Ode saphique XXXI

Mon âge et mon sang ne sont plus en vigueur, Les ardents ne m'eschauffent le cœur ; Plus mon grison ne se veut enfermer Sous le joug d'aimer.
En mon jeune avril, d'Amour je fus , Et, vaillant guerrier, portay son estendart ; à l'autel de Venus je l', Et forcé me rens.
Plus ne veux ouyr ces mots delicieux : « Ma vie, mon sang, ma chere âme, mes yeux. » C'est pour les amants à qui le sang plus chaud Au cœur ne .
Je veux d'autre feu ma poitrine eschaufer, nature et bien philosopher, Du monde et des astres le cours, Retours et destours.
Donc, sonnets, adieu ! adieu, douces chansons ! Adieu, dance ! adieu de la lyre les sons ! Adieu, traits d'Amour ! volez en autre part Qu'au cœur de Ronsard.
Je veux estre à moy, non plus servir autruy ; Pour autruy ne veux me donner plus d'ennuy. Il faut essayer, sans plus me tourmenter, De me contenter.
L'oiseau prisonnier, tant soit-il bien traité, Sa cage rompant, cherche sa liberté : d'esprit tient de liens plus forts Que du corps.
Vostre affection m'a servy de bonheur. D'estre aimé de vous ce m'est un grand honneur. Tant que l'air vital en moy se respandra, II m'en souviendra.
Plus ne veut mon âge à l'amour consentir, Repris de nature et d'un tard repentir. Combattre contre elle et luy estre odieux, C'est forcer les dieux.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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