À Madame ***

de Mathilde Soubeyran

Sur l'ormeau le nid se balance
Ou se cache dans le buisson,
Hélas ! hélas ! tout est silence
Et solitude en la maison.

Il fut un temps où, plus mignonne
Que la pervenche aux regards bleus,
Une enfant croissait belle et bonne,
Répandant la joie en ces lieux.

Elle était blonde et si charmante,
Doux chérubin frais et vermeil ;
Mais la fillette souriante,
Hélas ! dort du dernier sommeil.

Vous souvient-il, dites, érables,
De ce passé si triomphant ?
Et vous, grands arbres vénérables,
Vous souvenez-vous de l'enfant ?

Ah ! lorsqu'elle essayait, rieuse,
Ses premiers pas sur ce sentier,
Combien la mère était heureuse !
Qu'il était beau, le monde entier !

Le parc avait un air de fête,
La rose embaumait le buisson ;
Pour la voir passer, la fauvette
Oubliait sa vive chanson.

Et l'enfant, joyeuse et tremblante,
Poussant parfois un léger cri,
Près de sa mère rayonnante
Vite cherchait un sûr abri.

Pourquoi donc ces voix meurent-elles ?
Ces êtres, pourquoi les prends-tu,
Ô Dieu ? Ces voix donnent des ailes
Et nous font aimer la vertu.

Mais, Seigneur, les plus belles choses,
Et la lumière et les parfums,
Rendent-ils nos fronts moins moroses ?
Oh ! les boucles de cheveux bruns,

Oh ! les épaisses tresses blondes
De nos doux anges envolés !
Que me voulez-vous, voix profondes,
Et vous, murmures désolés ?

Sur l'ormeau le nid se balance
Ou se cache dans le buisson.
Hélas ! hélas ! tout est silence
Et solitude en la maison.