Le Berceau vide

C'est dans ce berceau qu'hier encore Un enfant charmant s'ébattait ; Cet ange n'a vu qu'une aurore,... J'étais heureuse ; tout chantait !
Hélas ! sa frêle couche est vide, Et le père, triste, est en deuil ; Si je cherche d'un œil humide Mon enfant, je vois un cercueil,
Maintenant que la source pleure, Que sombre ou pur soit l'horizon, Que m'importe ? le poids de l'heure N'est pas moins lourd à la maison.
Mon cœur est vide d'espérance, Je n'attends rien, je ne veux rien, Laissez-moi pleurer ; ma souffrance Est encore mon dernier bien.
Pourquoi me dites-vous : « Espère. » Peut-on me rendre mon enfant ? « Non ; mais tout passe, pauvre mère, Tu peux oublier cet absent,
Un autre enfant prendra sa place, Tu souriras au nouveau-né ; Son berceau cachera la trace De la tombe où dort son aîné. »
Respectez au moins ma tristesse, Ne me déchirez pas le cœur... Que le temps passe, mais me laisse Ce souvenir de mon bonheur.
Ah ! bien souvent, lorsque je pense Que mon doux René dort là-bas, Qu'autour de lui tout est silence, Que, si j'appelle, il n'entend pas,
Tout en moi se révolte, crie, Et je sens plier ma raison ; À la voix qui murmure : « Prie ! » Je réponds : « Prier ! à quoi bon ?... »
J'entends toujours son dernier râle, Ce triste et douloureux effort ; Je revois mon enfant..., mais pâle, Pâle comme le fit la mort !
Pourquoi le prendre, Dieu sévère, Puisqu'au nid tu l'avais donné ? Pourquoi l'enlever à sa mère, Ce doux et charmant premier-né ?
Mais il était si beau, mon ange ! Ah ! mon cœur chantait triomphant !... Mon Dieu ! mon Dieu ! comme tout change, Et comme tout est décevant !!
Si beau !... Ses fraîches lèvres roses, Ses petits pieds mignons et nus, Ses yeux, qui disaient tant de choses, Hélas ! que sont-ils devenus ?
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