Les nuits de Naples

Après ces jours d'été dignes du ciel , Quand le soleil a fui sous l'occident en feu, Heureux qui vient, le soir, sur la falaise humide, Dilater ses poumons à l'air du golfe bleu !
Est-il parfum meilleur que celui de ces plages ? Que ce vent de la nuit, aux retours attendus, Qui mêle des senteurs d'algue et de coquillages Aux odeurs des citrons sur la mer suspendus ?
Nuit suave ! Le flot, sans ride et sans secousse, Repose ; il n'atteint pas jusqu'au sable du bord. Sa caresse au rivage, intermittente et douce, Semble un dernier baiser de femme qui s'endort.
Pas un bruit à la rive : au ciel pas une tache. D'une clarté on dirait qu'il reluit. Est-ce qu'un jour sans fin à ce beau ciel s'attache, Et, d'un éclat vainqueur, brille à travers la nuit ?
Ce jour n'est pas le jour dont la lumière embrase Il ne réchauffe plus, mais il éclaire encore. Il revêt les coteaux d'une tremblante gaze Que les anges de l'air tissent d'argent et d'or.
Tel était votre jour, de l'Élysée, Dont Virgile plaçait les royaumes ici ; Car, à lui, sa chimère, enfin réalisée, N'était qu'un vallon calme et qu'un ciel adouci.
Ce réseau, qui partout en pâles lueurs tombe, Ne cache rien à l'œil dans l'immense horizon : Voilà le , où Virgile a sa tombe ; Là, Sorrente, où le Tasse eut sa pauvre maison.
Voici la Margelline, où l', qu'il amarre Berce encore le pêcheur qui chante avec l'écho. Plus loin c'est Portici : salut, Castellamarre ! Salut, jardins en fleurs de Torre del Greco !
Et toi, Vésuve, toi dont, la cime échancrée Sur les coteaux voisins plane éternellement, Te voilà ! Sur la nuit lumineuse et nacrée, Ta vapeur se dessine en panache fumant.
De tous les hauts balcons ombragés de leurs nattes, De tous les humbles seuils ornés de verts , S'élèvent des appels, des chansons, des sonates, Dont la guitare excite ou modère les tons.
Sous un bouquet de pins, qu'éclaire un rayon vague, Et dont les parasols se projettent sur l'eau, Un groupe de baigneurs se joue -avec la vague, Et de profils errants embellit ce tableau.
Qu'entends-je ? À mon oreille une note divine Arrive ; elle est joyeuse et rit en expirant. A ce timbre argentin la femme se devine. Comme une lyre aimée aux accords qu'elle rend :
Oui, c'est un jeune essaim de femmes et.de filles Confiant à la nuit leurs ébats : Elles ont suspendu leurs voiles aux , Et, dans le flot ému, s'avancent pas à pas.
Et l'amoureuse mer les prend et les balance, Et les fait tressaillir de joie et de frissons ; Et leur voix de la nuit réjouit le silence ; Et la brise qui passe en disperse les sons.
Ô Naples ! Doux tombeau de l'antique Sirène, As-tu donc retrouvé sur tes sables d'argent Ces filles de la mer qui, dans la nuit sereine, Se donnaient à la vague et chantaient en nageant ?
Ô Méditerranée ! Ô lac des eaux limpides, Que tant de corps divins fendaient de leurs bras nus, Es-tu toujours la mer des blanches ? Es-tu toujours la mer qui vit naître Vénus ?

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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