Pour vivre ici

Ton rire est comme un tourbillon de feuilles mortes Froissant l’air chaud, l’enveloppant, quand vient la pluie.
Amer, tu annules toute tragédie, Et ton souci d’être un homme, ton rire l’emporte.
Je voudrais t’enfermer avec ta vieille peine Abandonnée, qui te tient si bien quitte, Entre les murs nombreux, entre les ciels nombreux De ma tristesse et de notre raison.
Là, tu retrouverais tant d’autres hommes, Tant d’autres vies et tant d’espoirs Que tu serais forcé de voir Et de te souvenir que tu as su mentir…
Ton rire est comme un tourbillon de feuilles mortes.
Le vent passe en les branches mortes Comme ma pensée en les livres, Et je suis là, sans voix, sans rien, Et ma chambre s’emplit de ma fenêtre ouverte.
En promenades, en repos, en regards Pour de l’ombre ou de la lumière Ma vie s’en va, avec celle des autres.
Le soir vient, sans voix, sans rien. Je reste là, me cherchant un désir, un plaisir; Et, vain, je n’ai qu’à m’étonner d’avoir eu à subir Ma douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.
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