Chansons du soir

Après un jour d'été, quand la ville s'endort, Qu'elle étouffe l'écho de ses rumeurs dernières ; Quand les lampes du soir dans les maisons du port S'allument, et sur l'eau projettent leurs lumières ;
Le long des quais obscurs, il est doux d'écouter, Dans cet apaisement des heures recueillies, Les airs que les marins se prennent à chanter D'une âme enfin rendue à ses mélancolies.
Préludant au sommeil qui va bientôt venir, Ce chant, dont la tristesse à temps égaux s'exhale, Pour chaque matelot est comme un souvenir, Comme une vision de la terre natale.
Marqué de son accent chaque peuple a le sien : L'Anglais un rythme dur, mêlé de quelque ivresse, L'Espagnol un refrain pieux, l'Italien Des couplets que l'amour de tendresse.
Mais, entre ces accords, à mon gré le plus doux, C'est l'air vague et plaintif, la sourde Que les matelots grecs, hôtes fréquents chez nous, Chantent sur leur navire, assis vers la .
Sans varier d'un son, d'où viens-tu, chant si vieux, Héritage flottant qu'un siècle à l'autre envoie ? Est-il vrai, matelots, que, parmi vos aïeux, On le chantait aux jours de la guerre de Troie ?...

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

❧
❧