La tête et la queue du serpent

Le Serpent a deux parties Du genre humain ennemies, Tête et Queue ; et toutes deux Ont acquis un nom fameux Auprès des cruelles : Si bien qu'autrefois entre elles Il survint de grands débats Pour le pas. La Tête avait toujours marché devant la Queue. La Queue au Ciel se plaignit, Et lui dit : « Je fais et mainte lieue, Comme il plaît à celle-ci : Croit-elle que toujours j'en veuille user ainsi ? Je suis son humble servante. On m'a faite, Dieu merci, Sa soeur et non sa suivante. Toutes deux de même sang, Traitez-nous de même sorte Aussi bien qu'elle je porte Un poison prompt et puissant. Enfin, voilà ma requête : C'est à vous de commander Qu'on me laisse précéder À mon tour ma soeur la Tête. Je la conduirai si bien, Qu'on ne se plaindra de rien. » Le Ciel eut pour ses voeux une bonté cruelle. Souvent sa complaisance a de méchants effets. Il devrait être sourd aux aveugles souhaits. Il ne le fut pas lors ; et la guide nouvelle, Qui ne voyait, au grand jour, Pas plus clair que dans un four, Donnait tantôt contre un marbre, Contre un passant, contre un arbre : Droit aux ondes du elle mena sa soeur. Malheureux les États tombés dans son erreur !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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