Matin d'Automne
Regarde, le soleil escalade la vigne,
Ouvrons vite la porte à ce grand fou,
Car il se pourrait fort que le filou
Allât chez le voisin malgré notre consigne.
Ah ! l'exquise journée ! et qu'il fera bon vivre
N'ayant pour seul souci que notre amour ;
Enlace-moi, veux-tu, voici le jour ;
Le jardin nous sourit dans l'ombre qu'il enivre.
Il me plairait de t'emmener très loin d'ici,
À travers bois, sous ce grand ciel qui les endeuille ;
Nous marcherions très lentement, comme ceci,
La forêt, sous nos pas, ferait chanter ses feuilles.
Pourquoi toujours cet air adorable et moqueur ?
Entends plutôt ce bruit de source dans la vasque,
Reconnais-tu ce ton badin, un peu fantasque ?
On dirait que la source a passé par ton cœur.
La forêt, ce matin, a pris son air d'automne,
Quelques feuilles déjà volent vers la maison ;
Septembre a retrouvé sa grâce monotone,
Une immense douceur monte de la saison.
Te serais-tu douté qu'il existait encore
Mille petites fleurs d'un rose éblouissant ?
Prends ces branches, regarde, on dirait que l'aurore
A mis sur chaque tige une goutte de sang.
Que ce jardin me paraît grand dans le silence,
Que l'air qu'on y respire est tiède et lumineux ;
Ce jardin n'est-il pas un jardin merveilleux
Puisqu'il nous fait rêver d'un bonheur plus intense.
Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire
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