À Madame Marguerite

Il faut que j’aille tanter L’oreille de MARGUERITE, Et dans son palais chanter Quel honneur elle merite : Debout Muses, qu’on m’atelle Vostre charette immortelle, Affin qu’errer je la face Par une nouvelle trace, Chantant la vierge autrement Que nos poëtes barbares, Qui ses saintes vertus rares Ont souillé premierement.
J’ai sous l’esselle un carquois
Gros de fleches nompareilles, Qui ne font bruire leurs vois Que pour les doctes oreilles : Leur n’est apparante, A telle bande ignorante, Quand l’une d’elles annonce L’honneur que mon arc enfonce : Entre toutes j’elirai La mieus sonnante, & de celle Par la terre universelle Ses vertus je publirai.
Sus mon Ame, ouvre la porte A tes vers plus dous que miel, Affin qu’une fureur sorte Pour la ravir jusque au ciel : Du croc arrache la Lire Qui tant de gloire t’aquit, Et vien sus ses cordes dire Comme la Nimphe .
Par un miracle nouveau Pallas du bout de sa lance Ouvrit un peu le cerveau De François seigneur de France. Vierge nouvelle
Tu sortis de sa cervelle, Et les Muses qui te En leurs sçiences t’apprindrent : Mais quand le tens eut parfait L’acroissance de ton age, Tu pensas en ton courage, De mettre à chef un grand fait.
Tes mains s’armerent alors De l’horreur de deus grands haches : Tes braz, tes flancs, & ton cors, Sous un double fer tu caches : Une menassante creste Branloit au de ta teste Joant sur la face horrible D’une Meduse terrible : Ainsi tu alas trouver Le vilain monstre Ignorance, Qui toute la France Desous son ventre couver.
L’ire qui la Beste offense En vain irrita son , Pour la pousser en defense S’opposant au bras vainqueur : Car le fer pront à la batre
Ja dans son ventre est caché, Et ja trois fois voire quatre, Le cueur lui a recherché.
Le Monstre etandu, De son sang l’herbe se mouille : Aus Muses tu as pandu Pour Trophée sa depouille : Puis versant de ta poitrine Mainte source de doctrine, Au vrai tu nous fais connoistre Le miracle de ton estre. Pour cela je chanterai Ce bel hinne de victoire, Et de France à la Gent noire L’enseigne j’en planterai.
Mais moi qui suis le témoin De qui le monde orne, Il ne faut ruer si loin Que mon trait passe la borne : Frape à ce coup MARGUERITE, Et te fiche en son merite, Qui luit comme une planette Ardante la nuit brunette. Repandon devant ses ieus
Ma musique toute neuve Et ma douceur qui abreuve L’honneur alteré des cieus.
Affin que la Nimphe voie Que mon premierement Aus François montra la voie De sonner si proprement : Et comme imprimant ma trace Au champ Attiq’ & Romain, Callimaq’, Pindare, Horace, Je deterrai de ma main.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

❧
❧