À mon amie Marie P***

de Mathilde Soubeyran

L'astre attire le lis.
V. HUGO.

Puisqu'il est vrai que toute voie
A plus d'épines que de fleurs,
Puisque nous avons dans la joie
Le sourire mêlé de pleurs ;

Oh ! puisqu'un voile de tristesse
Assombrit ainsi nos plaisirs,
Puisque même dans l'allégresse
Nos cœurs sont tous pleins de désirs,

Je voudrais être fiancée
À la mort ; dans mon beau printemps
Je voudrais m'endormir bercée
Par les rêves de mes vingt ans.

Pleure-t-on sur la fleur mi-close
Que l'on cueille dès le matin ?
Pleine encor de parfums, la rose
Tombe le soir sur le chemin.

Plus haut que la voûte étoilée,
Cachée à l'ombre des autels,
Il est une belle vallée
Où croissent des lis immortels.

Là, pareille à ces lis sans tache
Que nul souffle n'a pu flétrir,
Pendant qu'ici-bas, sans relâche,
Nous devons lutter et souffrir,

Revit la vierge fiancée
À la mort dans son beau printemps...
Je voudrais m'endormir bercée
Par les rêves de mes vingt ans.