La source

Une eau vive étincelle en la forêt muette, Dérobée aux ardeurs du jour ; Et le roseau s'y ploie, et fleurissent autour L'hyacinthe et la violette.
Ni les chèvres paissant les amers Aux pentes des proches collines, Ni les pasteurs chantant sur les flûtes divines, N'ont troublé la source aux flots clairs.
Les noirs chênes, aimés des abeilles fidèles, En ce beau lieu versent la paix, Et les , blottis dans le feuillage épais, Ont leur col sous leurs ailes.
Les grands cerfs indolents, par les mousseux, Hument les tardives rosées ; Sous le lumineux des feuilles reposées Dorment les paresseux.
Et la blanche Naïs dans la source sacrée Mollement ferme ses beaux yeux ; Elle songe, endormie ; un rire harmonieux Flotte sur sa bouche pourprée.
Nul œil étincelant d'un amoureux désir N'a vu sous ces voiles limpides La Nymphe au corps de neige, aux longs cheveux fluides Sur le sable argenté dormir.
Et nul n'a contemplé la joue adolescente, L'ivoire du col, ou l'éclat Du jeune sein, l'épaule au contour délicat, Les bras blancs, la lèvre innocente.
Mais l' lascif, sur le prochain rameau, la épaisse Et voit, tout enlacé d'une humide caresse, Ce corps souple briller sous l'eau.
Aussitôt il rit d'aise en sa joie inhumaine ; Son rire émeut le frais réduit ; Et la Vierge s'éveille, et, pâlissant au bruit, Disparaît comme une ombre vaine.
Telle que la , en ce bois écarté, Dormant sous l'onde diaphane, Fuis toujours l'œil impur et la main du profane, Lumière de l'âme, ô Beauté !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

❧
❧