Puisque le corps blessé

Stance VII.
Puisque le blessé, mollement estendu Sur un lit qui se courbe aux malheurs qu'il suporte Me venir au ronge et gouster mes douleurs, Mes membres, jouissez du repos pretendu, Tandis l'esprit lassé d'une douleur plus forte Esgalle au corps ses ardentes chaleurs.
Le corps vaincu se rend, et lassé de souffrir Ouvre au dard de la mort sa tremblante poitrine, Estallant sur un lit ses misérables os, Et l'esprit, qui ne peut pour endurer mourir, Dont le feu violent jamais ne se termine, N'a moyen de trouver un lit pour son repos.
Les medecins jugent diversement De la fin de ma vie et de l'ardente flamme Qui mesme fait le cors pour mon ame souffrir, Mais qui juger de l'eternel torment Qui me presse d'ailleurs ? Je bien que mon ame N'a point de medecins qui la peussent guerir.
Mes yeux enflez de pleurs regardent mes rideaux , esclatans du jour d'une fenestre Qui m'offusque la veuë, et faict cliner les yeux, Et je me resouviens des celestes flambeaux, Comme le lis vermeil de ma dame faict naistre Un vermeillon pareil à l'aurore des Cieux.
Je voy mon qui tremble ainsi comme je fais, Je voy trembler mon ciel, le et la frange Et les soupirs des vents passer en tremblottant ; Mon esprit temble ainsi et gemist soubs le fais D'un amour plein de vent qui, , se change Aux vouloirs d'un cerveau plus que l'air inconstant.
Puis quant je ne voy' rien que mes yeux peussent voir, Sans bastir là dessus les loix de mon martyre, Je coulle dans le lict ma pensée et mes yeux ; Ainsi puisque mon ame essaie à concevoir Ma fin par tous moyens, j'attens et je desire Mon corps en un tombeau, et mon esprit es Cieux.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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