Le Viatique

La cloche, lente, à voix éteinte, Tinte au clocher paroissial, Et l'écho tremblant de sa plainte Tinte et meurt dans l'air glacial.
L' sonne en branle. On écoute. Pour qui le glas a-t-il tinté ? Et le son grave, avec le doute, Tombe sur le cœur attristé.
C'est dans un hameau solitaire, Où l'homme, encore rude et sain, Pauvre sur une maigre terre, Vit obscur et meurt comme un saint.
Aux premiers branles de la cloche, Les humbles seuils se sont ouverts. Un bruit de pas drus, qui s'approche, Frappe l'air lourd des champs déserts.
Par les sentiers que l'ombre voile Défile un cortège ; en avant, On voit filer comme une étoile Un cierge qui vacille au vent.
Mi-voilé d'un lambeau de moire, Sur le flanc d'un fin lin bénit, Aux mains du prêtre le Comme un soleil d'argent reluit.
C'est le des souffrants, Le pain de l'au-delà mystique, Le divin des mourants.
L'or pâle et la pourpre amortie Du crépuscule occidental Au-dessus de la sainte hostie Forment comme un triomphal.
Toi qui vois l'invisible gloire De cet invisible passant, Humble fils de la noire, Incline-toi, comme un enfant.
C'est Lui : cette pompe céleste. Proclame sa divinité, Et ce tant naïf culte Nous dit sa pauvre humanité.
Quelques paysans en prière Suivent, leur rosaire à la main ; Les clous des souliers de misère Sonnent aux cailloux du chemin.
L'humble suite rustique passe Au refrain machinal des mots Que traînent à voix lente et basse Les dévotes et les dévots.
Oh ! bienheureux ce pauvre monde Qui devine, et croit sans les voir, Les choses qu'une ombre profonde Cache aux maîtres du haut savoir.
Heureuses ces âmes crédules Qui gardent confiance et foi Aux mystérieuses formules De l'ancienne et nouvelle loi.
On n'entend sur la route sombre Que la clochette du sonneur. C'est l'heure où la mort vient dans l'ombre. Hâtez-vous, courrier du Seigneur.
Hâtez-vous ! Tout est morne et triste. Hâtez-vous ! D'un seul vol, sans bruit, La mort s'abat à l'improviste, Comme un sinistre oiseau de nuit.
Là-bas, dans la chambre blafarde, Un malade souffre à mourir. Oh ! comme il est lent, comme il tarde, L'ami qui s'en vient le guérir !
Du la grave harmonie S'éteint, triste comme un adieu. Ange gardien de l'agonie, Soutiens les pas du porte-Dieu.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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