À la Bidassoa
À la Bidassoa, près d'entrer en Espagne,
Je descendis, voulant regarder la campagne,
Et l'île des Faisans, et l'étrange horizon,
Pendant qu'on nous timbrait d'un nouvel écusson.
Et je vis, en errant à travers le village,
Un homme qui mettait des balles hors d'usage,
Avec un gros marteau, sur un quartier de grès,
Pour en faire du plomb et le revendre après.
Car la guerre a versé sur ces terres fatales
De son urne d'airain une grêle de balles,
Une grêle de mort que nul soleil ne fond.
Hélas ! Ce que Dieu fait, les hommes le défont !
Sur un sol qui n'attend qu'une bonne semaille
De leurs sanglantes mains ils sèment la mitraille !
Aussi les laboureurs vendent, au lieu de blé,
Des boulets recueillis dans leur champ constellé.
Mais du ciel épuré descend la Paix sereine,
Qui répand de sa corne une meilleure graine,
Fait taire les canons à ses pieds accroupis,
Et presse sur son cœur une gerbe d'épis.
Ecrit à Béhobie en 1840.
Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire
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