La chanson de juillet

Je suis l'été riche et superbe, La saison des brûlants soleils, Jusqu'au genou, plongé dans l'herbe, Je me couronne d'une gerbe, Pleine de fleurs aux tons vermeils !
Que dans sa nuit, vieillard sauvage, L'hiver grelotte sur un feu : Rêvant les rêves du bel âge, De ma cabane de feuillage, Moi, je souris au grand ciel bleu.
Je viens, et la gaîté s'allume ; Je la fais naître d'un coup d'œil ; Et tout s'en va, comme l'écume, Au ciel ce qu'il restait de brume, Au cœur ce qu'il restait de deuil.
J'arrive, et toute voix me chante ; Chacun se dit : voici l'été ! S'il est des maux, je les enchante ; Et l'âme enfin la plus méchante Me prend un peu de ma bonté !
Arrière les soucis moroses, Et les misères et la faim ! Prodiguant au loin toutes choses, Aux riches j'apporte les roses, Aux indigents j'offre le pain !
Par moi le banquet recommence, Etalé sur les gazons verts : Venez, convives en démence ; Je suis, dans ma largesse immense, L' de l'univers !
Dans mes retraites inconnues, Venez, sans voile sur le sein, Nymphes des bois, nues ! Sous le regard des chastes nues, Plongez-vous dans mon clair bassin !
Aux bois, dans l'ombre tiède et rare, Venez dormir, couples d'amants ! De mille fleurs le sol se pare : Voilà le lit que je prépare A vos féconds embrassements !
Dans le , dans la , Que tout se livre à ses amours. Je suis le Père de famille, Par qui tout aime et tout fourmille Et tout bénit l'auteur des jours !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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