À Jean Reboul

de Mathilde Soubeyran

L'humble oiseau, d'une voix vibrante,
Dit à la brise ses secrets.
Comme lui le poète chante :
À peine écoutons-nous, distraits.

Pourtant, si l'âme du poète
S'épanouit en sa chanson,
L'indifférent même s'arrête,
Et son cœur bat à l'unisson.

Entre les pages immortelles
Que nous relisons très souvent,
Rayonne l'une des plus belles :
La page de l'Ange et l'Enfant.

L'Ange et l'Enfant ! Une âme humaine
Palpite dans ces vers si doux ;
Cependant on croirait sans peine
Qu'un ange les chanta pour nous.

Mais l'homme seul sait la tristesse
Que laisse le bonheur rêvé.
« Là, jamais entière allégresse. »
Ô Reboul ! tu l'as éprouvé.

De là ce beau chant, qui s'envole,
Mouillé de pleurs, mais triomphant,
Lorsque la mère se désole
Près du berceau de son enfant.

Ô Reboul ! c'est bien l'âme humaine
Qui palpite en tes vers si doux ;
Cependant on croirait sans peine
Qu'un ange les chanta pour nous.