Le Berceau vide

de Mathilde Soubeyran

C'est dans ce berceau qu'hier encore
Un enfant charmant s'ébattait ;
Cet ange n'a vu qu'une aurore,...
J'étais heureuse ; tout chantait !

Hélas ! sa frêle couche est vide,
Et le père, triste, est en deuil ;
Si je cherche d'un œil humide
Mon enfant, je vois un cercueil,

Maintenant que la source pleure,
Que sombre ou pur soit l'horizon,
Que m'importe ? le poids de l'heure
N'est pas moins lourd à la maison.

Mon cœur est vide d'espérance,
Je n'attends rien, je ne veux rien,
Laissez-moi pleurer ; ma souffrance
Est encore mon dernier bien.

Pourquoi me dites-vous : « Espère. »
Peut-on me rendre mon enfant ?
« Non ; mais tout passe, pauvre mère,
Tu peux oublier cet absent,

Un autre enfant prendra sa place,
Tu souriras au nouveau-né ;
Son berceau cachera la trace
De la tombe où dort son aîné. »

Respectez au moins ma tristesse,
Ne me déchirez pas le cœur...
Que le temps passe, mais me laisse
Ce souvenir de mon bonheur.

Ah ! bien souvent, lorsque je pense
Que mon doux René dort là-bas,
Qu'autour de lui tout est silence,
Que, si j'appelle, il n'entend pas,

Tout en moi se révolte, crie,
Et je sens plier ma raison ;
À la voix qui murmure : « Prie ! »
Je réponds : « Prier ! à quoi bon ?... »

J'entends toujours son dernier râle,
Ce triste et douloureux effort ;
Je revois mon enfant..., mais pâle,
Pâle comme le fit la mort !

Pourquoi le prendre, Dieu sévère,
Puisqu'au nid tu l'avais donné ?
Pourquoi l'enlever à sa mère,
Ce doux et charmant premier-né ?

Mais il était si beau, mon ange !
Ah ! mon cœur chantait triomphant !...
Mon Dieu ! mon Dieu ! comme tout change,
Et comme tout est décevant !!

Si beau !... Ses fraîches lèvres roses,
Ses petits pieds mignons et nus,
Ses yeux, qui disaient tant de choses,
Hélas ! que sont-ils devenus ?