Le Papillon et l'Âme

La Grèce avait un seul nom ; Ô poètes ! je proclame Que la Grèce avait raison.
L'Âme et l'insecte ont des ailes Pour fuir la terre et le mal ; Ces deux Psychés ont en elles Un introuvable idéal.
Leur inconstance suprême, Leur course de fleur en fleur, C'est la constance elle-même Courant après le bonheur.
Toutes deux n'ont qu'une essence... Dieu, l'ayant fait de sa main, Souffla l'âme et l'existence Au père du genre humain.
Un peu de l'haleine douce, De l'haleine du Seigneur, Toucha, dans l'herbe et la mousse, La d'une fleur.
Or, tout à coup, la corolle S'est émue, et, vers les cieux, Palpitante, elle s'envole, Blanc papillon radieux ;
Car l'Éden parmi les branches Des profonds pommiers tremblants, N'ayant que des âmes blanches, N'eut que des papillons blancs.
Mais, depuis le péché d'Ève, Dans les clartés de Nul papillon ne s'élève Qu'il n'ait rampé comme un ver.
Ô mystère ! Ève et sa pomme Rejettent loin du ciel bleu, Dans la chrysalide et l'homme, Ψυχή, le souffle de Dieu !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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