Anna de Noailles
Poèmes de Anna de Noailles (55)
Classés par titre (A–Z).
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Aimer, c'est de ne mentir plusNulle ruse, n'est nécessaire Quand le bras chaleureux enserre Le corps fuyant qui nous a plu. — Crois à ma voix qui rêve et chante Et qui construit ton paradis. Saurais-tu que je suis méchante Si je…
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À la nuitNuits où meurent l'azur, les bruits et les contours, Où les vives clartés s'éteignent une à une, Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour Descendent mollement et dansent à la lune. Jardin d'épais…
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BittôLe bourdonnant été, doré comme du miel, Parfumé de citrons, de résine et de menthe, Balance au vent sucré son rêve sensuel Et baigne son visage au clair de l'eau dormante. Les pesants papillons ont…
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Chanson pour avrilToute la nuit la pluie légère A glissé par jets et par bonds. Viens respirer au bois profond L'odeur de la verdure amère. Ton coeur est triste, morne et las, Comme la naissante journée. Elle sera…
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DissuasionFermez discrètement les vitres sur la rue Et laissez retomber les rideaux alentour, Pour que le grondement de la ville bourrue Ne vienne pas heurter notre fragile amour. Notre tendresse n'est ni vive…
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ÉvaVoix, la colline est bleue et déjà l'ombre agile A sur le blanc chemin répandu ses vapeurs, Les portes des maisons s'éclairent vers la ville, — Éva, soit sans orgueil, sans prudence et sans peur. Le…
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Il fera longtemps clair ce soirIl fera longtemps clair ce soir, les jours allongent, La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit, Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit, Demeurent éveillés dans le soir blanc, et…
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Je ne t'aime pasJe ne t'aime pas pour que ton esprit Puisse être autrement que tu ne peux être Ton songe distrait jamais ne pénètre Mon cœur anxieux, dolent et surpris. Ne t'inquiète pas de mon hébétude, De ces…
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La chaude chansonLa guitare amoureuse et l'ardente chanson Pleurent de volupté, de langueur et de force Sous l'arbre où le soleil dore l'herbe et l'écorce, Et devant le mur bas et chaud de la maison. Semblables à des…
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La cité nataleHeureux qui dans sa ville, hôte de sa maison, Dès le matin joyeux et doré de la vie Goûte aux mêmes endroits le retour des saisons Et voit ses matinées d'un calme soir suivies. Fidèles et naïfs comme…
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La conscienceIncorruptible azur, déesse lumineuse, Puisque vous avez bien voulu me visiter, Je remettrai mon coeur entre vos mains soigneuses Pour que vous le guidiez, par les nuits ténébreuses, Au chemin de…
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La jeunesseTout le plaisir de vivre est tenu dans vos mains, Ô Jeunesse joyeuse, ardente, printanière, Autour de qui tournoie l'emportement humain Comme une abeille autour d'une branche fruitière ! Vous courez…
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La journée heureuseVoici que je défaille et tremble de vous voir, Bel été qui venez jouer et vous asseoir Dans le jardin feuillu, sous l'arbre et la tonnelle. Comme votre douceur sur mon âme ruisselle ! Je retrouve le…
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La mort dit à l'hommeVoici que vous avez assez souffert, pauvre homme, Assez connu l'amour, le désir, le dégoût, L'âpreté du vouloir et la torpeur des sommes, L'orgueil d'être vivant et de pleurer debout... Que…
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La mort ferventeMourir dans la buée ardente de l'été, Quand parfumé, penchant et lourd comme une grappe, Le coeur, que la rumeur de l'air balance et frappe, S'égrène en douloureuse et douce volupté. Mourir, baignant…
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La nuit, lorsque je dorsLa nuit, lorsque je dors et qu'un ciel inutile Arrondit sur le monde une vaine beauté, Quand les hautes maisons obscures de la ville Ont la paix des tombeaux d'où le souffle est ôté, Il n'est plus,…
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L'appelPriape, dieu clément qui fleuris les vergers, Je te consacre, afin que tu veuilles m'entendre, Des bouquets de persil, des feuilles d'orangers Et la première cosse où gonflent les pois tendres... Toi…
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L'ardeurRire ou pleurer, mais que le coeur Soit plein de parfums comme un vase, Et contienne jusqu'à l'extase La force vive ou la langueur. Avoir la douleur ou la joie, Pourvu que le coeur soit profond Comme…
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La tristesse dans le parcEntrons dans l'herbe florissante Où le soleil fait des chemins Que caressent, comme des mains, Les ombres des feuilles dansantes. Respirons les molles odeurs Qui se soulèvent des calices, Et goûtons…
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L'automneVoici venu le froid radieux de septembre : Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ; Mais la maison a l'air sévère, ce matin, Et le laisse dehors qui sanglote au jardin. Comme toutes les…
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La vie profondeÊtre dans la nature ainsi qu'un arbre humain, Étendre ses désirs comme un profond feuillage, Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage, La sève universelle affluer dans ses mains. Vivre, avoir…
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Le baiserCouples fervents et doux, ô troupe printanière ! Aimez au gré des jours. — Tout, l'ombre, la chanson, le parfum, la lumière Noue et dénoue l'amour. Épuisez, cependant que vous êtes fidèles, La chaude…
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Le cœurMon cœur tendu de lierre odorant et de treilles, Vous êtes un jardin où les quatre saisons Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles Et des pommes de pin, dansent sur le gazon... — Sous les…
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Le désir triomphalLe désir triomphal, en son commencement, Exige toutes les aisances ; Il ignore le temps, le sort, l'atermoiement ; Il exulte, il chante, il s'avance ! On serait stupéfait et transi de savoir, Aux…
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Le jardin et la maisonVoici l'heure où le pré, les arbres et les fleurs Dans l'air dolent et doux soupirent leurs odeurs. Les baies du lierre obscur où l'ombre se recueille Sentant venir le soir se couchent dans leurs…
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L'empreinteJe m'appuierai si bien et si fort à la vie, D'une si rude étreinte et d'un tel serrement Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s'échauffera de mon enlacement. La mer, abondamment sur le…
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L'enfant ÉrosEnfant Éros qui joues à l'ombre des surgeons Et bois aux sources claires, Toi qui nourris ainsi qu'un couple de pigeons L'amour et la colère, Passe sans t'arrêter au seuil de ma maison, N'entre pas…
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Le paysMa France, quand on a nourri son cœur latin Du lait de votre Gaule, Quand on a pris sa vie en vous comme le thym La fougère et le saule, Quand on a bien aimé vos forêts et vos eaux, L'odeur de vos…
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Le reposLe plaisir mystique et païen, L'amour, la beauté, le désir Ont fait plus de mal que de bien À mon âme qui s'en revient Lasse d'aimer et de souffrir. Allez, mon âme inassouvie, Dormir dans l'ombre le…
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Les mots sans qu'on les craigneLes mots sans qu'on les craigne ont d'effrayants pouvoirs, Ils sont les bâtisseurs hasardeux des pensées, L'âme la plus puissante est parfois dépassée Par ces rêves actifs que l'on voit se mouvoir. —…
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Les parfumsMon cœur est un palais plein de parfums flottants Qui s'endorment parfois aux plis de ma mémoire, Et le brusque réveil de leurs bouquets latents — Sachets glissés au coin de la profonde armoire —…
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Les paysagesLes paysages froids sont des chants de Noëls, Et les jardins de mai de languides romances Qui chantent doucement les péchés véniels Et mènent les amants à de douces clémences... Les paysages froids…
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Les rêvesÀ Arthur Bautier. J'ai rêvé la douceur des joyeuses caresses Près de la femme aimée, au grand cœur, aux beaux yeux ; Les femmes, secouant les trésors de leurs tresses, À mon noir abandon m'ont livré…
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Les saisons et l'amourLe gazon soleilleux est plein De campanules violettes, Le jour las et brûlé halette Et pend aux ailes des moulins. La nature, comme une abeille, Est lourde de miel et d'odeur, Le vent se berce dans…
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Le temps de vivreDéjà la vie ardente incline vers le soir, Respire ta jeunesse, Le temps est court qui va de la vigne au pressoir, De l'aube au jour qui baisse, Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour, Aux…
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Le vergerDans le jardin, sucré d'oeillets et d'aromates, Lorsque l'aube a mouillé le serpolet touffu, Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates, Chancellent, de rosée et de sève pourvus, Je viendrai,…
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L'hiverC'est l'hiver sans parfum ni chants... Dans le pré, les brins de verdure Percent de leurs jets fléchissants La neige étincelante et dure. Quelques buissons gardent encor Des feuilles jaunes et…
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L'imagePauvre faune qui va mourir Reflète-moi dans tes prunelles Et fais danser mon souvenir Entre les ombres éternelles. Va, et dis à ces morts pensifs À qui mes jeux auraient su plaire Que je rêve d'eux…
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L'innocenceSi tu veux nous ferons notre maison si belle Que nous y resterons les étés et l'hiver ! Nous verrons alentour fluer l'eau qui dégèle, Et les arbres jaunis y redevenir verts. Les jours harmonieux et…
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L'inquiet désirVoici l'été encor, la chaleur, la clarté, La renaissance simple et paisible des plantes, Les matins vifs, les tièdes nuits, les journées lentes, La joie et le tourment dans l'âme rapportés. — Voici…
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L'offrande à la natureNature au cœur profond sur qui les cieux reposent, Nul n'aura comme moi si chaudement aimé La lumière des jours et la douceur des choses, L'eau luisante et la terre où la vie a germé. La forêt, les…
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L'orgueilBel orgueil qui logez au sein des âmes hautes Et qui soufflez ainsi que le vent dans les tours, Afin qu'aujourd'hui soit sans détresse et sans fautes Bandez mon cœur penchant contre l'ombre et…
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Matin, j'ai tout aiméMatin, j'ai tout aimé, et j'ai tout trop aimé ; À l'heure où les humains vous demandent la force Pour aborder la vie accommodante ou torse, Rendez mon cœur pesant, calme et demi-fermé. Les humains au…
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Offrande à PanCette tasse de bois, noire comme un pépin, Où j'ai su, d'une lame insinuante et dure Sculpter habilement la feuille du raisin Avec son pli, ses nœuds, sa vrille et sa frisure, Je la consacre à Pan,…
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Ô lumineux matinÔ lumineux matin, jeunesse des journées, Matin d'or, bourdonnant et vif comme un frelon, Qui piques chaudement la nature, étonnée De te revoir après un temps de nuit si long. Matin, fête de l'herbe…
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Paroles à la luneLa lune, dites-nous si c'est votre plaisir, Ô lune cajoleuse ! Que les hommes se plient au gré de vos désirs Comme la mer houleuse, Est-ce votre vouloir que ceux qui tout le jour Furent doux et…
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PlainteMets les mains sur mon front où tout l'humain orage Lutte comme un oiseau, Et perpétue, ainsi qu'au creux des coquillages, Le tumulte des eaux. Ferme mes yeux afin qu'ils soient clos et tranquilles…
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Quand ce soir tu t'endormirasLoin de moi, pour ta triste nuit, En songe pose sur mon bras Ton beau col alourdi d'ennui. Jette vers moi ce qui t'encombre, Défais-toi des mornes pensées, Je les ramasserai dans l'ombre Comme une…
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Quand tu me plaisais tantQuand tu me plaisais tant que j'en pouvais mourir, Quand je mettais l'ardeur et la paix sous ton toit, Quand je riais sans joie et souffrais sans gémir, Afin d'être un climat constant autour de toi ;…
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Si je n'aimais que toi en toiJe guérirais de ton visage, Je guérirais bien de ta voix Qui m'émeut comme lorsqu'on voit, Dans le nocturne paysage, La lune énigmatique et sage, Qui nous étonne chaque fois. — Si c'était toi par qui…
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Soir d'étéUne tendre langueur s'étire dans l'espace ; Sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse ? Le vent mouillé du soir attriste le jardin ; L'eau frissonne et s'écaille aux vagues du bassin Et les…
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Voix intérieureMon âme, quels ennuis vous donnent de l'humeur ? Le vivre vous chagrine et le mourir vous fâche. Pourtant, vous n'aurez point au monde d'autre tâche Que d'être objet qui vit, qui jouit et qui meurt.…
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Le coeurMon coeur tendu de lierre odorant et de treilles, Vous êtes un jardin où les quatre saisons Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles Et des pommes de pin, dansent sur le gazon. – Sous les…
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La nuitNuit sainte, les amants ne vous ont pas connue Autant que les époux. C’est le mystique espoir De ceux qui tristement s’aiment de l’aube au soir, D’être ensemble enlacés sous votre sombre nue. Comme…
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MélodieComme un couteau dans un fruit Amène un glissant ravage, La mélodie au doux bruit Fend le coeur et le partage Et tendrement le détruit. — Et la langueur irisée Des arpèges, des accords, Descend,…
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