Soir lointain
Un soir d'avril ancien, tout frémissant de roses,
Un soir bleu, caressé par d'invisibles choses,
Je lui donnai ma bouche, et ce fut, ce baiser,
Comme un aveu du ciel que je venais d'oser !
Les étoiles tremblaient au fond du ciel immense,
Ajoutant leur accord au plain-chant du silence.
Qu'avais-je en moi pour m'émouvoir si puissamment ?
Je regardais ses yeux, ses yeux profonds d'amant
Que la nuit emplissait d'un bleu presque magique,
Et que l'amour voilait d'une ombre maléfique...
J'aurais voulu pleurer d'angoisse et de bonheur
Quand j'y vis affluer lentement tout son cœur.
Que ne m'emportas-tu, ce soir fou de tendresse !
Nous eussions fait chanter bien haut notre jeunesse
Et, par de telles nuits, frémissants, éperdus,
Quels chants n'eussions-nous pas, dans nos cœurs, entendus ?
Ton souvenir, depuis, a dominé ma vie,
Mon cœur bat, mesurant sa peine à sa folie ;
J'ai vécu, mais, hélas ! je n'ai rien oublié,
Ton cœur est mort sans un sanglot, — moi, j'ai crié !
Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire
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