Bouquetière

Un maître, de qui la palette Se plaisait aux sombres couleurs, A peint un élégant squelette Portant un frais panier de fleurs.
Près de lui la danse macabre, Comme les plis d’un noir drapeau, Ondoie ; et à grand sabre, Écoliers la pipe au chapeau,
Moines chauves, rois lourds d’hermine, Bourgeois à ventres de bedeaux, Mendiants fiers de leur vermine, L’emplâtre à l’œil, la loque au dos,
Tous passent, enlaçant des filles, Ou marchant d’un air et sec, Ou sur des béquilles, Au son du et du .
Pourtant la bande tout entière Suspend sa danse et son Devant la maigre bouquetière, Et chacun lui prend un bouquet.
Vieil artiste mélancolique, Quels sont ces fous ? Dans quel dessein Cachent-ils comme une relique Ces fleurs mortelles dans leur sein ?
Je ne sais. Mais sur ma poitrine, Souvenir des amours défunts, Une fleur jadis A vécu ses derniers parfums.
Ainsi qu’on fait d’une amulette, Je la garde là, mais j’en meurs : Et je songe au morne squelette Prodiguant ses funèbres fleurs.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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