À Georges

Mon doux Georges, viens voir une ménagerie Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où ; Sans sortir de allons en Assyrie, Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou.
Viens voir les léopards de Tyr, les , L'ours grondant, le boa formidable sans bruit, Le zèbre, le chacal, l', et ces deux poètes, L'aigle ivre de soleil, le vautour plein de nuit.
Viens contempler le lynx , l' À qui Job comparait son faux ami Sepher, Et l'obscur tigre noir, dont le masque d'ébène A deux trous flamboyants par où l'on voit l'enfer.
Voir de près l'oiseau fauve et le frisson des ailes, C'est charmant ; nous aurons, sous de très sûrs abris, Le spectacle des loups, des jaguars, des gazelles, Et l'éblouissement divin des colibris.
Sortons du bruit humain. Viens au jardin des plantes. Penchons-nous, à travers l'ombre où nous étouffons Sur les douleurs d'en bas, vaguement appelantes, Et sur les pas confus des inconnus profonds.
L'animal, c'est de l'ombre errant dans les ténèbres ; On ne sait s'il écoute, on ne sait s'il entend ; Il a des cris hagards, il a des yeux funèbres ; Une affirmation sublime en sort pourtant.
Nous qui régnons, combien de choses inutiles Nous disons, sans savoir le mal que nous faisons ! Quand la vérité vient, nous lui sommes hostiles, Et contre la raison nous avons des raisons.
Corbière à la tribune et Frayssinous en chaire Sont fort inférieurs à la bête des bois ; L'âme dans la forêt songe et se laisse faire ; Je doute dans un temple, et sur un mont je crois.
Dieu par les voix de l'ombre obscurément se nomme ; Nul Quirinal ne vaut le fauve Pélion ; Il est bon, quand on vient d'entendre parler l'homme, D'aller entendre un peu rugir le grand lion.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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