Au Peintre de la Cène

Quatre siècles de gloire et la muraille croule ! L'œuvre à recommencer et toi pour l'accomplir. Ta foi superbe au cœur, tu passas dans la foule Et vis, des mains de Dieu, ta coupe se remplir.
Tu contemplas, debout, , cette Rendant grâce tout bas au profond Léonard De tout ce qu'en ton âme allait germer de peine Pour l'effort à tenter, chaque jour, dans ton art.
En disciple fervent tu suivis chaque ligne, Cherchant le vrai, le beau dans les moindres contours ; À l'immortalité le siècle te désigne : L'aigle a franchi l'espace interdit aux vautours.
Plane, plane toujours, car ton vol est sublime ! Ceux qui t'ont précédé te tracent le chemin, Penche-toi plus encor sur l'insondable abîme ; Dieu sera toujours là pour te tendre la main.
Et puisqu'il a voulu que pérît cet ouvrage Que tu vins saluer à son dernier moment, Serait-ce pas pour l'Art quelque divin présage ? Serait-ce pas du ciel un avertissement ?
Cette angoisse incessante, du génie, Ces regards inquiets au plus profond de soi, N'est-ce pas pour l'artiste une lente agonie Qu'acceptent seuls les cœurs exaltés par la Foi ?
Certes, s'il t'avait vu pâlir devant sa toile, Cherchant à deviner le grand secret de l'Art, N'eût-il pas soulevé pour toi le coin du voile Et murmuré tout bas : « Marche, il n'est pas trop tard !
« Marche ! la route est libre, et le ciel est propice, Mon signe est sur ton front ; ton œuvre, désormais, Se dressera, superbe et magique édifice, Sur lequel flottera mon étendard de paix ! »

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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