Nuit

Roch, le bon noctambule, Amoureux comme feu , Erre sous le ciel bleu.
Oubliant nos désastres, Il voit les diamants Des astres Pleins d’éblouissements.
Ivre du pur silence Où le rêve subtil S’élance, Oh! maintenant, dit-il,
Je renais, je respire! Je me récite du ! Ce n’est pas défendu.
Oh! quelle joie immense! La nuit, ce temps béni Commence Et le jour est fini.
Ayant quitté leurs bagues, Par le sommeil touchés, Les vagues Figurants sont couchés.
Ronflant en folles gammes, Ces gens dorment avec Leurs femmes, A Paris comme au Pecq.
Et les filles de joie, Bataillon que la Faim Déploie, Se reposent enfin.
D’une main rude et forte J’ai vu que l’on barrait La porte Du fauve cabaret.
Tout gorgés d’écrevisses, Les fêteurs ont quitté Leurs vices Et leur iniquité.
Je suis seul, ô mon rêve! Mon regard triste et pur S’élève Jusqu’au limpide azur.
Et d’anges ou d’ Dans l’ bleu, je vois Des ailes Et j’écoute des voix.
Où sont les faux artistes Et sur les Les tristes Cortèges des bavards?
Évanouis! La terre, Dans un délicieux Mystère, Murmure avec les cieux.
Certes, parfois la Vie Prépare d’affreux mets, Ravie De nous les servir; mais
Elle n’est plus mauvaise, Lorsque seul et sans bruit Me baise La caressante Nuit.
3 mars 1891.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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