Charles Le Goffic
Poèmes de Charles Le Goffic (70)
Classés par titre (A–Z).
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À la mémoire de ma mèreVois. Un ciel cuivré d'automne Et, sous ce ciel presque roux, Un bois léthargique et doux, Des fleurs, et la mer bretonne. Les fleurs vont mourir ; le bois Est gardé par une fée. Mais une plainte…
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À la Vallée-aux-LoupsVallée-aux-Loups, frais ermitage Qu'élut un jour Chateaubriand, Son grand cœur est resté l'otage De ton décor simple et riant. Sous les tulles des soirs d'octobre, Par les clairs matins orangés, Il…
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AlésiaÀ lutter contre toi d'où vient que je m'obstine, Ô sang celte qui bats en ma veine latine, Si, pour rendre à ton flot sa native âcreté, Il m'a suffi de voir au fond du crépuscule, Comme au fond d'un…
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Anne-MarieElle est née un joli dimanche de printemps. Son père qui croyait en Dieu, comme au bon temps, Et sa mère, cœur simple et plein de rêverie, Pieusement l'avaient nommée Anne-Marie, Du nom, choisi par…
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AnthéorAu cap d'Eze, A la Lodola, Qu'on était bien aise ! Qu'on était bien là ! Vintimille Aux citrons dorés, Plage de famille Et prix modérés. Bordighère, Ospedaletti, Je vous vis naguère Blancs de…
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Ariette dauphinoiseDe Montmaure à Lus, Dans l'ombre, à toute heure, On dirait que pleure Un glas lent, un glas... Mais, au Vapellas, Mon cœur, comme en rêve, Croit ouïr sans trêve Un clair angélus. — Quel est ce rébus…
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Ar Roc'h AllazEn français : Près des Vieux-Étangs il y a une roche bleue, — Une roche bleue et ronde appelée la Pierre de l'Hélas. Et, sur cette roche-là, qui se repose un moment — En reste pour toute sa vie…
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À une NormandeAdieu, mon joli cœur de rêve ! Souvenez-vous du Val-André Et de l'heure exquise et trop brève Où le soir mourait sur la grève Comme un andante de Fauré. D'où veniez-vous, mon gentil page ? De…
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BouquetÀ Paimpol, un soir, tandis que la lune Éveillait au large un chant de marin, Nous avons tous deux cueilli sur la dune Ces touffes de menthe et de romarin. Et ces œillets-ci, c'est un soir, à Gâvre,…
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Bretonne de ParisHélas ! tu n'es plus une paysanne ; Le mal des cités a pâli ton front, Mais tu peux aller de Paimpol à Vanne, Les gens du pays te reconnaîtront. Car ton corps n'a point de grâces serviles ; Tu n'as…
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Chanson PaimpolaiseLes marins ont dit aux oiseaux de mer : Nous allons bientôt partir pour l'Islande, Quand le vent du Nord sera moins amer Et quand le printemps fleurira la lande. » Et les bons oiseaux leur ont…
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ConfidenceJe t'apporte un cœur bien las. Ne me dis plus que tu m'aimes ; Une autre m'a dit, hélas ! Les mêmes choses, les mêmes. C'était avec ses yeux d'or L'enfant la plus ingénue. Nous nous aimerions encor,…
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Conseils à une belle nonchalanteSans qu'il t'en coûte rien, Lucy, Que l'humble dépense d'un geste, Veux-tu dans ta demeure agreste Couler des jours francs de souci ? Chaque matin, à la seconde Où le soleil, tel un marchand, Ouvre…
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Couchant mystiqueOn entendait chanter d'invisibles psallettes. La mer montait. Des feux luisaient sur les coteaux. À l'horizon, baigné de vapeurs violettes, Le soir d'automne ouvrait ses yeux sacerdotaux. Et raidis…
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DédicaceMaître très cher, s'il vous plaît, Écoutez ma patenôtre. Voici ma « Payse » : elle est Bien peu digne de la vôtre. Celle que chantaient vos vers Eut les forêts pour marraines Et gardait dans ses yeux…
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DestinViens au soleil, mon doux ami : console-toi. Efface de tes yeux la lune acariâtre. Il fallait que la foudre incendiât le toit Et que le vent soufflât sur l'atre. Les clos d'Alésia ne sont-ils plus en…
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En partanceViens-t'en nous aimer ailleurs, N'importe où, mais loin des villes ; Viens-t'en sous des deux meilleurs. Ici les âmes sont viles, Ici le vent est chargé De conseils bas et serviles ; Ici j'ai le cœur…
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ÉpithalameHyménée, ô joie, hymen, hyménée ! La nuit de mon cœur s'est illuminée. Et ce fut d'abord, d'abord en mon cœur, Des hymnes confus qui chantaient en chœur. Ils chantaient la vie et l'amour de vivre, Le…
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ÉvocationPour évoquer les jours défunts Il m'a suffi de quelques roses : J'ai respiré dans leurs parfums Tes lèvres closes. Je sais des jasmins d'occident Aussi veloutés que ta gorge ; Tes cheveux blonds sont…
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Feux d'écobueQuand je mourrai, que ce soit chez vous, ma Bretagne Que ce soit à l'automne, un soir comme ce soir, Où vos feux d'écobue étoilent la campagne Et font d'elle un immense et mystique encensoir ! Leur…
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Là-basLes Bretonnes au cœur tendre Pleurent au bord de la mer ; Les Bretons au cœur amer Sont trop loin pour les entendre. Mais vienne Pâque ou Noël, Les Bretons et les Bretonnes Se retrouvent près des…
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La chanson de MarguerittePour bercer son sommeil mystique de Bretonne, Au fond du petit lit où l'on se pelotonne, Je lui chante à mi-voix les chansons de jadis, Viviane aux yeux pers, Merlin ou le Roi d'Ys, Qu'étreignait un…
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La complainte de l'Âme BretonneSur la lande et dans les taillis, Cueillez l'ajonc et la bruyère, Doux compagnons à l'âme fière, Ô jeunes gens de mon pays ! * * * * * * Quand du sein de la mer profonde, Comme un alcyon dans son…
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La dernière idylleLUI Qui donc es-tu, toi qui ressembles à ma vie Et dont les yeux ont l'air de soleils avortés ? Dans le val de Tristesse où mes pas t'ont suivie, Tes soupirs et les miens ne se sont pas quittés. ELLE…
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L'affûtI Le marais dort, crispé d'un gel tardif. Au loin, Dans la brume qui s'épaissit et se dilate Tour à tour, la Sologne étend sa glèbe plate... Nous sommes là depuis une heure, l'arme au poing. Et tout…
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La fleurJ'ai vécu. Ce n'est pas que la mort m'épouvante. Mais en sondant mon cœur j'ai vu qu'à ses parois La fleur de poésie était toujours vivante, Dieu bon ! et que jamais sur sa tige mouvante N'avaient…
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L'AlgeirasJe vous envoie une branche De cet ajonc grêle et ras Qu'ici l'on nomme algeiras, Dont la fleur est presque blanche. Plante ingrate au teint roussi Par l'ardente canicule, Chez nous le vent la…
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LassitudePuisque le hasard m'y ramène, Pour mon malheur ou pour mon bien, Je veux que tu saches combien Ma maîtresse fut inhumaine. Pour l'oublier, j'ai tour à tour Tenté de noyer dans l'ivresse. Avec mon…
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Le bandeau noirC'est un pays battu des vents, mordu des lames, Où des vols d'échassiers tournent dans le ciel gris, Cependant que, la gaffe au poing, guettant le bris, Droites sur l'horizon, veillent d'étranges…
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Le cœur en dériveSalaün chantait sous les deux dolents : — Las de son stérile et morne veuvage, Mon cœur est parti sur la mer sauvage Avec les pluviers et les goélands. « Prends garde ! » disaient les pluviers…
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Le manoirMon cœur est un manoir croulant et solitaire, Un vieux manoir perdu de l'antique Occident Entre qui veut ! Le vent, la brume et le mystère Par ses corridors vont rôdant. Ils sont chez eux dans ce…
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L'enlèvement pour rireAinsi c'est vous que l'on marie Au mois prochain ? Qui donc épousez-vous, Marie ? Chose ou Machin ? Chose ou Machin, il ne m'importe. La vérité, C'est que je suis mis à la porte En plein été. Oui,…
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Le passantL'amour ne chante pas ; il ne sourit jamais, Ni le matin, quand l'aube argente les sommets, Ni quand l'ombre, le soir, s'épanche des collines, Ni quand le rouge été flamboie à son midi Et du…
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Le premier soirCe premier soir, pourquoi, pourquoi M'avais-tu dit, tout abattue, Qu'avant de te donner à moi Un autre que moi t'avait eue ? Et comment, comment, ce soir-là. Faut-il que seul je me souvienne Comment…
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Le rossignolToi qui vas, par la grise Armor, Maudissant l'amour et ses fièvres, Les violettes de la mort Fleuriront bientôt sur tes lèvres. Encore une heure, encore un pas, Et ce sera la bonne halte : Au fond du…
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Le serment d'Hoël IVComme je n'ai pu vous celer Le vieux péché qui me harcèle, Ô mon âme, vous faites celle Qui ne veut pas se consoler. Et vous dites : « La bête immonde Va revenir dans un moment Et gâtera tout le…
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Les peupliers de KeranrouxLe soir a tendu de sa brume La première étoile s'allume : Viens-t'en voir les peupliers roux. Fouettés des vents, battus des grêles, Et toujours sveltes cependant, Ils lèvent leurs colonnes grêles…
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Les sept innocents de PleumeurAssis au bord de la grand'route, Les septs innocents de Pleumeur Ne savent pas qu'on les écoute. Dans leurs prunelles convulsées Un restant de jour tremble et meurt, Et l'ombre tisse leurs pensées.…
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Les trois matelots de GroixC'étaient trois matelots de Groix. Ils étaient partis tous les trois Pêcher la sole : Les pauvres garçons n'avaient pas Plus de sextant que de compas Et de boussole. — Ah ! disait l'un, voici l'hiver…
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Les violiersNe retire pas ta douce main frêle ; Laisse sur mes doigts tes doigts familiers : On entend là-bas une tourterelle Gémir sourdement dans les violiers. Si près de la mer que l'embrun les couvre Et fane…
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Lever d'aubeL'horloge a tinté quatre fois. Qu'est-ce donc, ces folles risées ? Comme un cygne aux ailes rosées, L'aurore glisse au ras des bois. Ce sont les filles de Pont-Croix Qui caquettent à leurs croisées.…
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Lits-closVous m'avez montré dans votre antichambre, Luxueux fouillis d'objets d'entrepôt, Un grand lit de Scaër aux tons de vieil ambre, Mué par votre art en porte-chapeau. Mais les lits sculptés de…
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Madrigal d'hiverIl neige à nos vitres glacées ; Mais viens ! Durant les mauvais mois, Les âmes des fleurs trépassées Habitent encore dans les bois. L'air s'imprègne d'odeurs plus douces. Voici le lilas et voici,…
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MarivôneI Avec ses coiffes de batiste, Qui passe sa vie à rêver. Marivônic, Dieu vous assiste Dans l'avenir et le présent ! Marivônic, Dieu vous assiste Votre regard paraît si triste ! Marivônic s'en va…
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MemorandaLes jours lumineux de nos fiançailles, Les beaux jours que rien n'est venu ternir, Mon cœur, ô mon cœur, comme tu tressailles À leur souvenir ! Ô la triste vie, ô la vie amère, Comme j'ai souffert…
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NocturneLaisse tes yeux s'emplir des prestiges nocturnes ; Attends à ton balcon, gouache d'un fin croissant, Que la noire alchimiste ait versé dans leurs urnes, Goutte à goutte, son élixir phosphorescent. Tu…
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Noël à bordNous avions relâché la veille à Ploumanac'h. Aucun de nous n'avait consulté l'almanach Et nous ne savions pas que Noël était proche. Il ventait doux. Le ciel était comme un jardin, Tant il y…
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Noël de mendiantsSalut et joie à ceux d'ici ! Congédiez votre souci, Maîtres, serviteurs et servantes. Femmes, c'est assez de travaux ; Pendez au mur les écheveaux De laine et de chanvre nouveaux ; Arrêtez-vous, ô…
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Notre-Dame de Penmarc'hChaque année, à Noël, on prétend que la Vierge Mystérieusement quitte son beau ciel d'or, Et, pour rendre visite aux chrétiens de l'Arvor, Troque son manteau bleu contre un surcot de serge. Au…
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NovembreJe suis revenu seul par Landrellec. Voici Qu'au soir tombant l'ajonc s'est encore épaissi Et qu'à force d'errer dans le vent et la brume, Si tard, sous ce ciel bas fouetté d'une âpre écume, Et…
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Papillons de merOn les voit s'en venir en bandes, À la prime aube, tout le long, Le long des palus et des landes, Glissant de-ci, de-là, selon Leur humeur folâtre et changeante. Et tout bleus dans le matin blond. Ô…
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Pleine nuitTandis que la Nuit monte ainsi qu'une marée Sur les grèves du ciel silencieusement, Emplis tes yeux profonds de sa splendeur sacrée Et ton cœur orageux de son apaisement Déjà, comme une nef, le…
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Premiers doutesJolis rayons d'aube, entrez dans mon âme : Elle a tant besoin de revoir le jour ! — Sait-on ce qui dort dans des yeux de femme, Si c'est la colère ou si c'est l'amour ? Ô rayons jolis, sous votre…
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Prière à VivianeQuand tu m'es apparue au seuil de mon enfance, Avec tes cheveux d'or et ton geste ingénu, Déesse, il m'eût semblé que c'était une offense D'effleurer du regard le bout de ton pied nu. Mais ta voix…
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Printemps de BretagneUne aube de douceur s'éveille sur la lande : Le printemps de Bretagne a fleuri les talus. Les cloches de Ker-Is l'ont dit jusqu'en Islande Aux pâles « En-Allés » qui ne reviendront plus. Nous aussi…
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RecluseHélas ! Pourquoi nos cœurs se sont-ils détrompés ? Vos cheveux blonds, voilà qu'on vous les a coupés ; Votre bouche est pareille aux roses défleuries, Et vos yeux, vos yeux froids comme des…
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Romance sans parolesFraîche et rieuse et virginale, Vous m'apparûtes à Coatmer, Blanche dans la pourpre automnale Du soleil couchant sur la mer. Et la mer chantait à voix tendre Et, des terrasses du ciel gris, Le soir…
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RondesI Tes pieds sont las de leurs courses. Voici le temps des regrets. L'automne a troublé les sources Et dévêtu les forêts. Toutes les fleurs que tu cueilles Meurent dans tes doigts perclus. Comme elles…
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SérénadeAllez, mes vers, de branche en branche, Vers la dame des Trawiéro, Qu'on reconnaît à sa main blanche Comme la moelle du sureau. Elle est assise à sa croisée, Devant la digue des Etangs : Vous lui…
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SommeilEt tu m'as dit : Pourquoi revenir sur ces choses ? Le golfe aux blanches eaux rit sous le soleil blond. Il fait si doux de vivre au bord des grèves roses ! Un tel apaisement coule du ciel profond !…
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Son âge, son pays, son nomElle aura dix-huit ans le jour, Le jour de la fête votive Du bienheureux monsieur saint Yve, Patron des juges sans détour ; Elle est née en pays de lande, À Lomikel, où débarqua Dans une belle auge…
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Sur la beigneNous sommes partis ce matin, Sans savoir où, pédétentin, Au diable ! J'en étais moi-même effaré, Tant la route avait un air e- ffroyable ! Des flaques, de la boue, et puis Un ciel noirâtre comme un…
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Sur la duneCouchants marins, orgueil des ciels occidentaux ! Pour mieux voir s'exalter leur lumière engloutie, Viens sur la dune à l'heure où rentrent les bateaux Et regarde le soleil d'août, sanglante hostie.…
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Sur un livre BretonTel que ces fines cassolettes Des bazars de Smyrne et d'Oran, Où court en minces bandelettes Une sourate du Coran : Du sachet vidé sur la flamme Montent des parfums floconneux, Subtils et pervers…
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Triolets à ma miePuisque je sais que vous m'aimez, Je n'ai pas besoin d'autre chose. Mes maux seront bientôt calmés, Puisque je sais que vous m'aimez Et que j'aurai les yeux fermés Par vos doigts de lys et de rose.…
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Triptyque (1)Sur la route de l'île-Grande. Octobre est venu : Une route droite, Qui file et miroite Sur un plateau nu ; De grises nuées, Vers Crec'h-Daniel, Traînant dans le ciel, Comme exténuées ; À l'angle d'un…
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Triptyque (2)L'Arrhée parle. Ces croupes que fouaille Un vent forcené, Ce sont les Mené De la Cornouaille. Clameurs, bonds d'effroi. Tout en eux m'agrée : Car je suis l'Arrhée, Leur pâtre et leur roi. Sur leur…
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Triptyque (3)Le calvaire. Las d'errer sans guide, Depuis le Roudou, Dans ce matin d'août Brumeux et languide, Nous nous allongeons Au pied d'un Christ hâve, Pointant, morne épave. D'une mer d'ajoncs. Mais cette…
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VisionComme elle a le cœur épris De la tristesse des grèves, Je crois souvent dans mes rêves Qu'elle n'est plus à Paris. Je lui vois la coiffe blanche Et le Justin lamé d'or Dont les filles du Trégor Se…
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Vos yeuxJe compare vos yeux à ces claires fontaines Où les astres d'argent et les étoiles d'or Font miroiter, la nuit, des flammes incertaines. Vienne à glisser le vent sur leur onde qui dort, Il faut que…
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