La Mort de l'hirondelle

de Mathilde Soubeyran

Je voudrais n'avoir dans le cœur
Rien que des chagrins d'hirondelle !

Le printemps n'existe-t-il
Que de nom ? — À la fin d'avril
Le soleil est bien pâle encore !
Les lilas ont été tués,
Les petits oiseaux sont muets,
Les pervenches n'osent éclore.

L'hiver, pourtant, semblait fini :
« Quel bonheur de revoir mon nid ! »
Chantait l'hirondelle joyeuse ;
Le bonheur en deuil s'est changé,
Au mois d'avril il a neigé :
De froid est morte la chanteuse !

Et, dans le trou que j'ai creusé,
Sous le lilas j'ai déposé
De l'oiseau la dépouille frêle :
Hélas ! l'arbre refleurira,
Mais nul chaud rayon ne pourra
Rendre la vie à l'hirondelle !

Avril 1876.