Sonnet (II)

Ce soir, plus que jamais, je souffre de la peur, Car j'ai l'illusion funèbre et fantastique D'être un cercueil vivant, profond et magnifique, Où l'amour et la mort étalent leur splendeur ?
Le silence y pénètre et s'enroule, vainqueur, Tout autour de mon âme étrange, énigmatique. Si l'on prêtait l'oreille, on entendrait, tragique, Comme un bouillonnement qui descend vers mon cœur.
Car j'ai depuis longtemps tué dans ma poitrine Mes désirs, charriant le flux de leur vermine À travers l'infini de mes jours en grand deuil.
Chaque nuit fait tomber ses larges gouttes d'ombre Au fond de mes douleurs dont j'ignore le nombre, Car mille souvenirs font battre mon cercueil !
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