Le villageois et le serpent
Ésope conte qu'un manant, Charitable autant que peu sage, Un jour d'hiver se promenant À l'entour de son héritage, Aperçut un Serpent sur la neige étendu, Transi, gelé, perclus, immobile rendu, N'ayant pas à vivre un quart d'heure. Le Villageois le prend, l'emporte en sa demeure, Et, sans considérer quel sera le loyer D'une action de ce mérite, Il l'étend le long du foyer, Le réchauffe, le ressuscite. L'animal engourdi sent à peine le chaud, Que l'âme lui revient avecque la colère. Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt ; Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père. « Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire ? Tu mourras. » À ces mots, plein d'un juste courroux, Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête ; Il fait trois serpents de deux coups, Un tronçon, la queue, et la tête. L'insecte, sautillant, cherche à se réunir ; Mais il ne put y parvenir. Il est bon d'être charitable : Mais envers qui ? c'est là le point. Quant aux ingrats, il n'en est point Qui ne meure enfin misérable.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Le fermier, le chien et le renard
Mort
Condition humaine
Colère
La tête et la queue du serpent
Révolte
Condition humaine
Colère
La discorde
Mémoire
Révolte
Condition humaine
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
- XVIIe siècle
- Classicisme
- Fable
- Narratif
- Condition humaine
- Nuit
❧