Charles-Augustin Sainte-Beuve
Poèmes de Charles-Augustin Sainte-Beuve (56)
Classés par titre (A–Z).
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À Alfred de MussetIl n'est pas mort, Ami, ce poète en mon âme ; Il n'est pas mort, Ami, tu le dis, je le crois. II ne dort pas, il veille, étincelle sans flamme ; La flamme, je l'étouffe, et je retiens ma voix. Que…
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À Alfred de VignyAutour de vous, Ami, s'amoncelle l'orage : La jalousie éteinte a rallumé sa rage, Et, vous voyant tenter la scène et l'envahir, Ils se sont à l'envi remis à vous haïr. Honneur à vous ! De peur qu'un…
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À BoulangerAmi, ton dire est vrai ; les peintres dont l'honneur Luit en tableaux sans nombre aux vieilles galeries, S'occupaient assez peu des hautes théories, Et savaient mal de l'art le côté raisonneur ;…
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À David d'Angersx (Sur une statue d'enfant.) L'enfant ayant aperçu (À l'insu De sa mère, à peine absente) Pendant au premier rameau De l'ormeau Une grappe mûrissante ; L'enfant, à trois ans venu, Fort et nu, Qui…
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À deux absentsCouple heureux et brillant, vous qui m'avez admis Dès longtemps comme un hôte à vos foyers amis, Qui m'avez laissé voir, en votre destinée Triomphante, et d'éclat partout environnée, Le cours…
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À Francfort-sur-le-MeinÀ Francfort-sur-le-Mein l'on entre, et l'on s'étonne De ne voir qu'élégance, éclat, faste emprunté : Ô Francfort, qu'as-tu fait de ta vieille beauté ? Marraine des Césars, où donc est ta couronne ?…
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À Madame ***Madame, il est donc vrai, vous n'avez pas voulu, Vous n'avez pas voulu comprendre mon doux rêve ; Votre voix m'a glacé d'une parole brève, Et vos regards distraits dans mes yeux ont mal lu. Madame,…
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À Madame la D. De RPartez, puisqu'un départ est nécessaire encore, Puisque la guérison, que notre France ignore, Vous rappelle en Bohême au murmure d'une eau ; Partez, et qu'en chemin la poussière embrasée Sur votre…
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À Madame MQuoi ! vous voulez, par bonté, quelquefois, Pour épargner ma paupière un peu tendre, Un peu lassée, au soir, me faire entendre, Lu par vous-même, un livre de mon choix ! Vous liriez tout, Fauriel et…
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À M. Auguste Le PrévostDans l'île Saint-Louis, le long d'un quai désert, L'autre soir je passais ; le ciel était couvert, Et l'horizon brumeux eût paru noir d'orages, Sans la fraîcheur du vent qui chassait les nuages ; Le…
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À mon ami Émile DeschampsVoici quatre-vingts ans, — plus ou moins, — qu'un curé, On plutôt un vicaire, au comté de Surrey Vivait, chétif et pauvre, et père de famille ; C'était un de ces cœurs dont l'excellence brille Sur le…
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À mon ami Leroux« Ma barque est tout-à-l'heure aux bornes de la vie ; Le ciel devient plus sombre et le flot plus dormant ; Je touche aux bords où vont chercher leur jugement Celui qui marche droit et celui qui…
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À mon ami Ulric GuttinguerDepuis que de mon Dieu la bonté paternelle Baigna mon cœur enfant de tendresse et de pleurs, Alluma le désir au fond de ma prunelle, Et me ceignit le front de pudiques couleurs ; Et qu'il me dit…
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À mon ami Victor HugoEntends-tu ce long bruit doux comme une harmonie, Ce cri qu'à l'univers arrache le génie Trop longtemps combattu, Cri tout d'un coup sorti de la foule muette, Et qui porte à la gloire un nom de grand…
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À mon cher MarmierVite me quittant pour Elle, Le jeune enfant qu'elle appelle Proche son sein se plaça. Elle prit sa tête blonde, Serra sa bouchette ronde, Ô malheur ! et l'embrassa. Et lui, comme un ami tendre,…
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À M. Roger d'A— Un rayon, un rayon venant je ne sais d'où, Rideaux, volets fermés, dans une chambre close. Près du berceau vermeil d'un enfant qui repose, Un oblique rayon trouvant jour au verrou, Et passant comme…
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À M. ViguierAu temps des Empereurs, quand les Dieux adultères, Impuissants à garder leur culte et leurs mystères, Pâlissaient, se taisaient sur l'autel ébranlé Devant le Dieu nouveau dont on avait parlé, En ces…
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À Ronsard(Pour un ami qui publiait une édition de ce poète.) À toi, Ronsard, à toi, qu'un sort injurieux Depuis deux siècles livre aux mépris de l'histoire, J'élève de mes mains l'autel expiatoire Qui te…
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À Victor HugoAmi, d'où nous viens-tu, tremblant, pâle, effaré, Tes blonds cheveux épars et d'un blond plus doré, Comme ceux que Rubens et Rembrandt à leurs anges Sonnent en leurs tableaux par des teintes étranges…
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À Victor Hugo (II)Votre génie est grand, Ami ; votre penser Monte, comme Élysée, au char vivant d'Élie ; Nous sommes devant vous comme un roseau qui plie ; Votre souffle en passant pourrait nous renverser. Mais vous…
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Causerie au balÀ Madame ***. Et je vous ai revue, et d'espérance avide J'ai rougi ; près de vous un fauteuil était vide ; Et votre œil sans courroux sur moi s'est reposé, Et je me suis assis, et nous avons causé :…
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C'est un beau soir paisibleC'est un beau soir, un soir paisible et solennel, À la fin du saint jour, la Nature en prière Se tait, comme Marie à genoux sur la pierre, Qui tremblante et muette écoutait Gabriel : La mer dort ; le…
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Chacun en sa beautéChacun en sa beauté vante ce qui le touche, L'amant voit des attraits où n'en voit point l'époux ; Mais que d'autres, narguant les sarcasmes jaloux, Vantent un poil follet au-dessus d'une bouche ;…
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Dans ce cabriolet de placeL'homme qui me conduit, qui n'est plus que machine Hideux, à barbe épaisse, à longs cheveux collés : Vice et vin et sommeil chargent ses yeux soûlés. Comment l'homme peut-il ainsi tomber ?…
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En ces heures que le plaisir abrègeEn ces heures souvent que le plaisir abrège, Causant d'un livre à lire et des romans nouveaux, Ou me parlant déjà de mes prochains travaux, Suspendue à mon cou, tu me dis : Comprendrai-je ? Et, ta…
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Enfant, je m'étais ditEnfant, je m'étais dit et souvent répété : « Jamais, jamais d'amour ; c'est assez de la gloire ; En des siècles sans nombre étendons ma mémoire, Et semons ici-bas pour l'immortalité. » Plus tard je…
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La cabane du HighlanderElle est bâtie en terre, et la sauvage fleur Orne un faite croulant ; toiture mal fermée, Il en sort, le matin, une lente fumée, (Voyez) belle au soleil, blanche et torse en vapeur ! Le clair…
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La contredanseÀ une Demoiselle infortunée. Après dix ans passés, enfin je vous revois ; Après dix ans ! c'est vous ; au bal, comme autrefois ; Oh ! venez et dansons ; vous êtes belle encore ; Un riche et blanc…
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La plaineÀ mon ami Antoni D****. Après la moisson faite et tous les blés rentrés, Quand depuis plus d'un mois les champs sont labourés, Qu'il gèlera demain, et qu'une fois encore L'Automne, du plus haut des…
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L'autre nuit, je veillais dans mon litEt la verve en mon sein à flots silencieux S'amassait, quand soudain, frappant du pied les cieux, L'éclair, comme un coursier à la pâle crinière, Passa ; la foudre en char retentissait derrière, Et…
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La veilléeÀ mon ami Victor Hugo. Mon ami, vous voilà père d'un nouveau-né ; C'est un garçon encor : le Ciel vous l'a donné Beau, frais, souriant d'aise à cette vie amère ; À peine il a coûté quelque plainte à…
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La voilà, pauvre mère, à Paris arrivéeAvec ses deux enfants, sa fidèle couvée ! Veuve, et chaste, et sévère, et toute au deuil pieux, Elle les a, seize ans, élevés sous ses yeux En province, en sa ville immense et solitaire, Déserte à…
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Le calmeMa muse dort comme une marmotte de mon pays... Comme il vous plaira , ma verve ; ce qu'il y a de sûr, C'est que je ne ferai rien sans vous. Jean-François Ducis. Souvent un grand désir de choses…
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Le château de BothwellDans les tours de Bothwell, prisonnier autrefois, Plus d'un brave oubliait (tant cette Clyde est belle !) De pleurer son malheur et sa cause fidèle. Moi-même, en d'autres temps, je vins là ; — Je…
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Le dernier vœu« Vous le savez, j'ai le malheur de ne pouvoir être jeune. » Étienne Pivert de Senancour, Obermann. Vierge longtemps rêvée, amante, épouse, amie. Charmant fantôme, à qui mon enfance endormie Dut son…
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Le silenceJe ne suis pas de ceux pour qui les causeries, Au coin du feu, l'hiver, ont de grandes douceurs ; Car j'ai pour tous voisins d'intrépides chasseurs Rêvant de chiens dressés, de meutes aguerries, Et…
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Le soir de la jeunesseÀ mon ami ***. Oui, vous avez franchi la jeunesse brûlante ; Vous avez passé l'âge où chaque heure est trop lente, Où, tout rêvant, on court le front dans l'avenir, Et déjà s'ouvre à vous l'âge du…
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Le songeQuand autrefois dans cette arène, Où tout mortel suit son chemin, En coureur que la gloire entraîne, Je m'élançais, l'âme sereine, Un flambeau brillant à la main ; Des Muses belliqueux élève, Quand…
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Les passions, la guerreLes passions, la guerre ; une âme en frénésie, Qu'un éclatant forfait renverse du devoir ; Du sang ; des rois bannis, misérables à voir ; Ce n'est pas là-dedans qu'est toute poésie. De soins plus…
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Les rayons jaunesLes dimanches d'été, le soir, vers les six heures, Quand le peuple empressé déserte ses demeures Et va s'ébattre aux champs, Ma persienne fermée, assis à ma fenêtre, Je regarde d'en haut passer et…
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Non, je ne suis pas gaieSonnet à Madame G. « Non, je ne suis pas gaie en mes fuites volages. Autant qu'on croirait bien, disait-elle en jouant ; Je sens aussi ma peine, et pleurerais souvent ; Mais c'est que dans l'esprit…
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Ne ris point des sonnetsNe ris point des sonnets, ô critique moqueur ! Par amour autrefois en fit le grand Shakespeare ; C'est sur ce luth heureux que Pétrarque soupire, Et que le Tasse aux fers soulage un peu son cœur.…
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Oh ! que la vie est longueÀ Madame Victor Hugo. Notre bonheur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé. Jean-François Ducis. Oh ! que la vie est longue aux longs jours de l'été, Et que le temps y pèse à mon cœur attristé !…
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Ô laissez-vous aimerÀ Madame ***. Ô laissez-vous aimer !... ce n'est pas un retour, Ce n'est pas un aveu que mon ardeur réclame ; Ce n'est pas de verser mon âme dans votre âme, Ni de vous enivrer des langueurs de…
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Pensée d'aoûtAssis sur le versant des coteaux modérés D'où l'œil domine l'Oise et s'étend sur les prés ; Avant le soir, après la chaleur trop brûlante, À cette heure d'été déjà plus tiède et lente ; Au doux…
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Pour un amiQue de fois, près d'Oxford, en ce vallon charmant, Ou l'on voit fuir sans fin des collines boisées Des bruyères couper des plaines arrosées, La rivière qui passe et le vivier dormant, Pauvre étranger…
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Pour un ami (II)(La veille de la publication d'un premier ouvrage.) C'est demain, c'est demain qu'on lance, Qu'on lance mon navire aux flots ; L'onde en l'appelant se balance Devant la proue ; amis, silence ! Ne…
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Premier amourPrintemps, que me veux-tu ? pourquoi ce doux sourire, Ces fleurs dans tes cheveux et ces boutons naissants ? Pourquoi dans les bosquets cette voix qui soupire, Et du soleil d'avril ces rayons…
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Quand l'avenir pour moi n'a pas une espéranceQuand pour moi le passé n'a pas un souvenir, Où puisse, dans son vol qu'elle a peine à finir, Un instant se poser mon âme en défaillance ; Quand un jour pur jamais n'a lui sur mon enfance, Et qu'à…
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Quand le Poète en pleursQuand le Poète en pleurs, à la main une lyre, Poursuivant les beautés dont son cœur est épris, À travers les rochers, les monts, les prés fleuris Les nuages, les vents, mystérieux empire, S'élance,…
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Reposez-vous et remerciez(Au sommet du Glenroe *). Ayant monté longtemps d'un pas lourd et pesant Les rampes, au sommet désiré du voyage, Près du chemin gravi, bordé de fin herbage, Oh ! qui n'aime à tomber d'un cœur…
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RomeÀ Madame de Staël. Au sein de Parthénope as-tu goûté la vie ? Dans le tombeau du monde apprenons à mourir ! Sur cette terre en vain, splendidement servie, Le même astre immortel règne sans se couvrir…
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Sainte Thérèse à Jésus crucifiéCe qui m'excite à t'aimer, ô mon Dieu, Ce n'est pas l'heureux ciel que mon espoir devance, Ce qui m'excite à t'épargner l'offense, Ce n'est pas l'enfer sombre et l'horreur de son feu ! C'est toi, mon…
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Une jeune femme au bainÀ Madame Récamier. (Sur un portrait de Gérard.) Dans ce frais pavillon de marbre et de verdure, Quand le flot naturel avec art détourné, Pour former un doux lac, vient baiser sans murmure Le pourtour…
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Un grand chemin ouvertÀ travers vos moissons ; tout le jour, au soleil Poudreuse ; dont le bruit vous ôte le sommeil ; Où la rosée en pleurs n'a jamais une goutte ; — Gloire, à travers la vie, ainsi je te redoute. Oh !…
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Vous avez jeunesse avec beautéSonnet à madame L. Un esprit délicat cher au cœur du Poète, Un noble esprit viril, qui, portant haut la tête, Au plus fort de l'orage a toujours résisté ; Aujourd'hui vous avez, sous un toit écarté,…
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