Les funérailles de l'année

Le soleil des beaux jours s'en va tout pâlissant ; Le nuage se mouille ; La sève des buissons languit et redescend ; Le jardin se dépouille ; Et voilà que l'année en son pâle cercueil Repose, froide et morte !
Arrivez maintenant, en longs crêpes de deuil, Arrivez, sombres mois qui formez son escorte : Novembre, et toi Décembre, et toi morne Janvier Où tant de neige tombe ! Sur la feuille flétrie et sur le dur gravier, Rangez-vous autour de sa tombe !
Une hirondelle encore partait l'autre matin, Mais c'était la dernière. J'entends de plus en plus le grondement lointain Des eaux de la rivière. L'aube à regret se montre, elle pleure, et le soir Se hâte de la suivre : Venez donc maintenant, vêtus de gris, de noir. Couverts de manteaux blancs tout saupoudrés de givre, Venez, ô tristes mois, les yeux de larmes pleins ; Et d'une herbe fanée Ornez pieusement, comme des orphelins, La froide où dort l'année !
Il pleut : l'eau de la nue arrose un sol Où rampe la limace. Le tonnerre parfois, comme un glas orageux, Gronde au loin dans l'espace. Les lézards sont rentrés, pour dormir leur sommeil, Au trou qui les protège. Passez donc maintenant, en funèbre appareil, Passez, mois de l'hiver, comme passe un cortège : L'année est morte, hélas ! Pleurez, mois de l'hiver, Celle qui fut si belle ; Et faites de sa tombe éclore un gazon vert, A force de pleurer sur elle !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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