Charles Cros
Poèmes de Charles Cros (117)
Classés par titre (A–Z).
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À grand-papaIl faut écouter, amis, La parole des ancêtres. — Ne soyons jamais soumis ! Mais, d'où viennent tous les êtres ? Donc pour cela, puis-je oser, À travers l'imaginaire, Vous envoyer un baiser De tout…
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À la mémoire de GambettaLe grand Lion est mort. Il reste les renards, Les fouines, les chiens, les rats et les lézards. Ces bêtes ne sont pas absolument impures Elles savent manger nos plus sales ordures Et peuvent nettoyer…
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À la plus belleNul ne l'a vue et, dans mon cœur, Je garde sa beauté suprême ; (Arrière tout rire moqueur !) Et morte, je l'aime, je l'aime. J'ai consulté tous les devins, Ils m'ont tous dit : « C'est la plus belle…
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À ma femme endormieTu dors en croyant que mes vers Vont encombrer tout l'univers De désastres et d'incendies ; Elles sont si rares pourtant Mes chansons au soleil couchant Et mes lointaines mélodies. Mais si je dérange…
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À Mlle S. de L. CLes saphirs durs et froids, voilés par la buée De l'orgueilleuse chair, ressemblent à ces yeux D'où jaillissent de bleus rayons silencieux, Inquiétants éclairs d'un soir chaud, sans nuée. Couvrant le…
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AquarelleÀ Henry Cros. Au bord du chemin, contre un églantier, Suivant du regard le beau cavalier Qui vient de partir, Elle se repose, Fille de seize ans, rose, en robe rose. Et l'Autre est debout, fringante.…
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À travers la forêt des spontanéitésÀ Madame S. de F. Écartant les taillis, courant par les clairières, Et cherchant dans l'émoi des soifs aventurières L'oubli des paradis pour un instant quittés, Inquiète, cheveux flottants, yeux…
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À tuerVoici venir le printemps vague Je veux être belle. Une bague Attire à ma main ton baiser. Aime-moi bien ! Aime-moi toute Surtout jamais, jamais de doute. Ta fureur ? Je vais l'apaiser. J'ai mal fait.…
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Au caféLe rêve est de ne pas dîner, Mais boire, causer, badiner Quand la nuit tombe ; Épuisant les apéritifs, On rit des cyprès et des ifs Ombrant la tombe. Et chacun a toujours raison De tout, tandis qu'à…
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À une attristée d'ambitionComme hier, vous avez les souplesses étranges Des tigresses et des jaguars, Vos yeux dardent toujours sous leurs ombreuses franges L'or acéré de leurs regards. Vos mains ont, comme hier, sous leurs…
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À une chatteChatte blanche, chatte sans tache, Je te demande, dans ces vers, Quel secret dort dans tes yeux verts, Quel sarcasme sous ta moustache. Tu nous lorgnes, pensant tout bas Que nos fronts pâles, que nos…
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À une jeune fillePourquoi, tout à coup, quand tu joues, Ces airs émus et soucieux ? Qui te met cette fièvre aux yeux, Ce rose marbré sur les joues ? Ta vie était, jusqu'au moment Où ces vagues langueurs t'ont prise,…
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Aux femmesNoyez dans un regard limpide, aérien, Les douleurs. Ne dites rien de mal, ne dites rien de bien, Soyez fleurs. Soyez fleurs : par ces temps enragés, enfumés De charbon, Soyez roses et lys. Et puis,…
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Aux imbécilesQuant nous irisons Tous nos horizons D'émeraudes et de cuivre, Les gens bien assis Exempts de soucis Ne doivent pas nous poursuivre. On devient très fin, Mais on meurt de faim, À jouer de la guitare,…
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AvenirLes coquelicots noirs et les bleuets fanés Dans le foin capiteux qui réjouit l'étable, La lettre jaunie où mon aïeul respectable À mon aïeule fit des serments surannés, La tabatière où mon…
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Ballade de la ruineJe viens de revoir le pays, Le beau domaine imaginaire Où des horizons éblouis Me venaient des parfums exquis. Ces parfums et cette lumière Je ne les ai pas retrouvés. Au château s'émiette la pierre.…
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Ballade des mauvaises personnesQu'on vive dans les étincelles Ou qu'on dorme sur le gazon Au bruit des râteaux et des pelles, On entend mâles et femelles Prêtes à toute trahison, Les personnes perpétuelles Aiguisant leurs griffes…
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Ballade des sourisOù trouver la côte et la mer Groënland, Afrique, Islande, Espagne, Où je pourrais m'en aller fier, Moi qui n'ai pas trouvé mon pair ? J'ai la misère pour compagne Et dans l'appartement désert On…
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Ballade du dernier amourMes souvenirs sont si nombreux Que ma raison n'y peut suffire. Pourtant je ne vis que par eux, Eux seuls me font pleurer et rire. Le présent est sanglant et noir ; Dans l'avenir qu'ai-je à poursuivre…
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BanalitéL'océan d'argent couvre tout Avec sa marée incrustante. Nous avons rêvé jusqu'au bout Le legs d'un oncle ou d'une tante. Rien ne vient. Notre cerveau bout Dans l'Idéal, feu qui nous tente, Et nous…
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BerceuseEndormons-nous, petit chat noir. Voici que j'ai mis l'éteignoir Sur la chandelle. Tu vas penser à des oiseaux Sous bois, à de félins museaux... Moi rêver d'Elle. Nous n'avons pas pris de café, Et,…
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Bonne fortuneÀ Théodore de Banville. Tête penchée, Œil battu, Ainsi couchée Qu'attends-tu ? Sein qui tressaille, Pleurs nerveux, Fauve broussaille De cheveux, Frissons de cygnes Sur tes flancs, Voilà des signes…
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CaresseTu m'as pris jeune, simple et beau, Joyeux de l'aurore nouvelle ; Mais tu m'as montré le tombeau Et tu m'as mangé la cervelle. Tu fleurais les meilleurs jasmins, Les roses jalousaient ta joue ; Avec…
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Chanson de route AryaFiers sur nos chevaux, tribu souveraine Poussons devant nous les troupeaux bêlants, Les bœufs mugissants. Que chacun emmène, Enlacée à lui de ses beaux bras blancs, L'amoureuse. Car la halte est…
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Chant éthiopienÀ Émile Wroblewski. Apportez-moi des fleurs odorantes, Pour me parer, compagnes errantes, Pour te charmer, ô mon bien-aimé. Déjà le vent s'élève embaumé. Le vent du soir fait flotter vos pagnes. Dans…
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Coin de tableaux Sensation de haschisch. Tiède et blanc était le sein. Toute blanche était la chatte. Le sein soulevait la chatte. La chatte griffait le sein. Les oreilles de la chatte Faisaient ombre sur le sein.…
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ConclusionJ'ai rêvé les amours divins, L'ivresse des bras et des vins, L'or, l'argent, les royaumes vains, Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans. Parmi les sentiers amusants Nous irons sur nos alezans. Il est…
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ConquérantJ'ai balayé tout le pays En une fière cavalcade ; Partout les gens se sont soumis, Ils viennent me chanter l'aubade. Ce cérémonial est fade ; Aux murs mes ordres sont écrits. Amenez-moi (mais pas de…
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ConseilQuand sur vos cheveux blonds, et fauves au soleil, Vous mettez des rubans de velours noir, méchante, Je pense au tigre dont le pelage est pareil : Fond roux, rayé de noir, splendeur de l'épouvante.…
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CroquisBeau corps, mais mauvais caractère. Elle ne veut jamais se taire, Disant, d'ailleurs d'un ton charmant, Des choses absurdes vraiment. N'ayant presque rien de la terre, Douce au tact comme une…
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Croquis d'hospitalitéÀ Démètre Perticari. Des parfums, des fleurs, des schalls, des colliers Dans un château vaste. Des amants heureux sur tous les paliers, Gens de haute caste. Des jambons jaunis, séchant sous l'auvent…
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CueilletteC'était un vrai petit voyou, Elle venait on ne sait d'où, Moi, je l'aimais comme une bête. Oh ! la jeunesse, quelle fête. Un baiser derrière son cou La fit rire et me rendit fou. Sainfoin, bouton…
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Dans la clairièreÀ Adolphe Willette. Pour plus d'agilité, pour le loyal duel, Les témoins ont jugé qu'Elles se battraient nues. Les causes du combat resteront inconnues ; Les deux ont dit : « Motif tout individuel. »…
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DéserteusesUn temple ambré, le ciel bleu, des cariatides. Des bois mystérieux ; un peu plus loin, la mer... Une cariatide eut un regard amer Et dit : « C'est ennuyeux de vivre en ces temps vides. » La seconde…
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DestinéeÀ Leconte de Lisle. Quel est le but de tant d'ennuis ? Nous vivons fiévreux, haletants, Sans jouir des fleurs au printemps, Du calme des nuits. Pourquoi ces pénibles apprêts, Ces labeurs que le doute…
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Diamant enfuméIl est des diamants aux si rares lueurs Que, pris par les voleurs ou perdus dans la rue, Ils retournent toujours aux rois leurs possesseurs. Ainsi j'ai retrouvé ma chère disparue. Mais quelquefois,…
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École buissonnièreMa pensée est une églantine Éclose trop tôt en avril, Moqueuse au moucheron subtil Ma pensée est une églantine ; Si parfois tremble son pistil Sa corolle s'ouvre mutine. Ma pensée est une églantine…
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En cour d'assisesÀ Édouard Dubus. Je suis l'expulsé des vieilles pagodes Ayant un peu ri pendant le Mystère ; Les anciens ont dit : Il fallait se taire Quand nous récitions, solennels, nos odes. Assis sur mon banc,…
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Époque perpétuelleInscriptions cunéiformes, Vous conteniez la vérité ; On se promenait sous des ormes, En riant aux parfums d'été ; Sardanapale avait d'énormes Richesses, un peuple dompté, Des femmes aux plus belles…
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ÉvocationJ'ai longtemps écouté tes doux chuchotements, Muse ou démon des jours actuels. Mais tu mens ! Venez Nymphes, avec vos longues chevelures ; Chantez, rossignols morts jadis dans les ramures, Parfums…
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ExcuseAux arbres il faut un ciel clair, L'espace, le soleil et l'air, L'eau dont leur feuillage se mouille. Il faut le calme en la forêt, La nuit, le vent tiède et discret Au rossignol, pour qu'il…
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Gagne-petitIl a tout fait, tous les métiers. Sa simple vie Se passe loin du bruit, loin des cris de l'envie Et des ambitions vaines du boulevard. Pour ce jour attendu, qui s'annonce blafard, Les savants ont…
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HiéroglypheJ'ai trois fenêtres à ma chambre : L'amour, la mer, la mort, Sang vif, vert calme, violet. Ô femme, doux et lourd trésor ! Froids vitraux, odeurs d'ambre. La mer, la mort, l'amour, Ne sentir que ce…
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IndignationJ'aurais bien voulu vivre en doux ermite, Vivre d'un radis et de l'eau qui court. Mais l'art est si long et le temps si court ! Je rêve, poignards, poisons, dynamite. Avoir un chalet en bois de sapin…
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InscriptionMon âme est comme un ciel sans bornes ; Elle a des immensités mornes Et d'innombrables soleils clairs ; Aussi, malgré le mal, ma vie De tant de diamants ravie Se mire au ruisseau de mes vers. Je…
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Insomniexx À Eugène Zerlaut. Voici le matin ridicule Qui vient décolorer la nuit, Réveillant par son crépuscule Le chagrin, l'intrigue et le bruit. Corrects, le zinc et les ardoises Des toits coupent le ciel…
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InsoumissionÀ Lionel Nunès. Vivre tranquille en sa maison, Vertueux ayant bien raison, Vaut autant boire du poison. Je ne veux pas de maladie, Ma fierté n'est pas refroidie, J'entends la jeune mélodie. J'entends…
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Je ne vous ferai pas de versMadame, blonde entre les blondes, Vous réduiriez trop l'univers, Vous seriez reine sur les mondes. Vos yeux de saphir, grands ouverts, Inquiètent comme les ondes Des fleuves, des lacs et des mers Et…
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Je sais faire des vers perpétuelsSont ravis à ma voix qui dit la vérité. La suprême raison dont j'ai, fier, hérité Ne se payerait pas avec toutes les sommes. J'ai tout touché : le feu, les femmes, et les pommes ; J'ai tout senti :…
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Jeune hommeOh ! me coucher tranquillement Pendant des heures infinies ! Et j'étais pourtant ton amant Lors des abandons que tu nies. Tu mens trop ! Toute femme ment. Jouer avec les ironies, Avec l'oubli froid,…
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La blesséeÀ ma mère. La blessée est contre un coussin Trempé du sang de la blessure Qu'elle porte au-dessous du sein. Qu'elle est blanche ! Le médecin N'a pas un seul mot qui rassure. Ceux qui l'aiment, disent…
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La dame en pierreÀ Catulle Mendès. Sur ce couvercle de tombeau Elle dort. L'obscur artiste Qui l'a sculptée a vu le beau Sans rien de triste. Joignant les mains, les yeux heureux Sous le voile des paupières, Elle a…
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La robe de laineLa robe de laine a des tons d'ivoire Encadrant le buste, et puis, les guipures Ornent le teint clair et les lignes pures, Le rire à qui tout sceptique doit croire. Oh ! je ne veux pas fouiller dans…
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L'archetxx À Mademoiselle Hjardemaal. Elle avait de beaux cheveux, blonds Comme une moisson d'août, si longs Qu'ils lui tombaient jusqu'aux talons. Elle avait une voix étrange, Musicale, de fée ou d'ange,…
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La vie idéaleÀ May. Une salle avec du feu, des bougies, Des soupers toujours servis, des guitares, Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares, Où l'on causerait pourtant sans orgies. Au printemps lilas,…
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Le butÀ Henri Ghys. Le long des peupliers je marche, le front nu, Poitrine au vent, les yeux flagellés par la pluie. Je m'avance hagard vers le but inconnu. Le printemps a des fleurs dont le parfum…
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Le fleuveÀ Monsieur Ernest Legouvé. Ravi des souvenirs clairs de l'eau dont s'abreuve La terre, j'ai conçu cette chanson du Fleuve. Derrière l'horizon sans fin, plus loin, plus loin Les montagnes, sur leurs…
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Le hareng saurÀ Guy. Il était un grand mur blanc ? nu, nu, nu, Contre le mur une échelle ? haute, haute, haute, Et, par terre, un hareng saur ? sec, sec, sec. Il vient, tenant dans ses mains ? sales, sales, sales,…
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LendemainÀ Henri Mercier. Avec les fleurs, avec les femmes, Avec l'absinthe, avec le feu, On peut se divertir un peu, Jouer son rôle en quelque drame. L'absinthe bue un soir d'hiver Éclaire en vert l'âme…
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LentoJe veux ensevelir au linceul de la rime Ce souvenir, malaise immense qui m'opprime. * Quand j'aurai fait ces vers, quand tous les auront lus Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus. * Car ce mal est…
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Le propriétaireNé dans quelque trou malsain D'Auvergne ou du Limousin, Il bêche d'abord la terre. Humble, sans désir, sans but ; C'est le modeste début Du propriétaire. Dès que les temps sont plus beaux Il achète…
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Les femmes sont fleursIl y a des moments où les femmes sont fleurs ; On n'a pas de respect pour ces fraîches corolles... Je suis un papillon qui fuit des choses folles, Et c'est dans un baiser suprême que je meurs. Mais…
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Les languesLe russe est froid, presque cruel, L'allemand chuinte ses consonnes ; Italie, en vain tu résonnes De ton baiser perpétuel. Dans l'anglais il y a du miel, Des miaulements de personnes Qui se disent…
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Les quatre saisons - L'automneL'automne fait les bruits froissés De nos tumultueux baisers. Dans l'eau tombent les feuilles sèches Et sur ses yeux, les folles mèches. Voici les pèches, les raisins, J'aime mieux sa joue et ses…
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Les quatre saisons - Le printempsAu printemps, c'est dans les bois nus Qu'un jour nous nous sommes connus. Les bourgeons poussaient vapeur verte. L'amour fut une découverte. Grâce aux lilas, grâce aux muguets, De rêveurs nous…
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Les quatre saisons - L'étéEn été les lis et les roses Jalousaient ses tons et ses poses, La nuit, par l'odeur des tilleuls Nous nous en sommes allés seuls. L'odeur de son corps, sur la mousse, Est plus enivrante et plus…
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Les quatre saisons - L'hiverC'est l'hiver. Le charbon de terre Flambe en ma chambre solitaire. La neige tombe sur les toits. Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids ! Même sillage aux cheminées Qu'en ses tresses…
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L'étéÀ Laure Bernard. C'est l'été. Le soleil darde Ses rayons intarissables Sur l'étranger qui s'attarde Au milieu des vastes sables. Comme une liqueur subtile Baignant l'horizon sans borne, L'air qui du…
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L'heure verteComme bercée en un hamac La pensée oscille et tournoie, À cette heure où tout estomac Dans un flot d'absinthe se noie. Et l'absinthe pénètre l'air, Car cette heure est toute émeraude. L'appétit…
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LibertéLe vent impur des étables Vient d'ouest, d'est, du sud, du nord. On ne s'assied plus aux tables Des heureux, puisqu'on est mort. Les princesses aux beaux râbles Offrent leurs plus doux trésors. Mais…
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Li-taï-péxx À Ernest Cabaner. Mille étés et mille hivers Passeront sur l'univers, Sans que du poète-dieu Dans l'Empire du milieu. * Sur notre terre exilé, Il contemplait désolé Le ciel, en se souvenant Du…
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L'orgueÀ André Gill. Sous un roi d'Allemagne, ancien, Est mort Gottlieb le musicien. On l'a cloué sous les planches. Hou ! hou ! hou ! Le vent souffle dans les branches. Il est mort pour avoir aimé La…
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Madrigal sur un carnet d'ivoireMes vers, sur les lames d'ivoire De votre carnet, font semblant D'imiter la floraison noire Des cheveux sur votre cou blanc. Il faudrait d'immortelles strophes À votre charme triomphal, Quand dans un…
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Malgré toutJe sens la bonne odeur des vaches dans le pré ; Bétail, moissons, vraiment la richesse étincelle Dans la plaine sans fin, sans fin, où de son aile La pie a des tracés noirs sur le ciel doré. Et puis,…
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MatinVoici le matin bleu. Ma rose et blonde amie Lasse d'amour, sous mes baisers, s'est endormie. Voici le matin bleu qui vient sur l'oreiller Éteindre les lueurs oranges du foyer. L'insoucieuse dort. La…
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MaussaderieÀ Albert Tinchant. À notre époque froide, on ne fait plus l'amour. Loin des bois endormeurs et loin des femmes nues Les pauvres vont, cherchant ces sommes inconnues Que cachent les banquiers,…
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NocturneÀ Arsène Houssaye. Bois frissonnants, ciel étoilé, Mon bien-aimé s'en est allé, Emportant mon coeur désolé ! Vents, que vos plaintives rumeurs, Que vos chants, rossignols charmeurs, Aillent lui dire…
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NovembreJe te rencontre un soir d'automne, Un soir frais, rose et monotone. Dans le parc oublié, personne. Toutes les chansons se sont tues : J'ai vu grelotter les statues, Sous tant de feuilles abattues. Tu…
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Paroles perduesxx À Stéphane Mallarmé. Après le bain, la chambrière Vous coiffe. Le peignoir ruché Tombe un peu. Vous écoutez, fière, Les madrigaux de la psyché. Mais la psyché pourtant, Madame, Vous dit : « Ce…
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PhantasmaJ'ai rêvé l'archipel parfumé, montagneux, Perdu dans une mer inconnue et profonde Où le naufrage nous a jetés tous les deux Oubliés loin des lois qui régissent le monde. Sur le sable étendue en l'or…
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PlainteVrai sauvage égaré dans la ville de pierre, À la clarté du gaz je végète et je meurs. Mais vous vous y plaisez, et vos regards charmeurs M'attirent à la mort, parisienne fière. Je rêve de passer ma…
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Pluriel fémininJe suis encombré des amours perdues, Je suis effaré des amours offertes. Vous voici pointer, jeunes feuilles vertes. Il faut vous payer, noces qui sont dues. La neige descend, plumes assidues. Hiver…
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PossessionPuisque ma bouche a rencontré Sa bouche, il faut me taire. Trêve Aux mots creux. Je ne montrerai Rien qui puisse trahir mon rêve. * Il faut que je ne dise rien De l'odeur de sa chevelure, De son…
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ProfanationJe n'ai pas d'ami, Ma maîtresse est morte. Ce n'est qu'à demi Que je le supporte. Peut-on vivre seul ? Mon désir qui dure Retrousse un linceul Plein de pourriture. Comme elle a blêmi Sa chair fière…
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PromenadeÀ Emmanuel des Essarts. Ce n'est pas d'hier que d'exquises poses Me l'ont révélée, un jour qu'en rêvant J'allais écouter les chansons du vent. Ce n'est pas d'hier que les teintes roses Qui passent…
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Quatorze vers à Victor HugoAyant tout dit ayant donné toutes les preuves, Ayant tout remué, mers, monts, plaines et fleuves, Dans ses rimes d'airain éternellement neuves Ayant, toutes, subi les mortelles épreuves, Le vieux…
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Rancœur lasseMalgré sa folle trahison N'est-elle pas encor la même ? La fierté n'est plus de saison. Je l'aime. * Je sais qu'elle reste, malgré D'impurs contacts, vierge éternelle, Qu'aucun venin n'a pénétré En…
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Rendez-vousÀ J. Keck. Ma belle amie est morte, Et voilà qu'on la porte En terre, ce matin, En souliers de satin. Elle dort toute blanche, En robe de dimanche, Dans son cercueil ouvert Malgré le vent d'hiver.…
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RéponseCe que je te suis te donne du doute ? Ma vie est à toi, si tu la veux, toute. Et loin que je sois maître de tes voeux, C'est toi qui conduis mon rêve où tu veux Avec la beauté du ciel, en toi vibre…
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RêveOh ! la fleur de lys ! La noble fleur blanche, La fleur qui se penche Sur nos fronts pâlis ! Son parfum suave Plus doux que le miel Raconte le ciel, Console l'esclave. Son luxe éclatant Dans la…
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RomanceLe bleu matin Fait pâlir les étoiles. Dans l'air lointain La brume a mis ses voiles. C'est l'heure où vont, Au bruit clair des cascades, Danser en rond, Sur le pré, les Dryades. Matin moqueur, Au…
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Ronde flamandeÀ Mademoiselle Mauté de Fleurville. Si j'étais roi de la forêt, Je mettrais une couronne Toute d'or ; en velours bleuet J'aurais un trône, En velours bleu, garni d'argent Comme un livre de prière,…
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Saint SébastienJe suis inutile et je suis nuisible ; Ma peau a les tons qu'il faut pour la cible. Valets au pouvoir public attachés, Tirez, tirez donc, honnêtes archers ! La première flèche a blessé mon ventre, La…
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Six tercetsÀ Degas. Les cheveux plantureux et blonds, bourrés de crin, Se redressent altiers : deux touffes latérales Se collent sur le front en moqueuses spirales. Aigues-marines, dans le transparent écrin Des…
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ScherzoSourires, fleurs, baisers, essences, Après de si fades ennuis, Après de si ternes absences, Parfumez le vent de mes nuits ! Illuminez ma fantaisie, Jonchez mon chemin idéal, Et versez-moi votre…
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SoirJe viens de voir ma bien-aimée Et vais au hasard, sans desseins, La bouche encor tout embaumée Du tiède contact de ses seins. Mes yeux voient à travers le voile Qu'y laisse le plaisir récent, Dans…
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Sonnet astronomiqueAlors que finissait la journée estivale, Nous marchions, toi pendue à mon bras, moi rêvant À ces mondes lointains dont je parle souvent. Aussi regardais-tu chaque étoile en rivale. Au retour, à…
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Sonnet cabalistiqueDans notre vie âcre et fiévreuse Ta splendeur étrange apparaît, Phare altier sur la côte affreuse ; Et te voir est joie et regret. Car notre âme que l'ennui creuse Cède enivrée à ton attrait, Et te…
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Sonnet d'OaristysTu me fis d'imprévus et fantasques aveux Un soir que tu t'étais royalement parée, Haut coiffée, et ruban ponceau dans tes cheveux Qui couronnaient ton front de leur flamme dorée. Tu m'avais dit « Je…
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Sonnet souvenirsÀ Mme N. Je voudrais, en groupant des souvenirs divers, Imiter le concert de vos grâces mystiques. J'y vois, par un soir d'or où valsent les moustiques, La libellule bleue effleurant les joncs verts…
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Souvenirs d'avrilLe rythme argentin de ta voix Dans mes rêves gazouille et tinte. Chant d'oiseau, bruit de source au bois, Qui réveillent ma joie éteinte. Mais les bois n'ont pas de frissons, Ni les harpes éoliennes.…
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SultanerieAu comte de Chousy. Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne Sur tes seins frissonnants, ombrés d'ambre, que baigne L'odeur des varechs morts dans les galets le soir, Je veux laisser tomber…
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SupplicationTes yeux, impassibles sondeurs D'une mer polaire idéale, S'éclairent parfois des splendeurs Du rire, aurore boréale. Ta chevelure, en ces odeurs Fines et chaudes qu'elle exhale, Fait rêver aux tigres…
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Sur un éventailJ'écris ici ces vers pour que, le soir, songeant À tous les rêves bleus que font les demoiselles, Vous laissiez sur vos yeux, placides lacs d'argent, Tournoyer ma pensée et s'y mouiller les ailes.…
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Sur un miroirToutes les fois, miroir, que tu lui serviras À se mettre du noir aux yeux ou sur sa joue La poudre parfumée, ou bien dans une moue Charmante, son carmin aux lèvres, tu diras : « Je dormais reflétant…
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TableauEnclavé dans les rails, engraissé de scories, Leur petit potager plaît à mes rêveries. Le père est aiguilleur à la gare de Lyon. Il fait honnêtement et sans rébellion Son dur métier. Sa femme, hélas…
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TestamentSi mon âme claire s'éteint Comme une lampe sans pétrole, Si mon esprit, en haut, déteint Comme une guenille folle, Si je moisis, diamantin, Entier, sans tache, sans vérole, Si le bégaiement bête…
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TransitionÀ Édouard Manet. Le vent, tiède éclaireur de l'assaut du printemps, Soulève un brouillard vert de bourgeons dans les branches. La pluie et le soleil, le calme et les autans, Les bois noirs sur le…
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Triolets fantaisistesSidonie a plus d'un amant, C'est une chose bien connue Qu'elle avoue, elle, fièrement. Sidonie a plus d'un amant Parce que, pour elle, être nue Est son plus charmant vêtement. C'est une chose bien…
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Trois quatrainsÀ Madame M. Au milieu du sang, au milieu du feu, Votre âme limpide, ainsi qu'un ciel bleu, Répand sa rosée en fraîches paroles Sur nos cœurs troublés, mourantes corolles. Et nous oublions, à vos…
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TsiganeDans la course effarée et sans but de ma vie Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs, J'ai franchi d'âpres monts, d'insidieux vallons. Ma trace avant longtemps n'y sera pas suivie. Sur le haut…
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Un immense désespoirNoir M'atteint Désormais, je ne pourrais M'égayer au rose et frais Matin. Et je tombe dans un trou Fou, Pourquoi Tout ce que j'ai fait d'efforts Dans l'Idéal m'a mis hors La Loi ? Satan, lorsque tu…
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ValseI. Loin du bal, dans le parc humide Déjà fleurissaient les lilas ; Il m'a pressée entre ses bras. Qu'on est folle à l'âge timide ! Par un soir triomphal Dans le parc, loin du bal, Il me dit ce…
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Vers amoureuxComme en un préau d'hôpital de fous Le monde anxieux s'empresse et s'agite Autour de mes yeux, poursuivant au gîte Le rêve que j'ai quand je pense à vous. Mais n'en pouvant plus, pourtant, je m'isole…
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VillégiatureFragment. C'est moi seul que je veux charmer en écrivant Les rêves bienheureux que me dicte le vent, Les souvenirs que j'ai des baisers de sa bouche, De ses yeux, ciels troublés où le soleil se…
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SonnetA Madame N. Je voudrais, en groupant des souvenirs divers, Imiter le concert de vos grâces mystiques. J’y vois, par un soir d’or où valsent les moustiques, La libellule bleue effleurant les joncs…
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RévolteAbsurde et ridicule à force d’être rose, À force d’être blanche, à force de cheveux Blonds, ondés, crêpelés, à force d’avoir bleus Les yeux, saphirs trop vains de leur métempsycose. Absurde,…
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