Le Bureau des récits perdus · dossier n° 2
Jeanne Dortzal
Vers sur le sable
Deux élégies
✎ À écrire. Ton point de départ : comment tu as rencontré Jeanne Dortzal (l'import du Jardin des Dieux, le blog de Jo Laporte, le site de Jean-Yves Thorrignac ?) et ce qui t'a arrêté. Piste : les deux élégies à Pierre Guédy, à la fin du recueil, dont voici la strophe qui ouvre le dossier.
Au Même (in Le Jardin des Dieux, 1908)
Il a neigé cette nuit sur ta tombe :
Le cimetière était tout blanc ;
Un fin duvet de plumes de colombe
S'éparpillait, taché de sang.
Strophes omises
Les croix semblaient souffrir dans la rafale ;
J'ai dû marcher, marcher longtemps,
Pour essayer de retrouver la dalle
Où tu dors depuis le printemps.
Nemours, 1878
✎ À écrire. Jeanne-Françoise Thomasset naît le 24 janvier 1878 à Nemours, port de l'ouest algérien près de la frontière marocaine (aujourd'hui Ghazaouet). Sources : notice d'Alphonse Séché, Les Muses françaises, 1908 ; Gil Blas, 21 juin 1899.
✎ À écrire. Le Gil Blas de 1899 la fait passer par l'Espagne et Lyon avant d'arriver à Paris vers seize ans. Selon la presse rassemblée par Jean-Yves Thorrignac, son père était officier de marine (à confirmer par l'acte de naissance).
Question ouverte
Nemours ou Tlemcen ?
Les deux notices parues de son vivant, le Gil Blas en 1899 et Les Muses françaises en 1908, la font naître à Nemours.
Dans les années 1920, la presse d'Algérie l'appelle « la muse de Tlemcen » et la dit « native de Tlemcen ». Nemours dépendait alors de l'arrondissement de Tlemcen : simple raccourci, ou autre lieu ? Seul l'acte de naissance tranchera.
1899, l'année de la lumière
✎ À écrire. En juin 1899, elle remporte le Championnat de beauté du Gil Blas (jury : Henner, Falguière, Rodin). La même année, elle joue Marie-Antoinette dans Le Faubourg d'Abel Hermant, avec Lucien Guitry (fiche de spectacle BnF).
✎ À écrire. Pierre Guédy, écrivain lyonnais, ami du jeune Paul Léautaud, en fait l'héroïne orientale, « El Sénab », des illustrations photographiques de L'Heure bleue (Le Figaro et Le Journal, juin 1899) : c'est le premier lien daté entre eux. Le couple a un fils, Pierre, né en 1895 ou 1896.
✎ À écrire. Son premier recueil, Vers sur le sable, paraît chez Per Lamm à la fin de 1901 (BnF ; Le Journal, 8 janvier 1902 : « vient de publier »), et non en 1899 comme l'écrit Séché. Le Mercure de France lui reproche « des refrains un peu trop symétriques ».
Question ouverte
Le cheikh et le duel
Le New York Times du 6 juillet 1899 raconte qu'elle aurait aimé un cheikh, tué en duel par son père, ce qui aurait poussé la famille à quitter l'Algérie.
L'article paraît quinze jours après le concours du Gil Blas, quand toute la presse parle d'elle. Aucun autre document ne confirme ce récit pour l'instant.
Pensionnaire de l'Odéon
✎ À écrire. Après le Vaudeville et une saison chez Gémier, Paul Ginisty l'engage à l'Odéon. Elle y débute en octobre 1902 dans le rôle de Gilberte (Le XIXe siècle, 4 octobre 1902 : « débutante, a fort gentiment joué »).
✎ À écrire. À l'Odéon : Doris dans Iphigénie, « délicieusement drapée, toute semblable à une statue grecque » (Journal des débats) ; les fables de Florian aux Samedis littéraires. Puis L'Étrangère aux Variétés d'Anvers (Le Figaro, 8 décembre 1904) et Marguerite Gautier au Théâtre populaire (Gil Blas, 13 février 1905).
✎ À écrire. En avril 1903, Dagnan-Bouveret expose au Salon un Portrait de Mlle Jeanne Dortzal, « absolument exquis » (La Politique coloniale, 19 avril 1903). Elle pose aussi pour l'Euterpe de son panneau Apollon et les Muses, à la Sorbonne (Journal des débats). Le frontispice du Jardin des Dieux est une gravure d'après sa Méditation.
1903 : « Le plus fou de tes fils »
✎ À écrire. Le 8 août 1903, Pierre Guédy meurt à Montfermeil, à trente et un ans. Les obsèques sont civiles (Le Figaro, 11 août ; La Lanterne, 12 août 1903). Une notice moderne dit qu'il avait sombré dans la folie ; les journaux de 1903 n'en disent rien, et aucun ne nomme de veuve. Jeanne a vingt-cinq ans et un fils de sept ou huit ans.
✎ À écrire. Cinq ans plus tard, elle lui consacre deux élégies à la fin du Jardin des Dieux. La première parle d'un cerveau emporté et d'un silence autour de la tombe :
À Pierre Guédy (in Le Jardin des Dieux, 1908)
Terre, un de tes enfants, ce soir, vient de mourir !
Tu souffres comme moi d'avoir vu disparaître
Le plus fou de tes fils et le meilleur, peut-être.
Pour lui ton flanc profond, Terre, vient de s'ouvrir !
Strophes omises
Puisque nul ici-bas n'a compris ta détresse,
Puisqu'on a fait silence autour de ce tombeau,
Je leur dirai qu'un rêve emporta ton cerveau
Et que tu t'endormis, le cœur plein de tristesse.
Question ouverte
« Depuis le printemps »
Dans « Au Même », la seconde élégie, elle cherche sous la neige « la dalle / Où tu dors depuis le printemps ». Or Pierre Guédy meurt en plein été, le 8 août 1903.
Licence poétique, ou le poème pleure-t-il quelqu'un d'autre ? Et reste-t-il une tombe de Pierre Guédy, à Montfermeil ou ailleurs ?
Ses propres affaires
✎ À écrire. Vers l'infini paraît en 1904 ; Le Journal des débats salue « Vers d'une comédienne ». Elle est nommée officier d'académie (Journal officiel, 20 janvier 1908) et figure la même année dans l'anthologie Les Muses françaises d'Alphonse Séché.
✎ À écrire. Au théâtre, elle passe de l'autre côté : Perce-Neige et les Sept Gnomes, féerie applaudie au théâtre de l'Œuvre en 1909 (Auguste Dorchain, Les Annales). Pour Sténio, elle avait avancé 1 600 francs au Cercle des Essayeurs. La pièce n'étant pas jouée, elle les attaque et gagne son procès (Le XIXe siècle, 27 juin 1910).
Le cycle du sable
✎ À écrire. Après la guerre, l'Algérie revient au premier plan : Les Versets du soleil (1921), La Croix de sable (1927), Le Royaume du sable (1929). Tlemcen, le marché arabe, le café maure, le hammam, la sorcière. Pour le critique P. Berch, « l'artiste inspiré a écrasé le tube de couleur sur la toile ». Parmi les vers qu'il relève :
Les Versets du soleil, 1921
La chaleur piaffant comme un cheval arabe,
Ciel béant assourdi par les eucalyptus…
✎ À écrire. Le 2 juin 1926, elle obtient deux voix au Prix national de poésie, aux deux premiers tours ; le prix va à Jacques Noir (Paris-soir, 5 juin 1926). La presse d'Algérie regrette que sa Croix de sable, encore manuscrite, n'ait pas « emporté tous les suffrages ». Le recueil paraît en 1927.
Il était une fois…
✎ À écrire. Vers 1922, aux Éditions du Monde Nouveau, Il était une fois… : cent petits poèmes sur l'enfance, illustrés par Albert Uriel, en vers libres. La Muse française du 10 janvier 1923 en cite la fin d'un poème, « arithmétiquement fausse et sentimentalement juste » :
Il était une fois…
Tu m'as pris la main, j'ai dit : viens-nous en !
Et j'ai vu trois choses :
Nous deux, une rose
Triste et un oiseau blanc.
Alger
✎ À écrire. En novembre 1927, L'Écho d'Alger annonce « l'installation définitive à Alger » de Jeanne Dortzal. En 1934, Le Credo sur la montagne se vend « chez l'auteur », 140 bis rue de Tocqueville, à Paris. On l'entend à la radio d'Alger en 1940 et 1941 ; en août 1941, une Jeanne Dortzal joue La Renaude dans L'Arlésienne à Alger (L'Écho d'Alger, 9 août 1941 ; identité très probable, à recouper).
✎ À écrire. Après 1941, la presse numérisée ne dit plus rien d'elle. Selon les notices, son fils Pierre Guédy, poète comme son père, meurt en 1942 ; pourtant une pièce de lui, Le Sol natal, est jouée en juin 1943. Jeanne meurt le 14 décembre 1943 à Viroflay, à soixante-cinq ans. Sa petite-fille, Antoinette Guédy (1927-2013), sera comédienne.
Vers sur le sable
✎ À écrire. Ta conclusion, et la coda sur le modèle de Mathilde Soubeyran.
Jeanne Dortzal, vers sur le sable.
Bilan
L'état du dossier
Ce que les archives établissent
- Née Jeanne-Françoise Thomasset le 24 janvier 1878 à Nemours, en Algérie (aujourd'hui Ghazaouet). voir le document
- Lauréate du concours de beauté du Gil Blas en juin 1899. voir le document
- Débute à l'Odéon en octobre 1902, dans le rôle de Gilberte de Monsieur le Directeur. voir le document
- Pierre Guédy, père de son fils, meurt le 8 août 1903 à Montfermeil, à trente et un ans. voir le document
- Dagnan-Bouveret expose son portrait au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts en avril 1903. voir le document
- Pose pour l'Euterpe d'Apollon et les Muses, panneau de Dagnan-Bouveret à la Sorbonne. voir le document
- Publie Le Jardin des Dieux en 1908, avec deux élégies à Pierre Guédy. voir le document
- Gagne en 1910 le procès qui l'oppose au Cercle des Essayeurs au sujet de sa pièce Sténio. voir le document
- Publie Les Versets du soleil en 1921, recueil consacré à l'Algérie. voir le document
- Obtient deux voix au Prix national de poésie le 2 juin 1926, sans être lauréate. voir le document
- S'installe à Alger en novembre 1927. voir le document
- Meurt le 14 décembre 1943 à Viroflay. voir le document
Ce qui reste une question
- Nemours ou Tlemcen ? Les notices de 1899 et 1908 disent Nemours ; la presse algérienne des années 1920 la dit « native de Tlemcen ».
- A-t-elle épousé Pierre Guédy ? Aucun acte de mariage n'a été retrouvé, et aucune nécrologie de 1903 ne nomme de veuve.
- Pierre Guédy est-il mort fou ? Seule une notice moderne l'affirme ; les journaux d'août 1903 n'en disent rien.
- Le cheikh tué en duel pour elle, raconté par le New York Times en 1899 : fait ou légende de presse ?
- Son fils Pierre est-il mort en 1942, comme le disent les notices, alors qu'une pièce de lui est jouée en juin 1943 ?
- Que fait-elle à Alger de 1927 à 1941, et quand revient-elle en France, où elle meurt à Viroflay ?
Chronologie
Résumé de l'histoire
Soixante-cinq ans de vie, de Nemours à Viroflay, tels que les archives le restituent.
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Pour aller plus loin
Les documents de l'enquête
✎ À écrire : ton introduction aux documents.
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Anthologie
Les Muses françaises, 1908
Notice d'Alphonse Séché : « Mlle Jeanne-Françoise Thomasset qui signe Jeanne Dortzal, est née à Nemours, Algérie, le 24 janvier 1878. »
Source :
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Remerciements
✎ À écrire. Pistes : Jean-Yves Thorrignac, dont le site rassemble les articles de presse consacrés à Jeanne Dortzal ; la Bibliothèque nationale de France et Gallica ; Wikisource pour Les Muses françaises ; Jo Laporte et son blog des poétesses d'expression française.
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