À une attristée d'ambition
Comme hier, vous avez les souplesses étranges
Des tigresses et des jaguars,
Vos yeux dardent toujours sous leurs ombreuses franges
L'or acéré de leurs regards.
Vos mains ont, comme hier, sous leurs teintes d'aurores
Leur inexplicable vigueur ;
Elles trouvent encor sur les touches sonores
Des accords qui frôlent le cœur.
Comme hier, vous vivez dans les fécondes fièvres
Et dans les rêves exaltés,
Les mots étincelants s'échappent de vos lèvres,
Échos des intimes clartés.
Trop heureuse en ce monde et trop bien partagée,
Idéal et charnel pouvoir,
Vous avez tout, et vous êtes découragée,
Comme un ciel d'automne, le soir.
*
Ne rêvez pas d'accroître et de parfaire encore
Les dons que vous a faits le ciel.
Ne changez pas l'attrait suprême, qui s'ignore,
Pour un moindre, artificiel.
Il faut que la beauté, vivante, écrite ou peinte
N'ait rien des soucis du chercheur.
Et si la rose avait à composer sa teinte
Elle y perdrait charme et fraîcheur.
Dites-vous, pour chasser la tristesse rebelle,
En ornant de fleurs vos cheveux,
Que, sans peine pour vous, ceux qui vous trouvent belle
Sauront le dire à nos neveux.
Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire
❧
Pour prolonger la lecture
Choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Autre
"La cour se fleurit de souci"
Condition humaine
Désespoir
Lumière
Les chères mains qui furent miennes
"Toutes petites, toutes belles,"
Amour
Condition humaine
Lumière
À une mendiante rousse
"Blanche fille aux cheveux roux,"
Baiser
Beauté
Condition humaine
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d'émotions, d'époque et de mouvement
- XIXe siècle
- Symbolisme
- Vers libres
- Lyrique
- Mélancolie
- Beauté
- Condition humaine
❧