Maintenant, un gouffre du Bonheur

Maintenant, au gouffre du Bonheur ! Mais avant le glorieux naufrage Il faut faire à cette mer en rage Quelque sacrifice et quelque honneur.
Jettes-y, dans cette mer terrible, Ouragan de calme, flot de paix, Tes songes creux, tes rêves épais, Et tous les défauts comme d'un crible.
(Car de gros vices tu n'en as plus. Quant aux défauts, foule vénielle Contaminante, et nielle, Tu les as tous on ne peut pas plus.)
Jettes-y tes petites colères, — Garde-les grandes pour les cas vrais, — Les scrupules excessifs après, — Les extrêmes, que tu les tolères !
Jette la moindre velléité De concupiscence, quelle qu'elle Soit, femmes ou vin ou gloire, ah ! quelle Qu'elle soit, qu'importe en vérité !
Jette-moi tout ce luxe inutile Sans soupir, au contraire, en chantant, Jette sans peur, au contraire étant Lors détesté d'un luxe inutile
Jette à l'eau ! Que légers nous dansions En route pour l'entonnoir tragique Que nul atlas ne cite ou n'indique, Sur la mer des Résignations.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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