L'Enfant
À Madame Georges Couteaux.
Jeune fille, déjà, nous caressons en rêve
Cet adorable espoir de la maternité ;
Nous nous acheminons avec simplicité
Vers ce but idéal ; cependant que, sans trêve,
Offrant à nos regards sa native beauté,
Plus d'un petit berceau, vers sa blancheur de cygne,
Mystérieusement semble nous faire signe.
De quel immense amour, parfois, tressaillons-nous,
Lorsque nous endormons nos sœurs sur nos genoux !
Enfants, je vous bénis ! je vous salue ô mères,
Qui bercez dans vos flancs leurs sublimes chimères.
Vous, qui leur apprenez, et dès le premier jour,
Le langage éternel et divin de l'amour.
Ne sont-ce pas vos mots, murmurés en sourdine,
Qui jettent dans leur âme une lueur divine ?
Et n'est-ce pas aussi vos larmes, vos soupirs,
Qui les font, dans vos bras, si souvent se blottir ?
Ils comprennent bientôt vos plus subtiles peines,
Car vos premiers chagrins sanglotent dans leurs veines
Mais ce qui rend surtout leur amour si puissant,
C'est que tous vos baisers ont passé dans leur sang !
Aussi, réclament-ils une tendresse folle,
Que vous leur prodiguez avec une parole,
En psalmodiant tout bas, ainsi qu'un chant sacré,
Le nom, sept fois béni, de leur père adoré.
Comme vous connaissez votre intime puissance,
Mères, quand vous veillez sur leur intelligence.
Avec quelle farouche et despotique ardeur
Vous leur communiquez la foi de votre cœur !
Vous retrouvez en eux, sans vous en douter même,
Votre premier amour dans toute sa splendeur ;
Leurs baisers, chaque soir, vous font un diadème,
Tout un passé divin monte de leur candeur.
Fiers de vous obéir, de suivre votre trace,
Vos fils feront toujours l'orgueil de notre race,
Car leur âme a puisé dans l'amour maternel
La pure notion du Devoir immortel !
L'Enfant ! En prononçant ces syllabes divines,
Nous sentons que soudain frémit dans nos poitrines
Le cœur mystérieux des siècles à venir !
L'Enfant ! foyer divin qui peut tout contenir :
Hier tout le passé ; demain tout l'Avenir !
L'Enfant ! mot qui tressaille ainsi qu'un souvenir
Et qui met sous nos fronts soucieux et moroses
Un peu de la lumière éternelle des choses ;
L'Enfant ! suprême don que nous firent les Dieux !
Hosanna de la chair ! Cantique merveilleux
Que depuis vingt mille ans se répètent les cieux !
Qui frémit dans le soir, qui monte avec l'aurore,
Qui va, répercutant dans l'espace sonore
Les sublimes désirs de notre Humanité
Et qui pousse à jamais son cri de liberté !
Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire
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