Le premier deuil
En ce temps-là, je me rappelle
Que je ne pouvais concevoir
Pourquoi, se pouvant faire belle,
Ma mère était toujours en noir.
Quand s'ouvrait le bahut plein d'ombre,
J'éprouvais un vague souci
De voir près d'une robe sombre
Pendre un long voile sombre aussi.
Le linge, radieux naguère,
D'un feston noir était ourlé :
Tout ce qu'alors portait ma mère,
Sa tristesse l'avait scellé.
Sourdement et sans qu'on y pense,
Le noir descend des yeux au cœur ;
Il me révélait quelque absence
D'une interminable longueur.
Quand je courais sur les pelouses
Où les enfants mêlaient leurs jeux,
J'admirais leurs joyeuses blouses,
Dont j'enviais les carreaux bleus ;
Car déjà la douleur sacrée
M'avait posé son crêpe noir,
Déjà je portais sa livrée :
J'étais en deuil sans le savoir.
Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire
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Pour prolonger la lecture
Choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Consolation
"Une enfant de seize ans, belle, et qui, toute franche,"
Condition humaine
Deuil
Désespoir
Aux amis de Paul
"Ô Seigneur ! que fais-tu des voix et des yeux d'ombre"
Condition humaine
Deuil
Mort
À un poète mort
"Toi dont les yeux erraient, altérés de lumière,"
Condition humaine
Contemplatif
Deuil
Se laisser surprendre
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