La chanson d'octobre

J'ai reparu sur la colline Dans un nuage aux franges d'or, Je suis la beauté qui décline ; Mais, à mes charmes, on devine Que les cœurs me suivent encore !
Ce n'est plus la fraîche auréole, Ce n'est plus l'éclat des grands jours ; C'est la pâleur, déjà plus molle, D'un front qui se penche et s'isole, Au souvenir de ses amours.
Adieu les grâces qu'on déploie, Les beaux romans faits à loisir ; Adieu l'extase, adieu la joie D'un cœur qui s'arrête ou se noie Au bord des coupes du plaisir !
Ah ! Cet adieu, quand je le chante Un feu nouveau brûle mon sein : La voix du passé, provocante, M'irrite, et je suis la Qui part pour le coteau voisin.
Vendangeurs, tendez vos corbeilles ; Vigneron, retourne au pressoir ! Sous la dépouille de vos , J'arrive, et mes jambes vermeilles Chancellent au souffle du soir.
! Les défis sans nombre Se mêlent au chant des buveurs, Dérobons-nous dans le bois sombre : Les fruits tardifs, cueillis dans l'ombre, Ont encore d'étranges saveurs !
L'aurore écartera l'ivresse : Écuyer, selle mon cheval ! Que la meute à ma voix se presse ; Je suis l'Automne Qui parcourt la plaine et le val.
Je vais, je viens, fière et meurtrie ; Puis, enfin, lasse à mon retour, Je me replonge en rêverie, Sur ce lit de feuille flétrie Qui s'amasse au pied de ma tour !
Et maintenant, murmure et pleure, Vent précurseur des mois glacés. Je sais une chanson meilleure ; Et je l'entonne, quand vient l'heure, En souvenir des jours passés !
J'ai reparu sur la colline Dans un nuage aux franges d'or, Je suis la beauté qui décline ; Mais, à mes charmes, on devine Que les cœurs me suivent encore !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

❧
❧