Rafale

Ah ! j'aime la tempête et son cri si vivant ! J'aime la plainte folle et lugubre du vent, Du grand vent qui soulève avec lui nos idées, Les berce, et les emporte au large, fécondées ! Le front contre la terre et la pensée au ciel, Sentir battre en son cœur son rêve essentiel ! Mêler aux grandes voix qui passent dans notre âme Ta chanson douloureuse et qui sanglote, ô Femme ! Être l'écho profond de ce qui souffre en toi ! Se sentir soulever parce qu'on porte en soi Plus magnifiquement encor que la tempête Une douleur sauvage et plus d'une défaite ! Entends-tu ces clameurs ? on dirait un enfer. Eh bien, cette chanson divine, c'est la mer ! La mer ! gouffre profond qui limite le monde, Gouffre où notre pensée a tant jeté la sonde, Merveilleux équilibre où l'âme est en suspens Et qui fait incliner la balance du temps ; La mer ! vaste cercueil où dorment nos pensées, À qui nous confions nos détresses passées, Nos espoirs abolis, nos rêves d'un grand soir, Enfin tout ce qui monte en nous de désespoir ! Ô mer, tu peux gronder sous ma fragile barque ; Dieu m'a laissé du ciel l'indélébile marque ! Ô mer ! berceau divin des aspirations, Qui purifie en nous toutes les passions Et dont le vent du large, éveillant mille fêtes, Fait sonner tout un chant de cloches dans nos têtes ! Ô mer, ô vaste mer, je t'apporte mon cœur, Mon pauvre cœur d'enfant envahi par la peur ! Couche-le sous tes pieds de bête magnifique Et mêle sa douleur à ton puissant cantique.
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