Le Nid

de Mathilde Soubeyran

C'est là que nous vivions. Pénètre,
Mon cœur, dans ce passé charmant.
VICTOR HUGO.

Je revois, ami, notre porte,
Qu'ombrageait un beau grenadier ;
Nous avions peu d'or, mais qu'importe,
Quand l'amour fleurit le sentier ?

Notre bonheur profond et chaste
Rayonnait comme le printemps ;
Est-il besoin de tant de faste
À des amoureux de vingt ans !

Le jardin tenait peu de place :
Quelques volubilis tremblants
Grimpaient et couvraient la terrasse ;
En mai nous avions des lis blancs.

Un soir d'avril, sur la poutrelle
Un charmant oiseau vint nicher ;
Nous dîmes : « C'est une hirondelle,
Oh ! n'allons pas l'effaroucher ! »

Près de sa compagne endormie,
Bien souvent le mâle chantait ;
Nous écoutions, l'âme ravie,
L'hymne qui vers le ciel montait.

Tu me disais : « Le bon Dieu donne
À ces oiseaux un doux trésor :
Quatre petits ! Et nous, mignonne,
Nous, notre nid est vide encor.

« Aurons-nous bientôt, ma charmante,
Un beau chérubin à l'œil noir ? »
Moi, je souriais, rougissante
De confusion et d'espoir !...

Et je rêvais des anges roses,
Des fillettes aux regards bleus.
Lorsque je rappelle ces choses,
Je sens des larmes dans mes yeux.