gardé leurs spectres ridicules, Ô pleine de jour sale et de bruits d'araignées, La chambre, as-tu gardé leurs formes désignées Par ces crasses au mur et par quelles virgules ! Ah fi…
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Le rossignolComme un vol criard d'oiseaux en émoi, Tous mes souvenirs s'abattent sur moi, S'abattent parmi le feuillage jaune De mon cœur mirant son tronc plié d'aune Au tain violet de l'eau des Regrets, Qui…
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Les chères mains qui furent miennesToutes petites, toutes belles, Après ces méprises mortelles Et toutes ces choses païennes, Après les rades et les grèves, Et les pays et les provinces, Royales mieux qu'au temps des princes, Les…
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Les coquillagesChaque coquillage incrusté Dans la grotte où nous nous aimâmes A sa particularité. L'un a la pourpre de nos âmes Dérobée au sang de nos coeurs Quand je brûle et que tu t'enflammes ; Cet autre affecte…
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Les DieuxVaincus, mais non domptés, exilés, mais vivants, Et malgré les édits de l'Homme et ses menaces, N'ont point abdiqué, crispant leurs mains tenaces Sur des tronçons de sceptre, et rôdent dans les…
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Les faux beaux jours ont lui tout le jourEt les voici vibrer aux cuivres du couchant. Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ : Une tentation des pires. Fuis l'infâme. Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flamme, Battant…
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Les indolentsBah ! malgré les destins jaloux, Mourons ensemble, voulez-vous ? — La proposition est rare. — Le rare est bon. Donc mourons Comme dans les Décamérons. — Hi ! hi ! hi ! quel amant bizarre ! — Bizarre,…
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Les IngénusLes hauts talons luttaient avec les longues jupes, En sorte que, selon le terrain et le vent, Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent Interceptés ! - et nous aimions ce jeu de dupes.…
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Les loupsParmi l'obscur champ de bataille Rôdant sans bruit sous le ciel noir Les loups obliques font ripaille Et c'est plaisir que de les voir, Agiles, les yeux verts, aux pattes Souples sur les cadavres…
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Les méfaits de la luneSur mon front, mille fois solitaire, Puisque je dois dormir loin de toi, La lune déjà maligne en soi, Ce soir jette un regard délétère. Il dit ce regard — pût-il se taire ! Mais il ne prétend pas…
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Les morts que l'on fait saigner dans leur tombeSe vengent toujours. Ils ont leur manière, et plaignez qui tombe Sous leurs grands coups sourds. Mieux vaut n'avoir jamais connu la vie, Mieux vaut la mort lente d'autres suivie, Tant le temps est…
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Le soldat laboureurOr ce vieillard était horrible : un de ses yeux, Crevé, saignait, tandis que l'autre, chassieux, Brutalement luisait sous son sourcil en brosse ; Les cheveux se dressaient d'une façon féroce, Blancs,…
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Le soleil du matin doucement chauffe et doreLes seigles et les blés tout humides encore, Et l'azur a gardé sa fraîcheur de la nuit. L'on sort sans autre but que de sortir ; on suit, Le long de la rivière aux vagues herbes jaunes, Un chemin de…
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Le son du cor s'afflige vers les boisD'une douleur on veut croire orpheline Qui vient mourir au bas de la colline Parmi la bise errant en courts abois. L'âme du loup pleure dans cette voix Qui monte avec le soleil qui décline D'une…
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Le Sonnet de l'Homme au SableAussi, la créature était par trop toujours la même, Qui donnait ses baisers comme un enfant donne des noix, Indifférente à tout, hormis au prestige suprême De la cire à moustache et de l'empois des…
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Le sort fantasque qui me gâte à sa manièreLe « sort » fantasque qui me gâte à sa manière — M'a logé cette fois, peut-être la dernière Et la dernière c'est la bonne — à l'hôpital ! De mon rêve à ceci le réveil est brutal Mais explicable par…
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Les plus belles voixDe la Confrérie Célèbrent le mois Heureux de Marie. Ô les douces voix ! Monsieur le curé L'a dit à la Messe : C'est le mois sacré. Écoutons sans cesse Monsieur le Curé. Faut nous distinguer, Faut,…
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L'espoir luit comme un brin de pailleQue crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ? Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou. Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table ? Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,…
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Le squeletteDeux reîtres saouls, courant les champs, virent parmi La fange d'un fossé profond, une carcasse Humaine dont la faim torve d'un loup fugace Venait de disloquer l'ossature à demi. La tète, intacte,…
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Les vaincusÀ Louis-Xavier de Ricard. I La Vie est triomphante et l'Idéal est mort, Et voilà que, criant sa joie au vent qui passe, Le cheval enivré du vainqueur broie et mord Nos frères, qui du moins tombèrent…
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L'été ne fut pas adorableAprès cet hiver infernal, Et quel printemps défavorable ! Et l'automne commence mal, Bah ! nous nous réchauffâmes En mêlant nos deux âmes. La pauvreté, notre compagne Dont nous nous serions bien…
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LettreÉloigné de vos yeux, Madame, par des soins Impérieux (j'en prends tous les dieux à témoins), Je languis et je meurs, comme c'est ma coutume En pareil cas, et vais, le cœur plein d'amertume, À travers…
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L'heure du bergerLa lune est rouge au brumeux horizon ; Dans un brouillard qui danse, la prairie S'endort fumeuse, et la grenouille crie Par les joncs verts où circule un frisson ; Les fleurs des eaux referment leurs…
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L'hiver a cessé : la lumière est tièdeEt danse, du sol au firmament clair. Il faut que le cœur le plus triste cède À l'immense joie éparse dans l'air. Même ce Paris maussade et malade Semble faire accueil aux jeunes soleils Et, comme…
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L'homme pauvre du cœur est-il si rareNon. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme, Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui, Ou le seront quand l'heure opportune aura lui. Conçus dans l'agonie épuisée et plaintive De deux…
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L'horrible nuit d'insomnie— Sans la présence bénie De ton cher corps près de moi, Sans ta bouche tant baisée Encore que trop rusée En toute mauvaise foi, Sans ta bouche tout mensonge, Mais si franche quand j'y songe, Et qui…
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LimbesL'imagination, reine, Tient ses ailes étendues, Mais la robe qu'elle traîne A des lourdeurs éperdues. Cependant que la Pensée, Papillon, s'envole et vole, Rose et noir clair, élancée Hors de la tête…
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L'immensité de l'humanitéLe Temps passé vivace et bon père, Une entreprise à jamais prospère : Quelle puissante et calme cité ! Il semble ici qu'on vit dans l'histoire. Tout est plus fort que l'homme d'un jour. De lourds…
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L'impénitence finaleÀ Catulle Mendès La petite marquise Osine est toute belle, Elle pourrait aller grossir la ribambelle Des folles de Watteau sous leur chapeau de fleurs Et de soleil, mais comme on dit, elle aime…
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L'impénitentRôdeur vanné, ton œil fané Tout plein d'un désir satané Mais qui n'est pas l'œil d'un bélître, Quand passe quelqu'un de gentil Lance un éclair comme une vitre. Ton blaire flaire, âpre et subtil, Et…
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L'impudentLa misère et le mauvais œil, Soit dit sans le calomnier, Ont fait à ce monstre d'orgueil Une âme de vieux prisonnier. Oui, jettatore, oui, le dernier Et le premier des gueux en deuil De l'ombre même…
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L'incroyable, l'unique horreur de pardonnerQuand l'offense et le tort ont eu cette envergure, Est un royal effort qui peut faire figure Pour le souci de plaire et le soin d'étonner : L'orgueil, qu'il faut, se doit prévaloir sans scrupule Et…
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L'indulgence qui n'est pas de l'indifférenceEt qui n'est pas non plus de la faiblesse, ni De la paresse, pour un devoir défini, Monitoire au plaisir, bénin à la souffrance. Non plus le scepticisme et ni préjugé rance Mais grand'délicatesse et…
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LogiqueQuand même tu dirais Que tu me trahirais Si c'était ton caprice, Qu'est-ce que me ferait Ce terrible secret Si c'était mon caprice ? De quand même t'aimer, — Dusses-tu le blâmer, Ou plaindre mon…
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LombesDeux femmes des mieux m'ont apparu cette nuit. Mon rêve était au bal, je vous demande un peu ! L'une d'entre elles maigre assez, blonde, un œil bleu, Un noir et ce regard mécréant qui poursuit.…
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L'autel bas s'orne de hautes mauvesLa chasuble blanche est toute en fleurs, A travers les pâles vitraux jaunes Le soleil se répand comme un fleuve ; On chante au graduel : Fi-li-a ! D'une voix si lentement joyeuse Qu'il faudrait…
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L'ombre des arbresL'ombre des arbres dans la rivière embrumée Meurt comme de la fumée, Tandis qu'en l'air, parmi les ramures réelles, Se plaignent les tourterelles. Combien, ô voyageur, ce paysage blême Te mira blême…
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Lorsque tu cherches tes pucesC'est très rigolo. Que de ruses, que d'astuces ! J'aime ce tableau. C'est, alliciant en diable Et mon cœur en bat D'un battement préalable À quelque autre ébat Sous la chemise tendue Au large, à deux…
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LuxuresChair ! ô seul fruit mordu des vergers d'ici-bas, Fruit amer et sucré qui jutes aux dents seules Des affamés du seul amour, bouches ou gueules, Et bon dessert des forts, et leurs joyeux repas, Amour…
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MadrigalTu m'as, ces pâles jours d'automne blanc, fait mal À cause de tes yeux où fleurit l'animal, Et tu me rongerais, en princesse Souris, Du bout fin de la quenotte de ton souris, Fille auguste qui fis…
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MainsCe ne sont pas des mains d'altesse, De beau prélat quelque peu saint, Pourtant une délicatesse Y laisse son galbe succinct. Ce ne sont pas des mains d'artiste, De poète proprement dit, Mais quelque…
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Maintenant, un gouffre du BonheurMaintenant, au gouffre du Bonheur ! Mais avant le glorieux naufrage Il faut faire à cette mer en rage Quelque sacrifice et quelque honneur. Jettes-y, dans cette mer terrible, Ouragan de calme, flot…
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Mais après les merveillesQui n'ont pas de pareilles De l'épaule et du sein, Faut sur un autre mode Dresser une belle ode Au glorieux bassin. Faut célébrer la blanche Souplesse de la hanche Et sa mate largeur, Dire le ventre…
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Mais Sa tête, Sa têteFolle, unique tempôte D'injustice indignée, De mensonge en furie, Visions de tuerie Et de vengeance ignée. Puis exquise bonace, Du soleil plein l'espace. Colombe sur l'abîme, Toute bonne pensée…
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Malheureux ! Tous les dons, la gloire du baptême...Malheureux ! Tous les dons, la gloire du baptême, Ton enfance chrétienne, une mère qui t'aime, La force et la santé comme le pain et l'eau, Cet avenir enfin, décrit dans le tableau De ce passé plus…
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MalinesPaysages belges Vers les prés le vent cherche noise Aux girouettes, détail fin Du château de quelque échevin, Rouge de brique et bleu d'ardoise, Vers les prés clairs, les prés sans fin... Comme les…
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MandolineLes donneurs de sérénades Et les belles écouteuses Echangent des propos fades Sous les ramures chanteuses. C'est Tircis et c'est Aminte, Et c'est l'éternel Clitandre, Et c'est Damis qui pour mainte…
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MarcoQuand Marco passait, tous les jeunes hommes Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes Où les feux d'Amour brûlaient sans pitié Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ; Tout autour dansaient des…
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MarineL'Océan sonore Palpite sous l'oeil De la lune en deuil Et palpite encore, Tandis qu'un éclair Brutal et sinistre Fend le ciel de bistre D'un long zigzag clair, Et que chaque lame, En bonds…
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MinuitEt je t'attends en ce café, Comme je le fis en tant d'autres. Comme je le ferais, en outre. Pour tout le bien que tu me fais. Tu sais, parbleu ! que cela m'est Égal aussi bien que possible : Car mon…
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Mon ami, ma plus belle amitié— Les morts sont morts, douce leur soit l'éternité ! Laisse-moi te le dire en toute vérité, Tu vins au temps marqué, tu parus à ton heure ; Tu parus sur ma vie et tu vins dans mon cœur Au jour…
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Mon cœur jamais fatiguéCar mon cœur, jamais fatigué D'être ou du moins de le paraître, Quoi qu'il en soit, s'efforce d'être Ou de paraître fol et gai. Mais, mieux que de chercher fortune Il tend, ce cœur, dur comme l'arc…
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Mon Dieu m'a dit : Mon fils, il faut m'aimerI Mon flanc percé, mon cœur qui rayonne et qui saigne, Et mes pieds offensés que Madeleine baigne De larmes, et mes bras douloureux sous le poids De tes péchés, et mes mains ! Et tu vois la croix, Tu…
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Money !Ah oui, la question d'argent ! Celle de te voir pleine d'aise Dans une robe qui te plaise, Sans trop de ruse ou d'entregent : Celle d'adorer ton caprice Et d'aider s'il pleut des louis, Aux jeux où…
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Mon fils est mortMon fils est mort. J'adore, ô mon Dieu, votre loi. — Je vous offre les pleurs d'un cœur presque parjure , Vous châtiez bien fort et parferez la foi Qu'alanguissait l'amour pour une créature. Vous…
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Mon rêve familierJe fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.…
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Monsieur PrudhommeIl est grave : il est maire et père de famille. Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux Dans un rêve sans fin flottent insoucieux, Et le printemps en fleur sur ses pantoufles brille. Que lui…
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Né l'enfant des grandes villesEt des révoltes serviles, J'ai là tout cherché, trouvé, De tout appétit rêvé. Mais, puisque rien n'en demeure, J'ai dit un adieu léger A tout ce qui peut changer, Au plaisir, au bonheur même, Et même…
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NevermoreSouvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne Faisait voler la grive à travers l'air atone, Et le soleil dardait un rayon monotone Sur le bois jaunissant où la bise détone. Nous étions seul à seule…
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Nevermore (2)Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice, Redresse et peins à neuf tous tes arcs triomphaux ; Brûle un encens ranci sur tes autels d'or faux ; Sème de fleurs les bords béants du précipice…
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Nocturne parisienRoule, roule ton flot indolent, morne Seine. — Sur tes ponts qu'environne une vapeur malsaine Bien des corps ont passé, morts, horribles, pourris, Dont les âmes avaient pour meurtrier Paris. Mais tu…
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NoëlPetit Jésus qu'il nous faut être, Si nous voulons voir Dieu le Père, Accordez-nous d'alors renaître En purs bébés, nus, sans repaire Qu'une étable, et sans compagnie Qu'une âne et qu'un bœuf, humble…
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Non. Il fut gallican, ce siècle, et jansénisteC'est vers le Moyen Age énorme et délicat Qu'il faudrait que mon coeur en panne naviguât, Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste. Roi politicien, moine, artisan, chimiste, Architecte,…
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Nos repas sont charmantsNos repas sont charmants encore que modestes, Grâce à ton art profond d'accommoder les restes Du rôti d'hier ou de ce récent pot-au-feu En hachis et ragoûts comme on n'en trouve pas chez Dieu. Le vin…
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Notre-Dame de Santa Fé de BogotaQui vous apprêtez à faire le tour de ce monde, Or, mon émotion serait trop profonde Dans le chagrin réel dont mon cœur éclata, À la nouvelle de ce départ déplorable, Si je n'avais l'orgueil de vous…
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Nous sommes bien faitsNous sommes bien faits l'un pour l'autre ; Pourtant quand tu me rencontreras Menant mes derniers embarras D'homme grave et de bon apôtre, Ruine encore de chrétien, Philosophe déjà païen, Lourd de…
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Nous sommes en des temps infâmesOù le mariage des âmes Doit sceller l'union des cœurs ; À cette heure d'affreux orages, Ce n'est pas trop de deux courages Pour vivre sous de tels vainqueurs. En face de ce que l'on ose Il nous…
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Nuit du Walpurgis classiqueC'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre. Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement Rhythmique. — Imaginez un jardin de Lenôtre, Correct, ridicule et charmant. Des ronds-points ; au…
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Ô j'ai froid d'un froid de glaceÔ ! j'ai froid d'un froid de glace Ô ! je brûle à toute place ! Mes os vont se cariant, Des blessures vont criant ; Mes ennemis pleins de joie Ont fait de moi quelle proie ! Mon cœur, ma tête et mes…
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Ô mon Dieu, vous m'avez blessé d'amourEt la blessure est encore vibrante, Ô mon Dieu, votre crainte m'a frappé Et la brûlure est encor là qui tonne, Ô mon Dieu, votre crainte m'a frappé. Ô mon Dieu, j'ai connu que tout est vil Et votre…
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On n'offense que Dieu qui seul pardonneOn centriste son frère, on l'afflige, on le blesse. On fait gronder sa haine ou pleurer sa faiblesse, Et c'est un crime affreux qui va troubler la paix Des simples, et donner au monde sa pâture,…
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Opportet hæreses esseCar il faut, en effet, encore, Que notre foi, donc, s'édulcore Il fallait quelque humilité, Ma Foi qui poses et grimaces, Afin que tu t'édulcorasses ; Et l'hérésiarque entêté T'a tenté, ne nous dis…
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Or, malgré ta cruautéAffectée, et l'air très faux De sale méchanceté Dont, bête, tu te prévaux J'aime ta lasciveté ! Et quoiqu'en dépit de tout Le trop factice dégoût Que me dicte ton souris Qui m'est, à mes dams et…
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Or, vous voici promus, petits amisDepuis les temps de ma lettre première, Promus, disais-je, aux fiers emplois promis À votre thèse, en ces jours de lumière. Vous voici rois de France ! À votre tour ! (Rois à plusieurs d'une France…
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Ô toi triomphante« Rivales » (pour dire en haut style). Tu fus ironique, — elles... feues — Et n'employas d'effort subtil Que juste assez pour que tu fus — Ses encor mieux, grâce à cet us Qu'as de me plaire sans…
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Ô triste était mon âmeÔ triste, triste était mon âme À cause, à cause d'une femme. Je ne me suis pas consolé Bien que mon cœur s'en soit allé. Bien que mon cœur, bien que mon âme Eussent fui loin de cette femme. Je ne me…
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Ô vous, comme un qui boite au loin, Chagrins et JoiesToi, cœur saignant d'hier qui flambes aujourd'hui, C'est vrai pourtant que c'est fini, que tout a fui De nos sens, aussi bien les ombres que les proies. Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file…
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PantomimePierrot, qui n'a rien d'un Clitandre, Vide un flacon sans plus attendre, Et, pratique, entame un pâté. Cassandre, au fond de l'avenue, Verse une larme méconnue Sur son neveu déshérité. Ce faquin…
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Pantoum négligéTrois petits pâtés, ma chemise brûle. Monsieur le Curé n'aime pas les os. Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule, Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux ! Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,…
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ParabolesSoyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien Dans ces temps de féroce ignorance et de haine ; Mais donnez-moi la force et l'audace sereine De vous être à toujours fidèle comme un chien, De vous…
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Parfums, couleurs, systèmes, loisLes mots ont peur comme des poules. La chair sanglote sur la croix. Pied, c'est du rêve que tu foules, Et partout ricane la voix, La voix tentatrice des foules. Cieux bruns où nagent nos desseins,…
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Parisien, mon frère à jamais étonnéMontons sur la colline où le soleil est né Si glorieux qu'il fait comprendre l'idolâtre, Sous cette perspective inconnue au théâtre. D'arbres au vent et de poussière d'ombre et d'or. Montons. Il est…
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ParsifalA Jules Tellier. Parsifal a vaincu les Filles, leur gentil Babil et la luxure amusante — et sa pente Vers la Chair de garçon vierge que cela tente D'aimer les seins légers et ce gentil babil ; Il a…
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PaysageVers Saint-Denis c'est bête et sale la campagne. C'est pourtant là qu'un jour j'emmenai ma compagne. Nous étions de mauvaise humeur et querellions. Un plat soleil d'été tartinait ses rayons Sur la…
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PaysagesAu pays de mon père on voit des bois sans nombre, Là des loups font parfois luire leurs yeux dans l'ombre Et la myrtile est noire au pied du chêne vert. Noire de profondeur, sur l'étang découvert,…
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PénitenceLa luxure, ce moins terrible des péchés ; Ces deux pires de tous, l'Avarice et l'Envie ; La Gourmandise, abus risible de la vie ; Toi, Paresse, leur mère à tous, à ces péchés, Et la Colère, presque…
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Pensée du soirA Ernest Raynaud Couché dans l'herbe pâle et froide de l'exil, Sous les ifs et les pins qu'argente le grésil, Ou bien errant, semblable aux formes que suscite Le rêve, par l'horreur du paysage…
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PensionnairesL'une avait quinze ans, l'autre en avait seize ; Toutes deux dormaient dans la même chambre. C'était par un soir très lourd de septembre Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise. Chacune a…
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Per amica silentiaLes longs rideaux de blanche mousseline Que la lueur pâle de la veilleuse Fait fluer comme une vague opaline Dans l'ombre mollement mystérieuse, Les grands rideaux du grand lit d'Adeline Ont entendu,…
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Petits amis qui sûtes nous prouverPar A plus B que deux et deux font quatre, Mais qui depuis voulez parachever Une victoire où l'on se laissait battre, Et couronner vos conquêtes d'un coup Par ce soufflet à la mémoire humaine ; «…
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PierrotCe n'est plus le rêveur lunaire du vieil air Qui riait aux aïeux dans les dessus de porte ; Sa gaîté, comme sa chandelle, hélas! est morte, Et son spectre aujourd'hui nous hante, mince et clair. Et…
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Pierrot GaminCe n'est pas Pierrot en herbe Non plus que Pierrot en gerbe, C'est Pierrot, Pierrot, Pierrot. Le cerneau hors de la cosse, C'est Pierrot, Pierrot, Pierrot ! Bien qu'un rien plus haut qu'un mètre, Le…
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Poème saturnienCe fut bizarre et Satan dut rire. Ce jour d'été m'avait tout soûlé. Quelle chanteuse impossible à dire Et tout ce qu'elle a débagoulé ! Ce piano dans trop de fumée Sous des suspensions à pétroles !…
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Pourquoi triste, ô mon âmeTriste jusqu'à la mort, Quand l'effort te réclame, Quand le suprême effort Est là qui te réclame ? Ah, tes mains que tu tords Au lieu d'être à la tâche, Tes lèvres que tu mords Et leur silence lâche,…
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Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous gardeAh ! soyez ce que pense une foule bavarde Ou ce que le penseur lui-même dit de vous. Bassement orgueilleux, haineusement jaloux, Avares, impurs, durs, la vérité vous garde. Et, de fait, nul de vous…
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PrièreMe voici devant Vous, contrit comme il le faut. Je sais tout le malheur d'avoir perdu la voie Et je n'ai plus d'espoir, et je n'ai plus de joie Qu'en une en qui je crois chastement, et qui vaut A mes…
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Prière du matinÔ Seigneur, exaucez et dictez ma prière, Vous la pleine Sagesse et la toute Bonté, Vous sans cesse anxieux de mon heure dernière, Et qui m'avez aimé de toute éternité. Car — ce bonheur terrible est…
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Prince mort en soldat à cause de la FranceÂme certes élue, Fier jeune homme si pur tombé plein d'espérance, Je t'aime et te salue ! Ce monde est si mauvais, notre pauvre patrie Va sous tant de ténèbres, Vaisseau désemparé dont l'équipage…
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PrintempsTendre, la jeune femme rousse, Que tant d'innocence émoustille, Dit à la blonde jeune fille Ces mots, tout bas, d'une voix douce : « Sève qui monte et fleur qui pousse, Ton enfance est une charmille…
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PrologueEn route, mauvaise troupe ! Partez, mes enfants perdus ! Ces loisirs vous étaient dus : La Chimère tend sa croupe. Partez, grimpés sur son dos, Comme essaime un vol de rêves D'un malade dans les…
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Prologue d'un livrePROLOGUE D'UN LIVRE DONT IL NE PARAITRA QUE LES EXTRAITS CI-APRÈS. Ce n'est pas de ces dieux foudroyés. Ce n'est pas encore une infortune Poétique autant qu'inopportune, Lecteur de bon sens, ne fuyez…
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Promenade sentimentaleLe couchant dardait ses rayons suprêmes Et le vent berçait les nénuphars blêmes ; Les grands nénuphars entre les roseaux Tristement luisaient sur les calmes eaux. Moi j'errais tout seul, promenant ma…
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PrudenceContrition parfaite, Les anges sont en fêtes Mieux d'un pêcheur contrit que d'un juste qui meurt. Bon propos, la victoire Préparée et la gloire Presque déjà dans l'au-delà sans choc ni heurt.…
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Puis, déjà très anciensDes songes de souvenirs, Si doux nécromanciens D'encor pires avenirs : Une fille, presque enfant, Quasi zézayante un peu, Dont on s'éprit en rêvant, Et qu'on aima dans le bleu. Mains qu'on baisa que…
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Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurorePuisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore, Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien, C'en est fait à présent des funestes pensées,…
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Quand je cause avec toiCe m’est vraiment charmant, tu causes si paisiblement ! Quand je dispute et te fais des reproches, Tu disputes, c’est drôle, et me fais aussi des reproches. S’il m’arrive, hélas ! d’un peu te…
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Quand tu me racontes les frasquesDe ta chienne de vie aussi, Mes pleurs tombent gros, lourds, ainsi Que des fontaines dans des vasques, Et mes longs soupirs condolents Se mêlent à tes récits lents. Tu me dis tes amours premières :…
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Qu'en dis-tu, voyageur, des pays et des gares ?Du moins as-tu cueilli l'ennui, puisqu'il est mûr, Toi que voilà fumant de maussades cigares, Noir, projetant une ombre absurde sur le mur ? Tes yeux sont aussi morts depuis les aventures, Ta grimace…
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Que ton âme soit blanche ou noireQue fait ? Ta peau de jeune ivoire Est rose et blanche et jaune un peu. Elle sent bon, ta chair, perverse Ou non, que fait ? puisqu'elle berce La mienne de chair, nom de Dieu ! Elle la berce, ma…
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Quinze longs jours encore et plus de six semainesDéjà ! Certes, parmi les angoisses humaines La plus dolente angoisse est celle d'être loin. On s'écrit, on se dit que l'on s'aime ; on a soin D'évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste De…
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RésignationTout enfant, j'allais rêvant Ko-Hinnor, Somptuosité persane et papale Héliogabale et Sardanapale ! Mon désir créait sous des toits en or, Parmi les parfums, au son des musiques, Des harems sans fin,…
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RéversibilitésEntends les pompes qui font Le cri des chats. Des sifflets viennent et vont Comme en pourchas. Ah, dans ces tristes décors Les Déjàs sont les Encors ! Ô les vagues Angélus ! (Qui viennent d’où ?)…
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Riche ventreRiche ventre qui n'a jamais porté, Seins opulents qui n'ont pas allaité, Bras frais et gras, purs de tout soin servile, Beau cou qui n'a plié que sous le poids De lents baisers à tous les chers…
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RoisLa myrrhe, l'or et l'encens Sont des présents moins aimables Que de plus humbles présents Offerts aux Yeux adorables Qui souriront plutôt mieux A de simples vœux pieux. Le voyage des Rois Mages…
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Sagesse d'un Louis Racine, je t'envieÔ n'avoir pas suivi les leçons de Rollin, N'être pas né dans le grand siècle à son déclin, Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie, Quand Maintenon jetait sur la France ravie L'ombre douce…
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Saint Benoit-Joseph LabreJour de la canonisation Comme l'Église est bonne en ce siècle de haine, D'orgueil et d'avarice et de tous les péchés, D'exalter aujourd'hui le caché des cachés, Le doux entre les doux à l'ignorance…
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Sainte Thérèse veut que la PauvretéLa reine d'ici-bas, et littéralement ! Elle dit peu de mots de ce gouvernement Et ne s'arrête point aux détails de surcroît ; Mais le Point, à son sens, celui qu'il faut qu'on voie Et croie, est ceci…
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Saint GraalA Léon Bloy Parfois je sens, mourant des temps où nous vivons, Mon immense douleur s'enivrer d'espérance. En vain l'heure honteuse ouvre des trous profonds, En vain bâillent sous nous les désastres…
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Saints innocentsCruel Hérode, noir Péché, De tes sept glaives tu poursuis Les innocents, lesquels je suis Dans mes cinq sens, — et, qu'empêché Me voici pour, las ! me défendre ! L'argile dont Dieu les forma, Leur…
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SanctusSaint est l'homme au sortir du baptême, Petit enfant humble et ne tétant pas même, Et si pur alors qu'il est la pureté suprême. Saint est l'homme après l'Eucharistie. La chair de Jésus a sa chair…
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SapphoFurieuse, les yeux caves et les seins roides, Sappho, que la langueur de son désir irrite, Comme une louve court le long des grèves froides, Elle songe à Phaon, oublieuse du Rite, Et, voyant à ce…
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SéguidilleBrune encore non eue, Je te veux presque nue Sur un canapé noir Dans un jaune boudoir, Comme en mil huit cent trente. Presque nue et non nue À travers une nue De dentelles montrant Ta chair où va…
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Seigneur, vous m'avez laissé vivrePour m'éprouver jusqu'à la fin. Vous châtiez cette chair ivre, Par la douleur et par la faim ! Et Vous permîtes que le diable Tentât mon âme misérable Comme l'âme forte de Job, Puis Vous m'avez…
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SérénadeComme la voix d'un mort qui chanterait Du fond de sa fosse, Maîtresse, entends monter vers ton retrait Ma voix aigre et fausse. Ouvre ton âme et ton oreille au son De ma mandoline : Pour toi j'ai…
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Si tu le veux bien, divine IgnoranteJe ferai celui qui ne sait plus rien Que te caresser d'une main errante. En le geste expert du pire vaurien, Soyons scandaleux sans plus nous gêner Qu'un cerf et sa biche ès bois authentiques. La…
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Sois de bronze et de marbreSois de bronze et de marbre et surtout sois de chair Certes, prise l'orgueil nécessaire plus cher, Pour ton combat avec les contingences vaines ; Que les poils de ta barbe ou le sang de tes veines ;…
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Soleils couchantsUne aube affaiblie Verse par les champs La mélancolie La mélancolie Berce de doux chants Mon coeur qui s'oublie Et d'étranges rêves, Comme des soleils Couchants, sur les grèves, Fantômes vermeils,…
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Son bras droit, dans un geste aimable de douceurRepose autour du cou de la petite soeur, Et son bras gauche suit le rythme de la jupe. A coup sûr une idée agréable l'occupe, Car ses yeux si francs, car sa bouche qui sourit, Témoignent d'une joie…
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Sonnet boiteuxAh ! vraiment c'est triste, ah ! vraiment ça finit trop mal, Il n'est pas permis d'être à ce point infortuné. Ah ! vraiment c'est trop la mort du naïf animal Qui voit tout son sang couler sous son…
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Sonnet héroïqueLa Gueule parle : « L'or, et puis encore l'or, Toujours l'or, et la viande, et les vins, et la viande, Et l'or pour les vins fins et la viande, on demande Un trou sans fond pour l'or toujours et l'or…
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SpleenLes roses étaient toutes rouges Et les lierres étaient tout noirs. Chère, pour peu que tu ne bouges, Renaissent tous mes désespoirs. Le ciel était trop bleu, trop tendre, La mer trop verte et l'air…
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StreetsI Dansons la gigue ! J'aimais surtout ses jolis yeux, Plus clairs que l'étoile des cieux, J'aimais ses yeux malicieux. Dansons la gigue ! Elle avait des façons vraiment De désoler un pauvre amant,…
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Sub UrbeLes petits ifs du cimetière Frémissent au vent hiémal, Dans la glaciale lumière. Avec des bruits sourds qui font mal, Les croix de bois des tombes neuves Vibrent sur un ton anormal. Silencieux comme…
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Sur le balconToutes deux regardaient s'enfuir les hirondelles : L'une pâle aux cheveux de jais, et l'autre blonde Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde Vaguement serpentaient, nuages, autour…
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Sur le Point du JourLe Point du Jour, le point blanc de Paris, Le seul point blanc, grâce à tant de bâtisse Et neuve et laide et que je t'en ratisse, Le Point du Jour aurore des paris ! Le bonneteau fleurit « dessur »…
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Sur l'herbe— L'abbé divague. — Et toi, marquis, Tu mets de travers ta perruque. — Ce vieux vin de Chypre est exquis Moins, Camargo, que votre nuque. — Ma flamme ... — Do, mi, sol, la, si. L'abbé, ta noirceur se…
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Sur une statue de GanymèdeEh quoi ! Dans cette ville d'eaux. Trêve, repos, paix, intermède, Encor toi de face et de dos, Beau petit ami Ganymède, L'aigle t'emporte, on dirait comme Amoureux de parmi les fleurs. Son aile,…
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Sur un reliquaire(Sur un reliquaire qu'on lui avait dérobé) Seul bijou de ma pauvreté. Ton mince argent, ta perle fausse (En tout quatre francs), ont tenté Quelqu'un dont l'esprit ne se hausse, Parmi ces paysans…
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TantalizedToutes deux regardaient s'enfuir les hirondelles : L'une pâle aux cheveux de jais, et l'autre blonde Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde Vaguement serpentaient, nuages, autour…
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There« Angels », seul coin luisant dans ce Londres du soir, Où flambe un peu de gaz et jase quelque foule, C'est drôle que, semblable à tel très dur espoir, Ton souvenir m'obsède et puissamment enroule…
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Ton rire éclaire mon vieux cœurComme une lanterne une cave Où mûrirait tel cru vainqueur : Aï, Beaune, Sauterne, Grave. Ta voix claironne dans mon âme : Tel un signal d’aller au feu... ... De tes yeux en effet tout flamme On y va,…
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Torquato TassoLe poète est un fou perdu dans l'aventure, Qui rêve sans repos de combats anciens, De fabuleux exploits sans nombre qu'il fait siens, Puis chante pour soi-même et la race future. Plus tard,…
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ToussaintCes vrais vivants qui sont les saints, Et les vrais morts qui seront nous, C'est notre double fête à tous, Comme la fleur de nos desseins, Comme le drapeau symbolique Que l'ouvrier plante gaîment Au…
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Toute grâce et toutes nuancesDans l'éclat doux de ses seize ans, Elle a la candeur des enfances Et les manèges innocents. Ses yeux, qui sont les yeux d'un ange, Savent pourtant, sans y penser, Eveiller le désir étrange D'un…
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Toutes les amours de la terreLaissant au cœur du délétère Et de l'affreusement amer, Fraternelles et conjugales, Paternelles et filiales, Civiques et nationales. Les charnelles, les idéales. Toutes ont la guêpe et le ver. La…
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Tu bois, c'est hideux presque autant que moiTu bois, c'est hideux ! presque autant que moi. Je bois, c'est honteux, presque plus que toi, Ce n'est plus ce qu'on appelle une vie... Ah ! la femme, fol, fol est qui s'y fie ! Les hommes, bravo !…
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Tu crois au marc de caféAux présages, aux grands jeux : Moi je ne crois qu'en tes grands yeux. Tu crois aux contes de fées, Aux jours néfastes, aux songes, Moi je ne crois qu'en tes mensonges. Tu crois en un vague Dieu En…
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Tu fus souvent cruelleMême injuste parfois, Mais que fait, ô ma belle, Puisqu'en toi seule crois Et puisque suis ta chose. Que tu me trompes avec Pierre, Louis, et cœtera punctum, Je sais, mais, là ! n'en ai que faire :…
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Tu fus une grande amoureuseÀ ta façon, la seule bonne Puisqu'elle est tienne et que personne Plus que toi ne fut malheureuse, Après la crise de bonheur Que tu portas avec honneur. Oui, tu fus comme une héroïne, Et maintenant…
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Tu m'as frappé, c'est ridiculeJe l'ai battue et c'est affreux : Je m'en repens et tu m'en veux. C'est bien, c'est selon la formule. Je n'avais qu'à me tenir coi Sous l'aimable averse des gifles De ta main experte en mornifles,…
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Tu m'ostines !« Tu m'ostines ! » — « Et je t'emmène A la campagne. » Ainsi parlaient Deux amoureux dont s'éperlaient Plus d'un encor propos amène. Je crains fort que ces amoureux N'aient été nous l'autre semaine…
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Tu n'es pas du tout vertueuseJe ne suis pas du tout jaloux ! C'est de se la couler heureuse Encor le moyen le plus doux. Vive l'amour et vivent nous ! Tu possèdes et tu pratiques Les tours les plus intelligents Et les trucs les…
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Tu n'es pas vaincu, sinon par le SeigneurOppose au siècle un front de courage et d'honneur Bande ton coeur moins faible au fond que tu ne crois, Ne cherche, en fait d'abri, que l'ombre de la croix. Ceins, sinon l'innocence, hélas ! et la…
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Tu vis en toutes les femmesEt toutes les femmes c'est toi. Et tout l'amour qui soit, c'est moi Brûlant pour toi de mille flammes. Ton sourire tendre ou moqueur, Tes yeux, mon Styx ou mon Lignon, Ton sein opulent ou mignon Sont…
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Un conteSimplement, comme on verse un parfum sur une flamme Et comme un soldat répand son sang pour la patrie, Je voudrais pouvoir mettre mon cœur avec mon âme Dans un beau cantique à la sainte Vierge Marie.…
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Un crucifixAu bout d'un bas-côté de l'église gothique, Contre le mur que vient baiser le jour mystique D'un long vitrail d'azur et d'or finement roux, Le Crucifix se dresse, ineffablement doux, Sur sa croix…
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Un dahliaCourtisane au sein dur, à l'oeil opaque et brun S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un boeuf, Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf. Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun…
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Une grande dameBelle « à damner les saints », à troubler sous l'aumusse Un vieux juge ! Elle marche impérialement. Elle parle — et ses dents font un miroitement — Italien, avec un léger accent russe. Ses yeux…
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Une Sainte en son auréoleUne Châtelaine en sa tour, Tout ce que contient la parole Humaine de grâce et d'amour ; La note d'or que fait entendre Un cor dans le lointain des bois, Mariée à la fierté tendre Des nobles Dames…
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Un grand sommeil noirTombe sur ma vie : Dormez, tout espoir, Dormez, toute envie ! Je ne vois plus rien, Je perds la mémoire Du mal et du bien... Ô la triste histoire ! Je suis un berceau Qu'une main balance Au creux…
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Un pouacreAvec les yeux d'une tête de mort Que la lune encore décharne, Tout mon passé, disons tout mon remords, Ricane à travers ma lucarne. Avec la voix d'un vieillard très cassé, Comme l'on n'en voit qu'au…
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Un projet de mon âge mûrMe tint six ans l'âme ravie, C'était, d'après un plan bien sûr. De réédifier ma vie. Vie encor vivante après tout. Insuffisamment ruinée. Avec ses murs toujours debout Que respecte la graminée, Murs…
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Un scrupule qui m'a l'air sotArgumente. Dieu vit au sein d'un cœur caché, Non d'un esprit épars, en milliers de pages, En millions de mots hardis comme des pages, A tous les vents du ciel ou plutôt de l'enfer, Et d'un scandale…
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Un soir d'octobreL'automne et le soleil couchant ! Je suis heureux ! Du sang sur de la pourriture ! L'incendie au zénith ! La mort dans la nature ! L'eau stagnante, l'homme fiévreux ! Oh ! c'est bien là ton heure et…
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Un veuf parleJe vois un groupe sur la mer. Quelle mer ? Celle de mes larmes. Mes yeux mouillés du vent amer Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes Sont deux étoiles sur la mer. C'est une toute jeune femme Et son…
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Va, chanson, à tire-d'aileAu-devant d'elle, et dis-lui Bien que dans mon cœur fidèle Un rayon joyeux a lui, Dissipant, lumière sainte, Ces ténèbres de l'amour : Méfiance, doute, crainte, Et que voici le grand jour ! Longtemps…
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Va ton chemin sans plus t'inquiéterLa route est droite et tu n'as qu'à monter, Portant d'ailleurs le seul trésor qui vaille, Et l'arme unique au cas d'une bataille, La pauvreté d'esprit et Dieu pour toi. Surtout il faut garder toute…
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VendangesLes choses qui chantent dans la tête Alors que la mémoire est absente, Écoutez ! c'est notre sang qui chante... Ô musique lointaine et discrète ! Écoutez ! c'est notre sang qui pleure Alors que notre…
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Veni, Sancte« Esprit-Saint, descendez en » ceux Qui raillent l'antique cantique Où les simples mettent leurs vœux Sur la plus naïve musique. Versez les sept dons de la foi, Versez, « esprit d'intelligence »,…
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Vêpres rustiquesLe dernier coup de vêpres a sonné : l'on tinte. Entrons donc dans l'Église et couvrons-nous d'eau sainte. Il y a peu de monde encore. Qu'il fait frais ! C'est bon par ces temps lourds, ça semble fait…
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Vers dorésL'art ne veut point de pleurs et ne transige pas, Voilà ma poétique en deux mots : elle est faite De beaucoup de mépris pour l'homme et de combats Contre l'amour criard et contre l'ennui bête. Je…
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Vers en assonancesLes variations normales De l'esprit autant que du cœur, En somme, témoignent peu mal En dépit de tel qui s'épeure, Parlent par contre, contre tel Qui s'effraierait au nom du monde Et déposent pour…
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Vers pour être calomniéCe soir je m'étais penché sur ton sommeil. Tout ton corps dormait chaste sur l'humble lit, Et j'ai vu, comme un qui s'applique et qui lit, Ah ! j'ai vu que tout est vain sous le soleil ! Qu'on vive,…
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Vers sans rimesLe bruit de ton aiguille et celui de ma plume Sont le silence d'or dont on parla d'argent. Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes Et travaillons tranquillement au nez des gens ! Quant…
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VoeuAh ! les oaristys ! les premières maîtresses ! L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs, Et puis, parmi l'odeur des corps jeunes et chers, La spontanéité craintive des caresses !…
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Voix de GabrielChez l'humble Marie, Cloches de Noël, Dans la nuit fleurie, Siècles, célébrez Mes sens délivrés ! Martyrs, troupe blanche, Et les confesseurs, Fruits d'or de la branche, Vous, frères et sœurs,…
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Voix de l'Orgueil : un cri puissant comme d'un corDes étoiles de sang sur des cuirasses d'or. On trébuche à travers des chaleurs d'incendie... Mais en somme la voix s'en va, comme d'un cor. Voix de la Haine : cloche en mer, fausse, assourdie De…
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Voulant te fuirMais un poète est bête), J'ai pris, l'un de ces derniers jours, La poudre d'escampette. Qui fut penaud, qui fut nigaud Dès après un quart d'heure ? Et je revins en mendigot Qui supplie et qui pleure.…
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Vous êtes calme, vous voulez un voeu discretVous êtes calme, vous voulez un vœu discret, Des secrets à mi-voix dans l'ombre et le silence, Le cœur qui se répand plutôt qu'il ne s'élance, Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît. Vous…
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Vous m'avez demandé quelques vers sur AmourVous m'avez demandé quelques vers sur « Amour ». Ce mien livre, d'émoi cruel et de détresse, Déjà loin dans mon Œuvre étrange qui se presse Et dévale, flot plus amer de jour en jour. Qu'en dire,…
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Vous reviendrez bientôt, les bras pleins de pardonsSelon votre coutume, Ô Pères excellents qu'aujourd'hui nous perdons Pour comble d'amertume. Vous reviendrez, vieillards exquis, avec l'honneur, Avec la Fleur chérie. Et que de pleurs joyeux, et quels…
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Vous voilà pauvres bonnes penséesVous voilà, vous voilà, pauvres bonnes pensées ! L'espoir qu'il faut, regret des grâces dépensées, Douceur de cœur avec sévérité d'esprit, Et celle vigilance, et le calme prescrit, Et toutes ! — Mais…
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Vrai, nous avons trop d'espritChérie ! Je crois que mal nous en prit, Chérie ! D'ainsi lutter corps à corps Encore ! Sans repos et sans remords Encore ! Plus, n'est-ce pas ? de ces luttes Sans but, Plus de ces mauvaises flûtes.…
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WalcourtPaysages belges Briques et tuiles, Ô les charmants Petits asiles Pour les amants ! Houblons et vignes, Feuilles et fleurs, Tentes insignes Des francs buveurs ! Guinguettes claires, Bières, clameurs,…
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À celle qu’on dit froideTu n’es pas la plus amoureuse De celles qui m’ont pris ma chair ; Tu n’es pas la plus savoureuse De mes femmes de l’autre hiver. Mais je t’adore tout de même ! D’ailleurs ton corps doux et bénin A…
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Au balUn rêve de cuisses de femmes Ayant pour ciel et pour plafond Les culs et les cons de ces dames Très beaux, qui viennent et qui vont. Dans un ballon de jupes gaies Sur des airs gentils et cochons ; Et…
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Autre (Impression fausse)La cour se fleurit de souci Comme le front De tous ceux-ci Qui vont en rond En flageolant sur leur fémur Débilité Le long du mur Fou de clarté. Tournez, Samsons sans Dalila, Sans Philistin, Tournez…
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Billet à LilyMa petite compatriote, M’est avis que veniez ce soir Frapper à ma porte et me voir. Ô la scandaleuse ribote De gros baisers et de petits Conforme à mes gros appétits ? Mais les vôtres sont si…
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Dans l’interminable …Dans l’interminable Ennui de la plaine, La neige incertaine Luit comme du sable. Le ciel est de cuivre Sans lueur aucune, On croirait voir vivre Et mourir la lune. Comme des nuées Flottent gris les…
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FillesI Bonne simple fille des rues Combien te préféré-je aux grues Qui nous encombrent le trottoir De leur traîne, mon décrottoir, Poseuses et bêtes poupées Rien que de chiffons occupées Ou de courses et…
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Goûts royauxLouis Quinze aimait peu les parfums. Je l’imite Et je leur acquiesce en la juste limite. Ni flacons, s’il vous plaît, ni sachets en amour ! Mais, ô qu’un air naïf et piquant flotte autour D’un corps,…
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GamineriesDepuis que ce m’est plus commode De baiser en gamin, j’adore Cette manière et l’aime encore Plus quand j’applique la méthode Qui consiste à mettre mes mains Bien fort sur ton bon gros cul frais,…
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Idylle high-lifeLa galopine À pleine main Branle la pine Au beau gamin. L’heureux potache Décalotté Jouit et crache De tout côté. L’enfant rieuse À voir ce lait Et curieuse De ce qu’il est, Hume une goutte Au bord…
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Je ne sais pourquoi…Je ne sais pourquoi Mon esprit amer D’une aile inquiète et folle vole sur la mer. Tout ce qui m’est cher, D’une aile d’effroi Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ? Mouette à…
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L’enterrementJe ne sais rien de gai comme un enterrement ! Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille, La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille, Le prêtre en blanc surplis, qui prie…
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L’espoir luit comme…L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable. Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ? Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou. Que ne t’endormais-tu, le coude sur la table ?…
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L’homme pauvre du cœur est-il si rare, en sommeL’homme pauvre du cœur est-il si rare, en somme ? Non. Et je suis cet homme et vous êtes cet homme, Et tous les hommes sont cet homme ou furent lui, Ou le seront quand l’heure opportune aura lui.…
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La rivièreLa rivière que j’ai sous la langue, L’eau qu’on n’imagine pas, mon petit bateau, Et, les rideaux baissés, parlons. Paul Eluard, Capitale de la douleur, Répétitions, 1926
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Le ciel est, par-dessus…Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme ! Un arbre, par-dessus le toit, Berce sa palme. La cloche, dans le ciel qu’on voit, Doucement tinte. Un oiseau sur l’arbre qu’on voit Chante sa…
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Le monstre de la fuiteLe monstre de la fuite hume même les plumes De cet oiseau roussi par le feu du fusil. Sa plainte vibre tout le long d’un mur de larmes Et les ciseaux des yeux coupent la mélodie Qui bourgeonnait déjà…
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Le soleil du matinLe soleil du matin doucement chauffe et dore Les seigles et les blés tout humides encore, Et l’azur a gardé sa fraîcheur de la nuit. L’on sort sans autre but que de sortir ; on suit, Le long de la…
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Mort !Les Armes ont tu leurs ordres en attendant De vibrer à nouveau dans des mains admirables Ou scélérates, et, tristes, le bras pendant, Nous allons, mal rêveurs, dans le vague des Fables. Les Armes ont…
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Ô triste, triste était mon âmeÔ triste, triste était mon âme À cause, à cause d’une femme. Je ne me suis pas consolé Bien que mon cœur s’en soit allé, Bien que mon cœur, bien que mon âme Eussent fui loin de cette femme. Je ne me…
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Morale en raccourciUne tête blonde et de grâce pâmée, Sous un cou roucouleur de beaux tétons bandants, Et leur médaillon sombre à la mamme enflammée, Ce buste assis sur des coussins bas, cependant Qu’entre deux jambes,…
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Õommage dûJe suis couché tout de mon long sur son lit frais : Il fait grand jour ; c’est plus cochon, plus fait exprès Par le prolongement dans la lumière crue De la fête nocturne immensément crue Pour la…
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PatteLe chat s’établit dans la nuit pour crier, Dans l’air libre, dans la nuit, le chat crie. Et, triste, à hauteur d’homme, l’homme entend son cri. Paul Eluard, Les animaux et leurs hommes, les hommes et…
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Partie carréeChute des reins, chute du rêve enfantin d’être sage, Fesses, trône adoré de l’impudeur, Fesses, dont la blancheur divinise encor la rondeur, Triomphe de la chair mieux que celui par le visage !…
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ParisParis n’a de beauté qu’en son histoire, Mais cette histoire est belle tellement ! La Seine est encaissée absurdement, Mais son vert clair à lui seul vaut la gloire. Paris n’a de gaîté que son bagout,…
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Pour RitaJ’abomine une femme maigre, Pourtant je t’adore, ô Rita, Avec tes lèvres un peu nègre Où la luxure s’empâta. Avec tes noirs cheveux, obscènes A force d’être beaux ainsi Et tes yeux où ce sont des…
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RedditionJe suis foutu. Tu m’as vaincu. Je n’aime plus que ton gros cu Tant baisé, léché, reniflé Et que ton cher con tant branlé, Piné — car je ne suis pas l’homme Pour Gomorrhe ni pour Sodome, Mais pour…
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RossignolComme un vol criard d’oiseaux en émoi, Tous mes souvenirs s’abattent sur moi, S’abattent parmi le feuillage jaune De mon coeur mirant son tronc plié d’aune Au tain violet de l’eau des Regrets, Qui…
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RégalsCroise tes cuisses sur ma tête De façon à ce que ma langue, Taisant toute sotte harangue, Ne puisse plus que faire fête À ton con ainsi qu’à ton cu Dont je suis l’à-jamais vaincu Comme de tout ton…
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Tableau populaireL’apprenti point trop maigrelet, quinze ans, pas beau, Gentil dans sa rudesse un peu molle, la peau Mate, œil vif et creux, sort de sa cotte bleue, Fringante et raide au point, sa déjà grosse queue…
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Triolet à une vertu pour s’excuser du peuÀ la grosseur du sentiment Ne vas pas mesurer ma force, Je ne prétends aucunement À la grosseur du sentiment. Toi, serre le mien bontément Entre ton arbre et ton écorce. À la grosseur du sentiment Ne…
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