Les clochettes

Le carillon multicolore Des clochettes au timbre clair Tinte, étincelle, tinte encore Et dans l'air.
C'est plaisir, quand la neige crie, D', mêlée au bruit banal Du vent, l'allègre sonnerie Du joyeux solstice hivernal.
Aux heures de la promenade, Sur les places, de trois à cinq, De l'esplanade à l'esplanade, Du skating rink au skating rink.
Dans la brume aux teintes de cuivre Où par un radieux ciel bleu, Volent avec les fleurs du givre Les vibrantes notes de feu.
Rapides traîneaux de Norvège, Tout capitonnés et fleuris ; Karrioles à triple siège, Aux ondoyantes peaux d'ours gris ;
Sleighs bleus, sleighs verts, dont l'acier lisse, Traçant un zigzaguant sillon, Par les chemins irisés, glisse Dans un vaporeux tourbillon.
En double file, sur la neige, Secouant pompons et , Se croisent – triomphal cortège – Aux éclats des grands fouets claquants.
Au col du poney qui trottine, Au poitrail des grands chevaux lourds, Clochettes à voix , Gros grelots de bronze aux sons sourds.
Tintent et vannent à merveille. Par les soirs et par les matins, Vibre une gamme sans pareille De dings dings dings et de tins-tins.
Il fait un froid de Sibérie. Nargue du froid ! Vive l'hiver ! Vive l'électrique féerie De ses kremlins de cristal vert !
Oh ! vive la belle gelée ! Oh ! le bel Hiver, c'est pour nous Qu'il pique à sa tempe étoilée Les fleurs toutes rouges du houx !
Ô gais cortèges, faites place ! Du haut des neigeux Labrador, Hiver descent ; son char de glace File au trot du renne aux fers d'or.
Salut, roi de l'Ourse, qui passes Parmi les étincellements Qu'à travers le bleu des espaces Éparpillent tes diamants.
Drapons-nous de pourpre et d'hermine ! Sonnons l' et le cor ! Que toute la ville illumine ! Que la fusée éclate encor !
Que tout chante ! – Adossée à l'angle D'un mur, une enfant aux yeux creux, D'une voix que la bise étrangle, Demande l'aumône aux heureux.
Devant ce haillon que flagelle Le fouet des stridents, Sans voir le pauvre être qui gèle Et sanglote et claque des dents,
On passe. Le rire sonore Des clochettes de nickel clair Tinte, ironique, tinte encore Et tintinnabule dans l'air.
Mais l'enfant que ce bruit harcèle Aimerait mieux, mille fois mieux, Ouïr tinter dans l' Le carillon des sous joyeux.
Hiver, que tes grelots de fête N'attristent pas les indigents ; Et vous, riches, faites la quête Pour la Noël des pauvres gens.
Dans son étable qu'enténèbre Le froid noir de la pauvreté, Que le pauvre à son tour célèbre La joyeuse Nativité.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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