Fleurette

de Mathilde Soubeyran

Nous aimons l'aubépine blanche,
Les muguets à la fraîche odeur,
La marguerite qui se penche
Avec un air plein de candeur.

Mais de la fleurette inconnue,
Qui sans beauté s'épanouit,
Nous ne remarquons la venue
Que si son parfum la trahit,

Et pourtant le soleil abaisse,
Même sur les plus humbles fleurs,
Un doux regard qui les caresse,
Des rayons qui sèchent leurs pleurs.

Qu'importe, hélas ! nul ne fait fête
Au bouton, joyeux de s'ouvrir :
Ma muse est comme la fleurette,
La fleurette qu'on n'ose offrir.

Saint-Geniès (Gard), 1878.