Théophile Gautier
Poèmes de Théophile Gautier (184)
Classés par titre (A–Z).
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AbsenceReviens, reviens, ma bien-aimée ! Comme une fleur loin du soleil, La fleur de ma vie est fermée Loin de ton sourire vermeil. Entre nos cœurs tant de distance ! Tant d'espace entre nos baisers ! Ô…
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À des amis qui partaientVous partez, chers amis ; la bise ride l'onde, Un beau reflet ambré dore le front du jour ; Comme un sein virginal sous un baiser d'amour, La voile sous le vent palpite et se fait ronde. Une écume…
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À deux beaux yeuxVous avez un regard singulier et charmant ; Comme la lune au fond du lac qui la reflète, Votre prunelle, où brille une humide paillette, Au coin de vos doux yeux roule languissamment ; Ils semblent…
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Adieux à la poésieAllons, ange déchu, ferme ton aile rose ; Ôte ta robe blanche et tes beaux rayons d'or ; Il faut, du haut des cieux où tendait ton essor, Filer comme une étoile, et tomber dans la prose. Il faut que…
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Affinités secrètesMadrigal panthéiste. Dans le fronton d'un temple antique, Deux blocs de marbre ont, trois mille ans, Sur le fond bleu du ciel attique Juxtaposé leurs rêves blancs ; Dans la même nacre figées, Larmes…
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À la BidassoaÀ la Bidassoa, près d'entrer en Espagne, Je descendis, voulant regarder la campagne, Et l'île des Faisans, et l'étrange horizon, Pendant qu'on nous timbrait d'un nouvel écusson. Et je vis, en errant…
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Albertus (I)Sur le bord d'un canal profond dont les eaux vertes Dorment, de nénuphars et de bateaux couvertes, Avec ses toits aigus, ses immenses greniers, Ses tours au front d'ardoise où nichent les cigognes,…
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Albertus (II)Confort et far-niente ! - toute une poésie De calme et de bien-être, à donner fantaisie De s'en aller là-bas être Flamand ; d'avoir La pipe culottée et la cruche à fleurs peintes, Le vidrecome large…
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Albertus (IV)Dans ce bourg autrefois vivait, dit la chronique, Une méchante femme ayant nom Véronique ; Chacun la redoutait, et répétait tout bas Qu'on avait entendu des murmures étranges Autour de sa demeure, et…
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Albertus (VII)Cette vieille sorcière habitait une hutte, Accroupie au penchant d'un maigre tertre, en butte L'été comme l'hiver au choc des quatre vents ; - Le chardon aux longs dards, l'ortie et le lierre…
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Albertus (VIII)La limace baveuse argente la muraille Dont la pierre se gerce et dont l'enduit s'éraille, Les lézards verts et gris se logent dans les trous, Et l'on entend le soir sur une note haute Coasser tout…
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Albertus (XLI)Seul un homme debout auprès d'une colonne, Sans que ce grand fracas le dérange ou l'étonne, A la scène oubliée attachant son regard, Dans une extase sainte enivre ses oreilles. De ces accords…
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Albertus (XLIX)Amour ! le seul péché qui vaille qu'on se damne, - En vain dans ses sermons le prêtre te condamne, En vain dans son fauteuil, besicles sur le nez, La maman te dépeint comme un monstre à sa fille ; -…
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Albertus (LX)Un front impérial d'artiste et de poète, Occupant à lui seul la moitié de la tête, Large et plein, se courbant sous l'inspiration, Qui cache en chaque ride avant l'âge creusée Un espoir surhumain,…
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Albertus (LXXII)Malheur, malheur à qui dans cette mer profonde Du coeur de l'homme jette imprudemment la sonde ! Car le plomb bien souvent, au lieu du sable d'or, De coquilles de nacre aux beaux reflets de moire,…
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Albertus (CX)Chauves-souris, hiboux, chouettes, vautours chauves, Grands-ducs, oiseaux de nuit aux yeux flambants et fauves, Monstres de toute espèce et qu'on ne connaît pas, Stryges au bec crochu, Goules,…
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Albertus (CXI)Une flamme jetant une clarté bleuâtre, Comme celle du punch, éclairait le théâtre. - C'était un carrefour dans le milieu d'un bois. Les nécromants en robe et les sorcières nues, A cheval sur leurs…
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Albertus (CXII)Squelettes conservés dans les amphithéâtres, Animaux empaillés, monstres, foetus verdâtres, Tout humides encor de leur bain d'alcool, Culs-de-jatte, pieds-bots, montés sur des limaces, Pendus tirant…
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AmbitionPoète, dans les cœurs mettre un écho sonore, Remuer une foule avec ses passions, Écrire sur l'airain ses moindres actions, Faire luire son nom sur tous ceux qu'on adore ; Courir en quatre pas du…
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ApollonieEcho grec du sacré vallon, Qui, dans sa robuste harmonie, Te baptise soeur d'Apollon. Sur la lyre au plectre d'ivoire, Ce nom splendide et souverain, Beau comme l'amour et la gloire, Prend des…
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Après le balAdieu, puisqu'il le faut ; adieu, belle nuit blanche, Nuit d'argent, plus sereine et plus douce qu'un jour ! Ton page noir est là, qui, le poing sur la hanche, Tient ton cheval en bride et t'attend…
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Après le feuilletonMes colonnes sont alignées Au portique du feuilleton ; Elles supportent résignées Du journal le pesant fronton. Jusqu'à lundi je suis mon maître. Au diable chefs-d'oeuvre mort-nés ! Pour huit jours…
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À travers les soupirs, les plaintes et le râlePoursuivons jusqu'au bout la funèbre spirale De ses détours maudits. Notre guide n'est pas Virgile le poète, La Béatrix vers nous ne penche pas la tête Du fond du paradis. Pour guide nous avons une…
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Au bord de la merLa lune de ses mains distraites A laissé choir, du haut de l'air, Son grand éventail à paillettes Sur le bleu tapis de la mer. Pour le ravoir elle se penche Et tend son beau bras argenté ; Mais…
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À une jeune ItalienneFévrier grelottait blanc de givre et de neige ; La pluie, à flots soudains, fouettait l’angle des toits ; Et déjà tu disais : « Ô mon Dieu ! Quand pourrai-je Aller cueillir enfin la violette au bois…
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À une robe roseQue tu me plais dans cette robe Qui te déshabille si bien, Faisant jaillir ta gorge en globe, Montrant tout nu ton bras païen ! Frêle comme une aile d'abeille, Frais comme un coeur de rose-thé, Son…
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Au sommeilSommeil, fils de la nuit et frère de la mort ; Écoute-moi, Sommeil : lasse de sa veillée, La lune, au fond du ciel, ferme l'œil et s'endort Et son dernier rayon, à travers la feuillée, Comme un…
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Baiser rose, baiser bleuSonnet III. À table, l'autre jour, un réseau de guipure, Comme un filet d'argent sur un marbre jeté, De votre sein, voilant à demi la beauté, Montrait, sous sa blancheur, une blancheur plus pure.…
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BarcarolleDites, la jeune belle ! Où voulez-vous aller ? La voile ouvre son aile, La brise va souffler ! L'aviron est d'ivoire, Le pavillon de moire, Le gouvernail d'or fin ; J'ai pour lest une orange, Pour…
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Bûchers et tombeauxLe squelette était invisible, Au temps heureux de l'Art païen ; L'homme, sous la forme sensible, Content du beau, ne cherchait rien. Pas de cadavre sous la tombe, Spectre hideux de l'être cher, Comme…
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Caerulei oculiUne femme mystérieuse, Dont la beauté trouble mes sens, Se tient debout, silencieuse, Au bord des flots retentissants. Ses yeux, où le ciel se reflète, Mêlent à leur azur amer, Qu'étoile une humide…
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Camélia et PâqueretteOn admire les fleurs de serre Qui loin de leur soleil natal, Comme des joyaux mis sous verre, Brillent sous un ciel de cristal. Sans que les brises les effleurent De leurs baisers mystérieux, Elles…
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CariatidesUn sculpteur m'a prêté l'œuvre de Michel-Ange, La chapelle Sixtine et le grand Jugement ; Je restai stupéfait à ce spectacle étrange Et me sentis ployer sous mon étonnement. Ce sont des corps tordus…
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CarmenCarmen est maigre - un trait de bistre Cerne son oeil de gitana ; Ses cheveux sont d'un noir sinistre ; Sa peau, le diable la tanna. Les femmes disent qu'elle est laide, Mais tous les hommes en sont…
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CauchemarAvec ses nerfs rompus, une main écorchée, Qui marche sans le corps dont elle est arrachée, Crispe ses doigts crochus armés d'ongles de fer Pour me saisir ; des feux pareils aux feux d'enfer Se…
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Ce monde-ci et l'autreVos premières saisons à peine sont écloses, Enfant, et vous avez déjà vu plus de choses Qu'un vieillard qui trébuche au seuil de son tombeau. Tout ce que la nature a de grand et de beau, Tout ce que…
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Ce que disent les hirondellesChanson d'automne. Déjà plus d'une feuille sèche Parsème les gazons jaunis ; Soir et matin, la brise est fraîche, Hélas ! les beaux jours sont finis ! On voit s'ouvrir les fleurs que garde Le jardin,…
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Chant du grillonI Souffle, bise ! Tombe à flots, pluie ! Dans mon palais, tout noir de suie, Je ris de la pluie et du vent ; En attendant que l'hiver fuie, Je reste au coin du feu, rêvant. C'est moi qui suis…
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Cher ange, vous êtes belleÉlégie VII. A faire rêver d'amour, Pour une seule étincelle De votre vive prunelle, Le poète tout un jour. Air naïf de jeune fille, Front uni, veines d'azur, Douce haleine-de vanille, Bouche rosée où…
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ChinoiserieCe n'est pas vous, non, madame, que j'aime, Ni vous non plus, Juliette, ni vous, Ophélia, ni Béatrix, ni même Laure la blonde, avec ses grands yeux doux. Celle que j'aime, à présent, est en Chine ;…
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Choc de cavaliersHier il m'a semblé (sans doute j'étais ivre) Voir sur l'arche d'un pont un choc de cavaliers Tout cuirassés de fer, tout imbriqués de cuivre, Et caparaçonnés de harnais singuliers. Des dragons…
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CompensationIl naît sous le soleil de nobles créatures Unissant ici-bas tout ce qu'on peut rêver, Corps de fer, cœur de flamme, admirables natures. Dieu semble les produire afin de se prouver ; Il prend, pour…
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ConsolationNe sois pas étonné si la foule, ô poète, Dédaigne de gravir ton oeuvre jusqu'au faîte ; La foule est comme l'eau qui fuit les hauts sommets, Où le niveau n'est pas, elle ne vient jamais. Donc, sans…
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ContraltoOn voit dans le Musée antique, Sur un lit de marbre sculpté, Une statue énigmatique D'une inquiétante beauté. Est-ce un jeune homme ? est-ce une femme, Une déesse, ou bien un dieu ? L'amour, ayant…
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Coquetterie posthumeQuand je mourrai, que l'on me mette, Avant de clouer mon cercueil, Un peu de rouge à la pommette, Un peu de noir au bord de l'oeil. Car je veux dans ma bière close, Comme le soir de son aveu, Rester…
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Dans la SierraJ'aime d'un fol amour les monts fiers et sublimes ! Les plantes n'osent pas poser leurs pieds frileux Sur le linceul d'argent qui recouvre leurs cimes ; Le soc s'émousserait à leurs pics anguleux. Ni…
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Dans un baiserDit ses douleurs ; Pour consoler la fleur sauvage L'aube a des pleurs ; Le vent du soir conte sa plainte Au vieux cyprès, La tourterelle au térébinthe Ses longs regrets. Aux flots dormants, quand…
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DédainUne pitié me prend quand à part moi je songe À cette ambition terrible qui nous ronge De faire parmi tous reluire notre nom, De ne voir s'élever par-dessus nous personne, D'avoir vivant encore le…
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Dernier vœuVoilà longtemps que je vous aime : - L'aveu remonte à dix-huit ans ! - Vous êtes rose, je suis blême ; J'ai les hivers, vous les printemps. Des lilas blancs de cimetière Prés de mes tempes ont fleuri…
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DestinéeComme la vie est faite ! Et que le train du monde Nous pousse aveuglément en des chemins divers ! Pareil au Juif maudit, l'un, par tout l'univers, Promène sans repos sa course vagabonde ; L'autre,…
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Diamant du cœurTout amoureux, de sa maîtresse, Sur son coeur ou dans son tiroir, Possède un gage qu'il caresse Aux jours de regret ou d'espoir. L'un d'une chevelure noire, Par un sourire encouragé, A pris une…
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En allant à la Chartreuse de MiraflorèsOui, c'est une montée âpre, longue et poudreuse, Un revers décharné, vrai site de Chartreuse. Les pierres du chemin, qui croulent sous les pieds, Trompent à chaque instant les pas mal appuyés. Pas un…
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ÉtoilesÉtoiles, qui d'en haut voyez valser les mondes, Faites pleuvoir sur moi, de vos paupières blondes, Vos pleurs de diamant ; Lune, lis de la nuit, fleur du divin parterre, Verse-moi tes rayons, ô…
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Fantaisies d'hiverI. Le nez rouge, la face blême, Sur un pupitre de glaçons, L'Hiver exécute son thème Dans le quatuor des saisons. Il chante d'une voix peu sûre Des airs vieillots et chevrotants ; Son pied glacé bat…
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FatuitéJe suis jeune ; la pourpre en mes veines abonde ; Mes cheveux sont de jais et mes regards de feu, Et, sans gravier ni toux, ma poitrine profonde Aspire à pleins poumons l'air du ciel, l'air de Dieu.…
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FuméeLà-bas, sous les arbres s'abrite Une chaumière au dos bossu ; Le toit penche, le mur s'effrite, Le seuil de la porte est moussu. La fenêtre, un volet la bouche ; Mais du taudis, comme au temps froid…
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GhazelDans le bain, sur les dalles, À mon pied négligent J'aime à voir des sandales De cuir jaune et d'argent. En quittant ma baignoire, Il me plaît qu'une noire Fasse mordre à l'ivoire Mes cheveux,…
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In desertoLes pitons des sierras, les dunes du désert, Où ne pousse jamais un seul brin d'herbe vert ; Les monts aux flancs zébrés de tuf, d'ocre et de marne, Et que l'éboulement de jour en jour décharne, Le…
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J'ai dans mon cœurJ'ai dans mon coeur, dont tout voile s'écarte, Deux bancs d'ivoire, une table en cristal, Où sont assis, tenant chacun leur carte, Ton faux amour et mon amour loyal. J'ai dans mon coeur, dans mon…
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J'ai laissé de mon sein de neigeTomber un oeillet rouge à l'eau. Hélas ! comment le reprendrai-je Mouillé par l'onde du ruisseau ? Voilà le courant qui l'entraîne ! Bel oeillet aux vives couleurs, Pourquoi tomber dans la fontaine ?…
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J'ai tout donné pour rienOr çà, la belle fille, Ouvrez cette mantille ! C'est trop de cruauté ; Faites-nous cette joie Que pleinement on voie Toute votre beauté. Apprenez-le, mignonne, Quand le bon Dieu vous donne Un corps…
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Je l'aime d'amour profondÉlégie VI. Nuit et jour, malgré moi, lorsque je suis loin d'elle, A ma pensée ardente un souvenir fidèle La ramène ; — il me semble ouïr sa douce voix Comme le chant lointain d'un oiseau ; je la vois…
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J'étais monté plus hautJ'étais monté plus haut que l'aigle et le nuage ; Sous mes pieds s'étendait un vaste paysage, Cerclé d'un double azur par le ciel et la mer ; Et les crânes pelés des montagnes géantes En foule…
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La bonne journéeCe jour, je l'ai passé ployé sur mon pupitre, Sans jeter une fois l'œil à travers la vitre. Par Apollo ! Cent vers ! Je devrais être las ; On le serait à moins ; mais je ne le suis pas. Je ne sais…
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La bonne soiréeQuel temps de chien ! - il pleut, il neige ; Les cochers, transis sur leur siège, Ont le nez bleu. Par ce vilain soir de décembre, Qu'il ferait bon garder la chambre, Devant son feu ! A l'angle de la…
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La caravaneLa caravane humaine au Sahara du monde, Par ce chemin des ans qui n'a pas de retour, S'en va traînant le pied, brûlée aux feux du jour, Et buvant sur ses bras la sueur qui l'inonde. Le grand lion…
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La chimèreUne jeune chimère, aux lèvres de ma coupe, Dans l'orgie, a donné le baiser le plus doux Elle avait les yeux verts, et jusque sur sa croupe Ondoyait en torrent l'or de ses cheveux roux. Des ailes…
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La demoiselleSur la bruyère arrosée De rosée ; Sur le buisson d'églantier ; Sur les ombreuses futaies ; Sur les haies Croissant au bord du sentier ; Sur la modeste et petite Marguerite, Qui penche son front…
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La dernière feuilleDans la forêt chauve et rouillée Il ne reste plus au rameau Qu'une pauvre feuille oubliée, Rien qu'une feuille et qu'un oiseau. Il ne reste plus dans mon âme Qu'un seul amour pour y chanter, Mais le…
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La DivaOn donnait à Favart Mosé. Tamburini, Le basso cantante, le ténor Rubini, Devaient jouer tous deux dans la pièce ; et la salle Quand on l'eût élargie et faite colossale, Grande comme Saint-Charle ou…
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La fellahCaprice d'un pinceau fantasque Et d'un impérial loisir, Votre fellah, sphinx qui se masque, Propose une énigme au désir. C'est une mode bien austère Que ce masque et cet habit long, Elle intrigue par…
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La fleur qui fait le printempsLes marronniers de la terrasse Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean, La villa d'où la vue embrasse Tant de monts bleus coiffés d'argent. La feuille, hier encor pliée Dans son étroit corset d'hiver, Met…
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La fontaine du cimetièreA la morne Chartreuse, entre des murs de pierre, En place de jardin l'on voit un cimetière, Un cimetière nu comme un sillon fauché, Sans croix, sans monument, sans tertre qui se hausse : L'oubli…
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La jeune filleBrune à la taille svelte, aux grands yeux noirs, brillants, À la lèvre rieuse, aux gestes sémillants, Blonde aux yeux bleus rêveurs, à la peau rose et blanche, La jeune fille plaît : ou réservée ou…
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La lune« Que fais-tu sur l'horizon ? Il est bien tard, à la brune, Pour sortir de sa maison. L'honnête femme, à cette heure, Défile son chapelet, Couche son enfant qui pleure, Et met la barre au volet. Le…
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La mansardeSur les tuiles où se hasarde Le chat guettant l'oiseau qui boit, De mon balcon une mansarde Entre deux tuyaux s'aperçoit. Pour la parer d'un faux bien-être, Si je mentais comme un auteur, Je pourrais…
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LamentoConnaissez-vous la blanche tombe Où flotte avec un son plaintif L'ombre d'un if ? Sur l'if, une pâle colombe, Triste et seule, au soleil couchant, Chante son chant. Un air maladivement tendre, A la…
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Lamento (2)Ma belle amie est morte : Je pleurerai toujours ; Sous la tombe elle emporte Mon âme et mes amours. Dans le ciel, sans m'attendre, Elle s'en retourna ; L'ange qui l'emmena Ne voulut pas me prendre.…
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La montreDeux fois je regarde ma montre, Et deux fois à mes yeux distraits L'aiguille au même endroit se montre ; Il est une heure... une heure après. La figure de la pendule En rit dans le salon voisin, Et…
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La mortLa mort est multiforme, elle change de masque Et d'habit plus souvent qu'une actrice fantasque ; Elle sait se farder, Et ce n'est pas toujours cette maigre carcasse, Qui vous montre les dents et vous…
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La nueA l'horizon monte une nue, Sculptant sa forme dans l'azur : On dirait une vierge nue Emergeant d'un lac au flot pur. Debout dans sa conque nacrée, Elle vogue sur le bleu clair, Comme une Aphrodite…
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La petite fleur roseDu haut de la montagne, Près de Guadarrama, On découvre l'Espagne Comme un panorama. A l'horizon sans borne Le grave Escurial Lève son dôme morne, Noir de l'ennui royal ; Et l'on voit dans l'estompe…
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La rose-théLa plus délicate des roses Son bouton aux feuilles mi-closes De carmin à peine est teinté. On dirait une rose blanche Qu'aurait fait rougir de pudeur, En la lutinant sur la branche, Un papillon trop…
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L'artOui, l'oeuvre sort plus belle D'une forme au travail Rebelle, Vers, marbre, onyx, émail. Point de contraintes fausses ! Mais que pour marcher droit Tu chausses, Muse, un cothurne étroit. Fi du rythme…
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La sourceTout près du lac filtre une source, Entre deux pierres, dans un coin ; Allègrement l'eau prend sa course Comme pour s'en aller bien loin. Elle murmure : Oh ! quelle joie ! Sous la terre il faisait si…
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La spirale sans finLa spirale sans fin dans le vide s'enfonce ; Tout autour, n'attendant qu'une fausse réponse Pour vous pomper le sang, Sur leurs grands piédestaux semés d'hiéroglyphes, Des sphinx aux seins pointus,…
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L'aveugleUn aveugle au coin d'une borne, Hagard comme au jour un hibou, Sur son flageolet, d'un air morne, Tâtonne en se trompant de trou, Et joue un ancien vaudeville Qu'il fausse imperturbablement ; Son…
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La Vierge de TolèdeOn vénère à Tolède une image de Vierge, Devant qui toujours tremble une lueur de cierge ; Poupée étincelante en robe de brocart, Comme si l'or était plus précieux que l'art ! Et sur cette statue on…
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Le chasseurJe suis enfant de la montagne, Comme l'isard, comme l'aiglon ; Je ne descends dans la campagne Que pour ma poudre et pour mon plomb ; Puis je reviens, et de mon aire Je vois en bas l'homme ramper, Si…
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Le château du SouvenirLa main au front, le pied dans l'âtre, Je songe et cherche à revenir, Par delà le passé grisâtre, Au vieux château du Souvenir. Une gaze de brume estompe Arbres, maisons, plaines, coteaux, Et l'oeil…
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Le laurier du GeneralifeDans le Generalife, il est un laurier-rose, Gai comme la victoire, heureux comme l'amour. Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose ; Une perle reluit dans chaque fleur éclose, Et le frais…
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Le lion du cirqueTout beau, fauve grondeur, demeure dans ton antre, Il n'est pas temps encore ; couche-toi sur le ventre ; De ta queue aux crins roux flagelle-toi les flancs, Comme un sphinx accroupi dans les sables…
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Le LuxembourgAu Luxembourg souvent, lorsque dans les allées Gazouillaient des moineaux les joyeuses volées, Qu'aux baisers d'un vent doux, sous les abîmes bleus D'un ciel tiède et riant, les orangers frileux…
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Le maraisC'est un marais dont l'eau dormante Croupit, couverte d'une mante Par les nénuphars et les joncs : Chaque bruit sous leurs nappes glauques Fait au chœur des grenouilles rauques Exécuter mille…
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Le merleUn oiseau siffle dans les branches Et sautille gai, plein d'espoir, Sur les herbes, de givre blanches, En bottes jaunes, en frac noir. C'est un merle, chanteur crédule, Ignorant du calendrier, Qui…
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Le monde est méchantAvec son sourire moqueur Il dit qu'à ton côté palpite Une montre en place de coeur. - Pourtant ton sein ému s'élève Et s'abaisse comme la mer, Aux bouillonnements de la sève Circulant sous ta jeune…
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Le nuageDans son jardin la sultane se baigne, Elle a quitté son dernier vêtement ; Et délivrés des morsures du peigne, Ses grands cheveux baisent son dos charmant. Par son vitrail le sultan la regarde, Et…
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Le pin des LandesOn ne voit en passant par les Landes désertes, Vrai Sahara français, poudré de sable blanc, Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eaux vertes D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc, Car,…
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Le poème de la femmeMarbre de Paros. Un jour, au doux rêveur qui l'aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poème, Le poème de son beau corps. D'abord, superbe et triomphante Elle vint en grand…
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Le poète et la fouleLa plaine un jour disait à la montagne oisive : " Rien ne vient sur ton front des vents toujours battu ! " Au poète, courbé sur sa lyre pensive, La foule aussi disait : " Rêveur, à quoi sers-tu ? "…
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Le pot de fleursParfois un enfant trouve une petite graine Et tout d'abord, charmé de ses vives couleurs, Pour la planter il prend un pot de porcelaine Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs. Il s'en va. La…
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Le premier rayon de maiHier j'étais à table avec ma chère belle, Ses deux pieds sur les miens, assis en face d'elle, Dans sa petite chambre ; ainsi que dans leur nid Deux ramiers bienheureux que le bon Dieu bénit. C'était…
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Le puits mystérieuxÀ travers la forêt de folles arabesques Que le doigt du sommeil trace au mur de mes nuits, Je vis, comme l'on voit les Fortunes des fresques, Un jeune homme penché sur la bouche d'un puits. Il…
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Le roi solitaireJe vis cloîtré dans mon âme profonde, Sans rien d'humain, sans amour, sans amis, Seul comme un dieu, n'ayant d'égaux au monde Que mes aïeux sous la tombe endormis ! Hélas ! grandeur veut dire…
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Les accroche cœursRavivant les langueurs nacrées De tes yeux battus et vainqueurs, En mèches de parfum lustrées Se courbent deux accroche-coeurs. A voir s'arrondir sur tes joues Leurs orbes tournés par tes doigts, On…
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L'esclaveCaptive et peut-être oubliée, Je songe à mes jeunes amours, À mes beaux jours, Et par la fenêtre grillée Je regarde l'oiseau joyeux Fendant les cieux. Douce et pâle consolatrice, Espérance, rayon…
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Les colombesSur le coteau, là-bas où sont les tombes, Un beau palmier, comme un panache vert, Dresse sa tête, où le soir les colombes Viennent nicher et se mettre à couvert. Mais le matin elles quittent les…
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L'EscurialPosé comme un défi tout près d'une montagne, L'on aperçoit de loin dans la morne campagne Le sombre Escurial, à trois cents pieds du sol, Soulevant sur le coin de son épaule énorme, Éléphant…
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Les deux âgesCe n'était, l'an passé, qu'une enfant blanche et blonde Dont l'œil bleu, transparent et calme comme l'onde Du lac qui réfléchit le ciel riant d'été, N'exprimait que bonheur et naïve gaîté. Que…
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Le sentierIl est un sentier creux dans la vallée étroite, Qui ne sait trop s'il marche à gauche ou bien à droite. — C'est plaisir d'y passer, lorsque Mai sur ses bords, Comme un jeune prodigue, égrène ses…
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Les joujoux de la morteLa petite Marie est morte, Et son cercueil est si peu long Qu'il tient sous le bras qui l'emporte Comme un étui de violon. Sur le tapis et sur la table Traîne l'héritage enfantin. Les bras ballants,…
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Les matelotsSur l'eau bleue et profonde Nous allons voyageant, Environnant le monde D'un sillage d'argent, Des îles de la Sonde, De l'Inde au ciel brûlé, Jusqu'au pôle gelé... Les petites étoiles Montrent de…
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Les NéréidesJ'ai dans ma chambre une aquarelle Bizarre, et d'un peintre avec qui Mètre et rime sont en querelle, - Théophile Kniatowski. Sur l'écume blanche qui frange Le manteau glauque de la mer Se groupent en…
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Le sommet de la tourLorsque l'on veut monter aux tours des cathédrales, On prend l'escalier noir qui roule ses spirales, Comme un serpent de pierre au ventre d'un clocher. L'on chemine d'abord dans une nuit profonde,…
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Le souper des armuresBiorn, étrange cénobite, Sur le plateau d'un roc pelé, Hors du temps et du monde, habite La tour d'un burg démantelé. De sa porte l'esprit moderne En vain soulève le marteau. Biorn verrouille sa…
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Les papillonsVolent par essaims sur la mer ; Beaux papillons blancs, quand pourrai-je Prendre le bleu chemin de l'air ? Savez-vous, ô belle des belles, Ma bayadère aux yeux de jais, S'ils me pouvaient prêter…
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Le spectre de la roseSoulève ta paupière close Qu'effleure un songe virginal ; Je suis le spectre d'une rose Que tu portais hier au bal. Tu me pris encore emperlée Des pleurs d'argent de l'arrosoir, Et parmi la fête…
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Le sphinxDans le Jardin Royal ou l'on voit les statues, Une Chimère antique entre toutes me plait ; Elle pousse en avant deux mamelles pointues, Dont le marbre veiné semble gonflé de lait ; Son visage de…
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Les souhaitsSi quelque jeune fée à l'aile de saphir, Sous une sombre et fraîche arcade, Blanche comme un reflet de la perle d'Ophir, Surgissait à mes yeux, au doux bruit du zéphyr, De l'écume de la cascade, Me…
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Les taches jaunesSeul, le coude dans la plume, J'ai froissé jusqu'au matin Les feuillets d'un gros volume Plein de grec et de latin ; Car nulle étroite pantoufle Ne traîne au pied de mon lit, Et mon chevet n'a qu'un…
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Les yeux bleus de la montagneOn trouve dans les monts des lacs de quelques toises, Purs comme des cristaux, bleus comme des turquoises, Joyaux tombés du doigt de l'ange Ithuriel, Où le chamois craintif, lorsqu'il vient pour y…
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Le trou du serpentAu long des murs, quand le soleil y donne, Pour réchauffer mon vieux sang engourdi, Avec les chiens, auprès du lazarrone, Je vais m'étendre à l'heure de midi. Je reste là sans rêve et sans pensée,…
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L'hippopotamHabite aux Jungles de Java, Où grondent, au fond de chaque antre, Plus de monstres qu'on n'en rêva. Le boa se déroule et siffle, Le tigre fait son hurlement, Le buffle en colère renifle ; Lui, dort…
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L'horlogeVulnerant omnes, ultima necat. La voiture fit halte à l'église d'Urrugne, Nom rauque, dont le son à la rime répugne, Mais qui n'en est pas moins un village charmant, Sur un sol montueux perché…
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LiedAu mois d'avril, la terre est rose, Comme la jeunesse et l'amour ; Pucelle encore, à peine elle ose Payer le Printemps de retour. Au mois de juin, déjà plus pâle Et le coeur de désir troublé, Avec…
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L'obélisque de LuxorJe veille, unique sentinelle De ce grand palais dévasté, Dans la solitude éternelle, En face de l'immensité. A l'horizon que rien ne borne, Stérile, muet, infini, Le désert sous le soleil morne,…
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L'obélisque de ParisSur cette place je m'ennuie, Obélisque dépareillé ; Neige, givre, bruine et pluie Glacent mon flanc déjà rouillé ; Et ma vieille aiguille, rougie Aux fournaises d'un ciel de feu, Prend des pâleurs de…
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L'Ondine et le PêcheurTous les jours, écartant les roseaux et les branches, Près du fleuve où j'habite un pêcheur vient s'asseoir — Car sous l'onde il a vu glisser des formes blanches — Et reste là, rêveur, du matin…
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MagdalenaJ'entrai dernièrement dans une vieille église ; La nef était déserte, et sur la dalle grise, Les feux du soir, passant par les vitraux dorés, Voltigeaient et dansaient, ardemment colorés. Comme je…
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MéditationVirginité du cœur, hélas ! si tôt ravie ! Songes riants, projets de bonheur et d'amour, Fraîches illusions du matin de la vie, Pourquoi ne pas durer jusqu'à la fin du jour ? Pourquoi ?... Ne voit-on…
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Me voilà revenu de ce voyageOù l'on n'a pour flambeaux et pour astre dans l'ombre Que les yeux du hibou ; Comme, après tout un jour de labourage, un buffle S'en retourne à pas lents, morne et baissant le mufle, Je vais ployant…
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Montée sur le BrockenLorsque l'on est monté jusqu'au nid des aiglons, Et que l'on voit, sous soi, les plus fiers mamelons Se fondre et s'effacer au flanc de la montagne, Et, comme un lac, bleuir tout au fond la campagne,…
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Moyen-âgeQuand je vais poursuivant mes courses poétiques, Je m'arrête surtout aux vieux châteaux gothiques. J'aime leurs toits d'ardoise aux reflets bleus et gris, Aux faîtes couronnés d'arbustes rabougris ;…
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NiobéSur un quartier de roche, un fantôme de marbre, Le menton dans la main et le coude au genou, Les pieds pris dans le sol, ainsi que des pieds d'arbre, Pleure éternellement sans relever le cou. Quel…
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NoëlLe ciel est noir, la terre est blanche ; - Cloches, carillonnez gaîment ! - Jésus est né ; - la Vierge penche Sur lui son visage charmant. Pas de courtines festonnées Pour préserver l'enfant du froid…
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Notre-DameI Las de ce calme plat où d'avance fanées, Comme une eau qui s'endort, croupissent nos années ; Las d'étouffer ma vie en un salon étroit, Avec de jeunes fats et des femmes frivoles, Echangeant sans…
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Odelette anacréontiquePour que je t'aime, ô mon poète, Ne fais pas fuir par trop d'ardeur Mon amour, colombe inquiète, Au ciel rose de la pudeur. L'oiseau qui marche dans l'allée S'effraye et part au moindre bruit ; Ma…
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Ô nature chérieNe me sois pas marâtre, ô nature chérie, Redonne un peu de sève à la plante flétrie Qui ne veut pas mourir ; Les torrents de mes yeux ont noyé sous leur pluie Son bouton tout rongé que nul soleil…
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PastelJ'aime à vous voir en vos cadres ovales, Portraits jaunis des belles du vieux temps, Tenant en main des roses un peu pâles, Comme il convient à des fleurs de cent ans. Le vent d'hiver, en vous…
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PaysagePas une feuille qui bouge, Pas un seul oiseau chantant ; Au bord de l'horizon rouge Un éclair intermittent ; D'un côté, rares broussailles, Sillons à demi noyés, Pans grisâtres de murailles, Saules…
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Pendant la tempêteLa barque est petite et la mer immense ; La vague nous jette au ciel en courroux, Le ciel nous renvoie au flot en démence : Près du mât rompu prions à genoux ! De nous à la tombe, il n'est qu'une…
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Pensée de minuitUne minute encore, madame, et cette année, Commencée avec vous, avec vous terminée, Ne sera plus qu'un souvenir. Minuit ! Voilà son glas que la pendule sonne, Elle s'en est allée en un lieu d'où…
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PerspectiveSur le Guadalquivir, en sortant de Séville, Quand l'oeil à l'horizon se tourne avec regret, Les dômes, les clochers font comme une forêt : A chaque tour de roue il surgit une aiguille. D'abord la…
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PluieCe nuage est bien noir : - sur le ciel il se roule, Comme sur les galets de la côte une houle. L'ouragan l'éperonne, il s'avance à grands pas. - A le voir ainsi fait, on dirait, n'est-ce pas ? Un…
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Pour veiner de son front la pâleurLe Japon a donné son plus limpide azur ; La blanche porcelaine est d'un blanc bien moins pur Que son col transparent et ses tempes d'agate ; Dans sa prunelle humide un doux rayon éclate ; Le chant du…
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Premier sourire du printempsTandis qu'à leurs oeuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement lorsque tout dort, Il…
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PrièreComme un ange gardien prenez-moi sous votre aile ; Tendez, en souriant et daignant vous pencher, À ma petite main votre main maternelle, Pour soutenir mes pas et me faire marcher ! Car Jésus le doux…
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Promenade nocturneLa rosée arrondie en perles Scintille aux pointes du gazon ; Les chardonnerets et les merles Chantent à l'envi leur chanson ; Les fleurs de leurs paillettes blanches Brodent le bord vert du chemin ;…
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RibeiraIl est des cœurs épris du triste amour du laid. Tu fus un de ceux-là, peintre à la rude brosse Que Naples a salué du nom d'Espagnolet. Rien ne put amollir ton âpreté féroce, Et le splendide azur du…
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RocailleConnaissez-vous dans le parc de Versailles Une Naïade, œil vert et sein gonflé ? La belle habite un château de rocaille D'ordre toscan et tout vermiculé. Sur les coraux et sur les madrépores Toute…
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RomanceI Au pays où se fait la guerre Mon bel ami s'en est allé ; Il semble à mon cœur désolé Qu'il ne reste que moi sur terre ! En partant, au baiser d'adieu, Il m'a pris mon âme à ma bouche. Qui le tient…
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RondallaEnfant aux airs d'impératrice, Colombe aux regards de faucon, Tu me hais, mais c'est mon caprice, De me planter sous ton balcon. Là, je veux, le pied sur la borne, Pinçant les nerfs, tapant le bois,…
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Sainte CasildaÀ Burgos, dans un coin de l'église déserte, Un tableau me surprit par son effet puissant : Un ange, pâle et fier, d'un ciel fauve descend, À sainte Casilda portant la palme verte. Pour l'œuvre des…
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SéguidilleUn jupon serré sur les hanches, Un peigne énorme à son chignon, Jambe nerveuse et pied mignon, Oeil de feu, teint pâle et dents blanches ; Alza ! olà ! Voilà La véritable manola. Gestes hardis, libre…
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SérénadeSur le balcon où tu te penches Je veux monter... efforts perdus ! Il est trop haut, et tes mains blanches N'atteignent pas mes bras tendus. Pour déjouer ta duègne avare, Jette un collier, un ruban…
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Soleil couchantNotre-Dame Que c'est beau ! Victor HUGO. En passant sur le pont de la Tournelle, un soir, Je me suis arrêté quelques instants pour voir Le soleil se coucher derrière Notre-Dame. Un nuage splendide à…
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StancesMaintenant, dans la plaine ou bien dans la montagne, Chêne ou sapin, un arbre est en train de pousser, En France, en Amérique, en Turquie, en Espagne, Un arbre sous lequel un jour je puis passer.…
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Sur le Carnaval de Venise IDans la rue. Il est un vieil air populaire Par tous les violons raclé, Aux abois des chiens en colère Par tous les orgues nasillé. Les tabatières à musique L'ont sur leur répertoire inscrit ; Pour…
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Sur le Carnaval de Venise IISur les lagunes. Tra la, tra la, la, la, la laire ! Qui ne connaît pas ce motif ? A nos mamans il a su plaire, Tendre et gai, moqueur et plaintif : L'air du Carnaval de Venise, Sur les canaux jadis…
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Sur le Carnaval de Venise IIICarnaval. Venise pour le bal s'habille. De paillettes tout étoilé, Scintille, fourmille et babille Le carnaval bariolé. Arlequin, nègre par son masque, Serpent par ses mille couleurs, Rosse d'une…
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Sur le Carnaval de Venise IVClair de lune sentimental. A travers la folle risée Que Saint-Marc renvoie au Lido, Une gamme monte en fusée, Comme au clair de lune un jet d'eau... A l'air qui jase d'un ton bouffe Et secoue au vent…
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TénèbresTaisez-vous, ô mon cœur ! Taisez-vous, ô mon âme ! Et n'allez plus chercher de querelles au sort ; Le néant vous appelle et l'oubli vous réclame. Mon cœur, ne battez plus, puisque vous êtes mort ;…
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Terza rimaQuand Michel-Ange eut peint la chapelle Sixtine, Et que de l'échafaud, sublime et radieux, Il fut redescendu dans la cité latine, Il ne pouvait baisser ni les bras ni les yeux ; Ses pieds ne savaient…
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Tes yeux si beauxÉlégie VIII. Par tes yeux si beaux sous les voiles De leurs franges de longs cils noirs, Soleils jumeaux, doubles étoiles, D'un cœur ardent ardents miroirs ; Par ton front aux pâleurs d'albâtre, Que…
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ThébaïdeMon rêve le plus cher et le plus caressé, Le seul qui rit encore à mon cœur oppressé, C'est de m'ensevelir au fond d'une chartreuse, Dans une solitude inabordable, affreuse ; Loin, bien loin, tout…
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Tombée du jourLe jour tombait, une pâle nuée Du haut du ciel laissait nonchalamment, Dans l'eau du fleuve à peine remuée, Tremper les plis de son blanc vêtement. La nuit parut, la nuit morne et sereine, Portant le…
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TristesseAvril est de retour. La première des roses, De ses lèvres mi-closes, Rit au premier beau jour ; La terre bienheureuse S'ouvre et s'épanouit ; Tout aime, tout jouit. Hélas ! J'ai dans le cœur une…
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Tristesse en merLes mouettes volent et jouent ; Et les blancs coursiers de la mer, Cabrés sur les vagues, secouent Leurs crins échevelés dans l'air. Le jour tombe ; une fine pluie Eteint les fournaises du soir, Et…
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Une âmeÉlégie XIII. C'était une âme neuve, une âme de créole, Toute de feu, cachant à ce monde frivole Ce qui fait le poète, un inquiet désir De gloire aventureuse et de profond loisir, Et capable d'aimer…
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VersaillesVersailles, tu n'es plus qu'un spectre de cité ; Comme Venise au fond de son Adriatique, Tu traînes lentement ton corps paralytique, Chancelant sous le poids de ton manteau sculpté. Quel…
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Villanelle rythmiqueQuand viendra la saison nouvelle, Quand auront disparu les froids, Tous les deux, nous irons, ma belle, Pour cueillir le muguet au bois ; Sous nos pieds égrenant les perles Que l'on voit au matin…
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WatteauDevers Paris, un soir, dans la campagne, J'allais suivant l'ornière d'un chemin, Seul avec moi, n'ayant d'autre compagne Que ma douleur qui me donnait la main. L'aspect des champs était sévère et…
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Ballade « Quand à peine un nuage »Quand à peine un nuage, Flocon de laine, nage Dans les champs du ciel bleu, Et que la moisson mûre, Sans vagues ni murmure, Dort sous le ciel en feu ; Quand les couleuvres souples Se promènent par…
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Bonheur ParfaitQue les chiens sont heureux ! Dans leur humeur badine, Ils se sucent la pine, Ils s’enculent entr’eux ; Que les chiens sont heureux !
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ConcordancesDieu fit le con, ogive énorme, Pour les chrétiens, Et le cul, plein-cintre difforme, Pour les païens ; Pour les sétons et les cautères, Il fit les poix, Et pour les pines solitaires, Il fit les…
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Femme du mondeCette femme du monde, Pâle et blonde, Qu’on voit d’un pas pressé, L’œil baissé, Filer sous les grands arbres Loin des marbres, Héros, Amours, Bergers, Trop légers, S’en va vers un coin sombre Voilé…
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Far-nienteQuand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage, J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis, Loin des chemins poudreux, à demeurer assis Sur…
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L’Épouseur de familleL’épouseur de famille Fuit la fille Qui n’a pour dot qu’un cu Sans écu. Aussi, quoique jolie, Azélie Se trouve vierge encor Faute d’or. Le désir la picote Sous sa cotte, Et souvent elle doit Mettre…
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Le Godemichet de la GloireUn vit sur la place Vendôme, Gamahuché par l’aquilon, Décalotte son large dôme Ayant pour gland Napoléon. Veuve de son foufeur, la Gloire, La nuit dans son con souverain, Enfonce — tirage illusoire !…
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Le Poème de la Femme (Marbre de Paros)Un jour, au doux rêveur qui l’aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poëme, Le poëme de son beau corps. D’abord, superbe et triomphante Elle vint en grand apparat, Traînant avec…
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Le NombrilNombril, je t’aime, astre du ventre. Œil blanc dans le marbre sculpté, Et que l’Amour a mis au centre Du sanctuaire où seul il entre, Comme un cachet de volupté.
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Musée secretDes déesses et des mortelles Quand ils font voir les charmes nus Les sculpteurs grecs plument les ailes De la colombe de Vénus. Sous leur ciseau s’envole et tombe Le doux manteau qui la revêt Et sur…
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Premier sourire de printempsTandis qu’à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants, Mars qui rit, malgré les averses, Prépare en secret le printemps. Pour les petites pâquerettes, Sournoisement lorsque tout dort, II…
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Vieux de la vieille15 décembre Par l’ennui chassé de ma chambre, J’errais le long du boulevard : IL faisait un temps de décembre, Vent froid, fine pluie et brouillard ; Et là je vis, spectacle étrange, Échappés du…
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