À sa maîtresse

La lune est coutumière De naître tous les mois : Mais quand notre lumière Est éteinte une fois, Sans nos yeux réveiller, Faut longtemps sommeiller.
Tandis que vivons , Un baiser donnez-moi, Donnez-m'en mille encore, Amour n'a point de loi : A sa divinité Convient l'infinité.
En vous baisant, Maîtresse, Vous m'avez entamé La langue De votre nom aimé. Quoi ! est-ce là le prix Du travail qu'elle a pris ?
Elle, par qui vous êtes Déesse entre les Dieux, Qui vos beautés parfaites Célébrait jusqu'aux Cieux, Ne faisant l'air, sinon Bruire de votre nom ?
De votre belle face, Le beau logis d'Amour, Où Vénus et la Grâce Ont choisi leur séjour, Et de votre œil qui fait Le soleil moins parfait ;
De votre sein d'ivoire Par deux ondes (1) Elle chantait la gloire, Ne chantant rien que vous : Maintenant en saignant, De vous se va plaignant.
Las ! de petite chose Je me plains sans raison, Non de la plaie enclose Au cœur sans guérison, Que l'Archerocux M'y tira de vos yeux.
1. Secous : Secoué.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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