Quel froid

Sans feu Paris ne peut plus vivre ; Il court, tout crispé de frissons, Secouant sa barbe de givre Et son lourd manteau de glaçons. Sous la laine où le vent pénètre, Chaque nez rouge que l'on voit Dit encore mieux qu'un thermomètre :
Dans sa mansarde crevassée, Ouverte aux injures du temps, Le pauvre sous la paille usée Cache ses membres grelottants. Trop faible, en vain sa voix appelle Le pain qui manque... A son vieux toit Un seul hôte reste fidèle : Le froid ! Le froid !
Le monarque, en dix-huit cent trente, Sur ses pas amassait toujours La foule enthousiaste, ardente, Sous le chaud soleil des trois jours. Mais quand sur le quai la cour passe, Aujourd'hui, Seine et peuple, on voit Tout immobile, tout de glace...
Toujours la gauche dynastique, Eprise de programmes creux, Poursuit sa futile tactique De demi-pas, de demi-vœux. Son éloquence en vain s'agite Et tourne dans un cercle étroit ; Le peuple dit en passant vile : C'est froid ! C'est froid !
Chaque matin, près de Lisette, Mon voisin, adroit séducteur, Sans feu, dans une humble chambrette De sa flamme exprime l'ardeur. Mais lorsqu'après l'amour en fraude, L'amour conjugal le reçoit, Quoique la chambre soit bien chaude,
En dépit des , Le froid pénètre un peu partout, Dans les salons des ministères, Et même dans plus d'un grand . A l'Institut où l'on sommeille, Aux Cours où sans peine on s'asseoit, Aux Français où l'art se réveille,
Mais je sens, malgré ma , Qu'en mon corps le froid s'est glissé, Car le feu sacré du poète Est lui-même au froid exposé, Je n'ai plus la force d'écrire Et la plume échappe à mon doigt... Cessons, car vous pourriez me dire C'est froid ! C'est froid !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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