Si des maux renaissants avec ma patience

STANCES.
1586.
N'ont pouvoir d'arrêter un esprit si hautain, Le temps est médecin d'heureuse expérience ; Son remède est tardif, mais il est bien certain.
Le temps à mes douleurs promet une allégeance, Et de voir vos beautés se passer quelque jour ; Lors je serai vengé, si j'ai de la vengeance Pour un si beau sujet pour qui j'ai tant d'amour.
Vous aurez un mari sans être guère aimée, Ayant de ses désirs amorti le flambeau ; Et de cette prison de cent chaînes formée Vous n'en sortirez point que par l' du tombeau.
Tant de perfections qui vous rendent superbe, Les restes du mari, sentiront le reclus ; Et vos jeunes beautés flétriront comme l'herbe Que l'on a trop foulée et qui ne fleurit plus.
Vous aurez des enfants, des douleurs incroyables, Qui seront près de vous et crieront ; Lors fuiront de vos yeux les soleils agréables, Y laissant pour jamais des étoiles autour.
Si je passe en ce temps dedans votre province, Vous voyant sans beautés et moi rempli d'honneur, Car peut-être qu'alors les bienfaits d'un grand Prince Marieront ma fortune le bonheur ;
Ayant un souvenir de ma peine fidèle, Mais n'ayant point à l'heure autant que j'ai d'ennuis, Je dirai : Autrefois cette femme fut belle, Et je fus autrefois plus sot que je ne suis.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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