Ode à Cassandre

Ode XXVI.
En vous donnant ce mien Dame, je ne vous donne rien Car tout le bien qui estoit Amour dès le jour le fit vostre Que vous me prisonnier, Mais tout ainsi qu'un jardinier Envoye des presens au maistre De son jardin loüé, pour Toujours la grace desservant De l'heritier, qu'il va servant Ainsi tous mes presens j'adresse A vous Cassandre ma , Corne à mon tout, et maintenant Mon portrait je vous vois donnant : Car la chose est bien raisonnable Que la peinture ressemblable, Au cors qui languist en souci Pour vostre amour, soit vostre aussi. Mais voyez come elle me semble Pensive, triste et pasle ensemble, Portraite de mesme couleur Qu'amour a portrait son seigneur. Que à Dieu que la Nature M'eust fait au coeur une ouverture, Afin que vous eussiez pouvoir De me et de me voir ! Car ce n'est rien de voir, Maistresse, La face qui est , Et le front bien souvent moqueur, C'est le tout que de voir le coeur. Vous voyriés du mien la constance, La foi, l'amour, l'obeissance, Et les voyant, peut estre aussi Qu'auriés de lui quelque merci, Et des angoisses qu'il endure : quand vous seriés plus dure Que les rochers Ou les cruels flos Aegeans Qui sourds n'entendent les prieres Des pauvres barques marinieres.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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