Promenade

Nous qui croyons souffrir, songeons à la souffrance De ceux qui vivent seuls, sans même une espérance, Et qui mourront tout seuls ; Regardons les méchants et ceux de qui la vie N'a d'autre but que d'être à jamais asservie Aux choses dont la mort fait les vers des linceuls !
Vois les hommes des champs ; vois les hommes des villes : Les combats étrangers ou les guerres civiles Déchirer leurs esprits ; Jette un profond regard sur l'histoire profonde, Et devant les forfaits entrevus sous cette onde, Dis-moi ce que ressent ton pauvre cœur surpris.
Après avoir sondé toutes ces noires choses, Regarde, là, tout près, les fleurs blanches ou roses Sourire au grand ciel bleu ; L'arbre étend ses longs bras, lorsqu'avec toi je passe, Pour nous bénir, et Dieu rayonne dans l'espace, Car l'arbre nous connaît et nous connaissons Dieu !
Amie, et délivrés de la ville lointaine Dont le bruit nous arrive ainsi qu'un bruit de chaîne, Essuie enfin tes pleurs ! Vois : la brise s'endort ; l'eau paisible s'écoule ; Est-il bonheur plus grand que d'oublier la foule, D'être aimé des oiseaux, et d'être aimé des fleurs ?
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