Le trésor et les deux hommes

Un Homme n'ayant plus ni crédit, ni ressource, Et logeant le Diable en sa bourse, C'est-à-dire, n'y logeant rien, S'imagina qu'il ferait bien De se pendre, et finir lui-même sa misère, Puisque aussi bien sans lui la faim le viendrait faire, Genre de mort qui ne pas A gens peu curieux de goûter le trépas. Dans cette intention, une vieille Fut la scène où devait se passer l'aventure. Il y porte une corde, et veut avec un clou Au haut d'un certain mur attacher le . La muraille, vieille et peu forte, S'ébranle aux premiers coups, tombe avec un trésor. Notre désespéré le ramasse, et l'emporte, Laisse là le licou, s'en retourne avec l'or, Sans compter : ronde ou non, la somme plut au sire. Tandis que le galant à grands pas se retire, L'homme au trésor arrive, et trouve son argent Absent. Quoi, dit-il, sans mourir je perdrai cette somme ? Je ne me pendrai pas ? Et vraiment si ferai, Ou de corde je manquerai. Le était tout prêt ; il n'y manquait qu'un homme : Celui-ci se l'attache, et se pend bien et beau. Ce qui le consola peut-être Fut qu'un autre eût pour lui fait les frais du cordeau. Aussi bien que l'argent le licou trouva maître. L'avare rarement finit ses jours sans pleurs : Il a le moins de part au trésor qu'il enserre, pour les voleurs, Pour ses parents, ou pour la terre. Mais que dire du troc que la fortune fit ? Ce sont là de ses traits ; elle s'en divertit. Plus le tour est bizarre, et plus elle est contente. Cette Déesse inconstante Se mit alors en l'esprit De voir un homme se pendre ; Et celui qui se pendit S'y devait le moins attendre.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

❧
❧