Élégie
Oui, sans regret, du flambeau de mes jours Je vois déjà la lumière éclipsée. Tu vas bientôt sortir de ma pensée, Cruel objet des plus tendres amours ! Ce triste espoir fait mon unique joie. Soins importuns, ne me retenez pas. Eléonore a juré mon trépas ; Je veux aller où sa rigueur m'envoie, Dans cet asile ouvert à tout mortel, Où du malheur on dépose la chaîne, Où l'on s'endort d'un sommeil éternel, Où tout finit, et l'amour et la haine. Tu gémiras, trop sensible Amitié ! De mes chagrins conserve au moins l'histoire, Et que mon nom sur la terre oublié Vienne parfois s'offrir à ta mémoire. Peut-être alors tu gémiras aussi, Et tes regards se tourneront encore Sur ma demeure, ingrate Eléonore, Premier objet que mon cœur a choisi. Trop tard, hélas ! tu répandras des larmes. Oui, tes beaux yeux se rempliront de pleurs. Je te connais, et malgré tes rigueurs, Dans mon amour tu trouves quelques charmes. Lorsque la mort, favorable à mes vœux, De mes instants aura coupé la trame, Lorsqu'un tombeau triste et silencieux Renfermera ma douleur et ma flamme ; Ô mes amis ! vous que j'aurai perdus, Allez trouver cette beauté cruelle, Et dites-lui : c'en est fait, il n'est plus. Puissent les pleurs que j'ai versés pour elle N'être rendus !... Mais non ; dieu des Amours, Je lui pardonne ; ajoutez à ses jours Les jours heureux que m'ôta l'infidèle.
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